Les sports de l’été. Le ricochet. Quelques conseils avant de se lancer de galet. P(l)ouf, p(l)ouf

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  • 24 juillet 2010

GaletpourlesnulsDans une autre vie, j’ai été double champion du monde de lancer de galets en figure libre et sur cible. C’était en 1997 sur la plage du Dellec, près de Brest. Le fait que nous n’étions que trois compétiteurs ne change rien à  la donne. Les Vieilles Charrues ont bien débuté à  300 péquins à  Landeleau et les fêtes maritimes à  Plougastel avec trois bateaux et deux coques, ou l’inverse.

Source : Wikipédia

Source : Wikipédia

Ce triomphe au lancer de galets avait été acquis de haute lutte. Le brouillard du temps s’estompe, les cheveux repoussent et les hanches s’affinent. Cet après-midi là  me revient en mémoire. Un peu oisifs, beaucoup oiseaux, nous étions donc trois amis à  saisir dans nos mains de paysans mais burinées par les sels marins de beaux galets, pas maigrelets pour tenter de battre nos records. Alors que la confrontation approchait de sa fin et nous de notre faim, le dernier lancer, quitte à  créer la légende autant qu’elle soit belle à  se souvenir, fut homérique. Ce galet de compét’, appelons-le John, semblait disposer à  profiter encore quelques décennies de l’érosion marine, confortablement installé parmi ses congénères. Quelque chose en lui incitait à  la compassion, ébréché sur les bords, il avait la peau gangrénée par l’acné du galet nommée par les biologistes la bernique.

On voit d’ailleurs sur cette vidéo, tout le talent qui est nécessaire. Le record filmé n’a pas été homologué car ce que l’on croit être un galet qui ricoche à  la surface n’est en fait qu’une vulgaire truite poursuivie par un alligator à  la saison des amours, ce qui explique cette fuite à  l’anglaise très stylé. On y aurait presque cru, mais non, le monsieur en tee-shirt jaune n’est pas le champion du monde.

Après 14 rebonds dont le dernier sur le dos d’un dauphin, ce qui me fit flipper d’être disqualifié, John me fit remporter ce premier championnat du monde et le collier d’algues brunes qui allait avec. Ainsi, suis-je qualifié au possible pour parler de cet art séculaire qui se transmet de père en fils, ou en fille si vous ne savez comment faire autrement et que le régime à  base de jus de viande n’a pas bien fonctionné.

Le lancer de galets est un sport populaire, y compris par son vocabulaire. Pour preuve, il suffit d’une plage publique, difficile donc de le pratiquer dans le sud de la France, d’un peu de concentration, d’une technique dans la moyenne, d’écouter les anciens, et de galets, sinon quel sens cela aurait-il sinon celui de pratiquer l’Air Galet, i.e. lancer des galets imaginaires.

Avant d’aborder la question de la technique, intéressons-nous au choix du galet.

Le choix du galet

Le galet qui vous enverra loin du rivage ne doit être ni lourd ni léger. En soupesant l’engin dans sa main, si après la lecture de cette phrase vous pensez à  autre chose qu’au lancer de galet je vous prie de vous concentrer un peu plus vous n’y arriverez jamais sinon, pensez à  votre grand-mère ou bien comptez les moutons, en soupesant le galet donc disais-je, il doit peser la moitié d’un IPhone. Si vous disposez de cet appareil de téléphone, découpez-le en deux parts égales, de toutes façons il ne fonctionne pas, et utilisez-le comme mule pour soupeser vos cailloux. Que dis-je? Cailloux? Sacrilège. Un galet n’est pas un caillou, mon chou. Genou, hibou itou.

Un galet donc, ni trop lourd ni trop léger. On le sent quand on l’a dans la main mais ne désespère pas celui qui le tient, un peu comme le sein d’une femme.

La forme du galet

Il est préférable de choisir un galet en forme olympique. Plutôt en poire Williams avec un côté élancé pour approcher la surface de l’eau. De surface plane, inférieur à  3,5 mm, peu importe la couleur. Vous pouvez même le personnaliser si vous le souhaitez ou le faire sponsoriser pour les retransmissions télévisées. Ce n’est pas très éthique mais il faut bien vivre et nourrir sa famille de lanceur de galets.

The last but not the least, le lancer

Ensuite, le lancer. Cette opération se prépare. A l’instar du joueur de cricket ou le pilote de chasse, le geste se répété mentalement des heures durant, plutôt au café des Copains, à  la Maison Blanche devant un diabolo. Les yeux fermés, les pieds plantés sur la terre ferme, la tête dans les étoiles, le bras droit pour les droitiers, gauche pour les gauchers, celui qui reste pour les manchots, balance inlassablement prenant son élan jusque derrière l’axe des épaules pour ensuite aborder la ligne droite finale par un mouvement clair, rapide et précis. Alors que le bras passe le niveau des hanches, le pouce relâche sa pression sur le galet et laisse l’index contrôler la trajectoire finale, celle où se joue votre triomphe ou votre défaite. La roche tarpéienne est si proche parfois du capitole. Il est préférable d’orienter sa main à  45 degrés vers la droite pour laisser toutes ses chances à  cet envol capricieux du galet.

Un doctorat de physique ne suffirait pas à  comprendre et à  simuler les trajectoires possibles du galet. Même les frères Bogdanov, avec leurs figures de roc battu la tempête, n’y sont pas parvenus. Au contact du galet, on apprend que même nous qui sommes des poussières d’étoiles devons faire preuve d’humilité face aux trajectoires des possibles.

Les vagues ainsi que le vent peuvent venir interférer sur la course folle de votre galet. N’en prenez pas ombrage, on ne peut rien contre les éléments. L’été est la période préférée de ce jeu mais il est possible de corser la compétition en la pratiquant en plein hiver. Si possible en extérieur, les maîtres-nageurs des piscines n’appréciant que très peu de voir des joueurs de galets s’en taper une dans leur petite mer. Si, si, si.

Un dernier conseil avant de terminer cette leçon initiatique au lancer de galet ou plutôt deux. La première est l’importance fondamentale du jeu de jambes. La jambe d’appui est celle du devant, c’est elle qui assure la stabilité de l’ensemble du corps. Elle doit résister à  la pression à  la fois morale et physique qui pèse sur le lanceur, même émérite. Creusant légèrement le sable, le pied d’appui laisse une marque d’une profondeur qui ne doit pas dépasser la racine carrée de la longueur du pied en pouces. Sinon, il est préférable d’engager un régime dare dare afin de revenir à  une forme physique suffisante pour pratiquer ce sport qui, s’il ne demande pas une attestation médicale pour sa pratique faute de fédération, quoique on me murmure qu’elle vient de se créer sur Facebook: la FLAG, la fédération de lanceurs amateurs de galets. Alors si vous êtes pris en flag, deux solutions: remettre votre imper et cacher ces galets que l’on ne saurait voir ou bien régler votre cotisation.

Enfin, dernier conseil, si votre galet ne rebondit pas, on appelle cela un plouf, et alors ce n’est pas, mais alors pas du tout, le même sport.

NB. Si vous vous appelez Hook et que votre main est un crochet, la technique du lancer de galet est très difficile voire impossible. Il est préférable de retourner alors à  la fête foraine du village pour tenter de récupérer des peluches dans une enceinte en plastique où elles apparaissent inextricables ce qui vous vaudra les applaudissements de la foule tellement personne ne réussit jamais ce jeu. Cela vous permettra également d’attirer Peter Pan et de lui jeter votre maléfice avant de vous faire arrêter par la police pour port de crochet prohibé. Ne passez pas alors par la case départ et ne touchez pas 20.000 lieues sous les mers.

Cadeau bonus.
Attention le lancer de galet à  trop haute dose peut entraîner des hallucinations. Ce court métrage en est une.

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