Bienvenue dans le monde de la falsification du réel, d’Antoine Bello

  • 0
  • 28 novembre 2010

Cher Toine
je vous appelle Toine, car vous habitez New-York. Et dans la grande pomme il me semble que l’on est avide d’origine, de ruralité, de connaître son identité. Toine du coup, cela sonne mieux. Et puis je trouve que vous écrivez comme un paysan. Sur mon clavier, c’est un compliment. Un paysan, c’est un amoureux de la terre, du travail bien fait, un persévérant, un besogneux.
Avant les falsificateurs, je ne vous connaissais pas. D’ailleurs, je pense qu’avant que je ne lise votre livre, vous n’existiez pas et que tout cela finalement n’est qu’une invention : le livre, vous, votre histoire. Et si la première falsification du réel que vous contez était votre existence même, hein ?, avouez que cela vaudrait son pesant de cacahuètes.
J’ai fini votre livre avant d’entrer dans un casino en ligne. Le casino est à  aujourd’hui ce que le bar était à  hier, un lieu où toute une population se déplace, dans sa diversité, ses affres, ses envies d’ailleurs, de projets nouveaux, de nouvelles vies aussi pour échapper à  la sienne. Des casinos j’en ai visité quelques uns, à  Macao et ailleurs, d’immenses salles enfumées où sonnent les machines sous, s’étourdissent des hommes et des femmes, mais surtout des hommes. Dans des bâtiments à  l’allure magistrale se jouent des destins. N’est-ce pas là  d’ailleurs le thème de votre livre : Sliv, le héros, s’engage pour une compagnie dont il ne soupçonne pas au départ l’étendue des activités. Son sort se joue alors à  la roulette. Pair, il passe, impair il gagne. Cela tombe sur trois comme le nombre de parties de votre livre : Reykjavik, Cordoba et Kransnoïark. Il invente pour sa firme des scénarios improbable qu’il vise à  rendre plausible sans savoir vraiment pourquoi tout cela importe.
D’une écriture puissante au service d’une histoire envoûtante, vous dressez le parcours de ce personnage qui donne envie d’en lire plus. D’ailleurs, cette suite existe, elle s’intitule Les éclaireurs. Mon dealer de livres me dit qu’elle est moins originale que le premier opus. C’est souvent ainsi, on se souvient toujours des premières fois, moins des secondes. C’est idem pour les compétitions, demandez à  Poulidor. L’exception qui confirme la règle énoncée tantôt. Je veux dire cet après-midi quand je retirais de l’argent pour payer du pain au distributeur, la «  machine a sous » comme l’appelle l’une de mes filles que j’ai pas encore tout à  fait initiée à  l’économie.
Du coup, j’ai acheté tous vos livres parus en poche. Ils trônent sur la table de nuit. Je les lirais les nuits où je n’irais pas au casino, miser un peu de ce qui me reste pour gagner le tout de qui reste à  venir.

Mes amitiés à  votre princesse

Mikaà«l Cabon

Les falsificateurs. Folio. Deux ou trois sous.

Partager