L’assourdissante sonorité des vuvuzelas. « Et hein ?, deux et trois zéro »

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  • 14 juin 2010

makarabavuvuzelaImaginons un fan de football. Appelons-le Jean-Pierre. Jean-Pierre regarde tous les matchs du Mondial en Afrique du sud. Il adore ce sport qu’il pratiquait quand il était petit à  la Légion Saint-Pierre, avec son short noir, ses chaussettes noires, ses chaussures Nastase, ben oui au début il aimait bien le tennis aussi, et son maillot sponsorisé par «  Essuie glace », la société qui lave tout. Depuis le 11 juin, Jean-Pierre est en RTT. Quatre ans qu’il rogne sur ses vacances, multiplie les heures supplémentaires pour disposer de quatre semaines de repos pour regarder les matchs. Un verre à  la main, l’autre dans le paquet de chips, le fût sur la table, Jean-Pierre est heureux. Jusqu’au moment où, après avoir allumé sa télévision, il découvre avec effroi le son des vuvuzelas. Au début il a pensé que c’était des trompettes. «  Sympa », il avait pensé. Puis, quand il s’est rendu compte que ce n’était pas l’hymne sud-africain «  mais un bruit infernal semblable à  celui d’un essaim d’abeilles à  la recherche de sa ruche », et cela fait du bruit, lire ici, il a pensé défaillir. A la fin du mondial, Jean-Pierre aura vu 64 confrontations plus les émissions d’après-matchs, les infos, les buts sur Internet soit plus de 130 heures de football en un mois, quatre heures par jour. Et tout cela accompagné des vuvuzelas.

http://www.youtube.com/watch?v=h4ZKWoyijJc&feature=player_embedded

Dans son for intérieur, Jean-Pierre n’en peut plus. Il songe à  mettre des boules quies mais alors il n’entendra plus les commentateurs. C’est pas qu’ils soient intéressants les commentateurs mais bon cela fait partie du folklore. Et puis écouter Jean-Michel Larqué s’époumoner contre les joueurs, lui qui a arrêté le foot il y a trente ans et n’a pas réussi à  remonter l’AS Saint-Etienne, là  où plein d’autres ont aussi échoué, c’est rigolo. «  Et puis il va la passer à  droite. Ah, ben non en fait. Et puis là  il dit à  son coéquipier qu’il va tirer direct le coup-Franc. Ah, ben non non plus ». D’ailleurs, depuis cette coupe du monde on ne dit plus «  Y’a coup franc », mais «  Y’a coup phène ».

Je dirais même plus, pendant cette coupe du monde, on ne dit même plus rien du tout, tellement on s’entend pas même dans le salon. Quand Jean-Pierre pense qu’il a acheté des enceintes exprès pour écouter les matchs, et qu’il n’entend qu’un bourdonnement langoureux, il a même appelé le réparateur pour protester contre l’inefficacité des machines, et bien Jean-Pierre déprime. Le soir, il ne peut plus s’endormir sans le son des vuvuzelas. Quand il se réveille le matin, ses oreilles font encore des siennes. Heureusement, il y a la presse. Pas d’extraits sonores ou vidéos dans la presse. Rien que du texte et des photos. Certes, on parle des vuvuzelas. Mais on ne les entend pas. C’est comme quand on reçoit une carte postale de sa belle-mère. On la lit mais on ne l’entend pas. Et ça cela fait du bien.

Jean-Pierre, qui est breton, imagine ce qui se serait passé si la Bretagne avait organisé la Coupe du monde, avec binious, vieuzes, vieilles à  roue, clarinettes, dulcimers. Le boucan, cela lui aurait rappelé la finale de la coupe de France entre Rennes et Guingamp.

Rien qu’à  y penser, il a les larmes aux yeux. Non, c’est bien réfléchi, se dit-il. On ne peut pas supprimer les vuvuzelas à  ce peuple enchanteur que l’on aurait préféré entendre chanter «  Asimbonanga ,

plutôt que souffler dans ces étuis en plastique. Alors, va pour les vuvuzelas. Même si cela peut être source de quiproquos.

– Beau match, non?

– Comment?

– Hein?

– Ah ouais, Hein, deux et trois zéro.

PS : un amateur de silence a même mis au point un filtre anti-vuvuzelas. Lire ici.

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