Six pieds sous terre, de Ray French

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  • 27 septembre 2009

J’introduis aujourd’hui une nouvelle forme de commentaire de lectures en attendant d’y consacrer un blog qui publiera également les notes de lecture des mes filles. Fini, le simple compte-rendu de lecture qui n’a finalement que peu d’intérêt, si ce n’est personnel pour se remémorer, et que tout le monde a déjà  écrit, parfois mieux, mais parfois seulement.

A partir de cette note, les critiques littéraires se feront sous forme de lettre envoyées aux auteurs des livres et indiquant ce que le livre m’a apporté ou pas.

A l’attention de Monsieur French Ray

Monsieur Ray French,
Sachez tout d’abord que vous avez un très beau nom. Il n’a pas dû être facile à  porter au Royaume-Uni. En France, c’est votre prénom qui vous aurait coûté. Si je vous écris, ce n’est pas pour féliciter vos aïeux d’avoir ainsi brandi par leur patronyme leurs convictions républicaines face à  la dictature monarchiste des Windsor, usurpateurs devant l’éternel comme on le sait depuis la lecture d’Intrigue à  l’anglaise d’Adrien Goetz.
J’avais déjà  remarqué votre livre lors de sa première parution en France l’an passé. Le pitch de l’histoire m’avait plu : « un homme s’enterre dans son jardin pour protester contre la fermeture de son usine ». Cela sentait bon la lutte des classes. J’avoue tout de même avoir préféré la couverture de la grande version que la petite, voir ci-dessous.

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Les choix de l’iconographie ne vous concernent pas, j’imagine. Ceux de l’histoire, oui par contre. On connaissait la prise d’otages des patrons, la menace de l’explosion de l’usine, les manifs, classiques, mais l’enterrement vivant, voilà  qui fait sensation. Je me demande si quelqu’un a tenté le coup dans la réalité. Sûr qu’il aurait autant de succès que ce pauvre Aidan Walsh. Vous savez vous ? Si tel est le cas, merci de m’envoyer l’adresse du cimetière.
Le problème c’est comment on fait pour s’en sortir si la direction de l’usine ne donne pas signe de vie et ne réagit pas à  cette pression ? Dans les conflits, souvent, c’est la porte de sortie qui est la plus difficile à  trouver. Pour Aidan, vous le faites participer aux élections. Un péquenot pour représenter les péquenots, cela aurait pu marcher. Las, la réalité de la politique échappe aux amateurs qui, forts de leur idéalisme, ne font pas le poids face aux roublards professionnels.
Enfin, vous commencez votre livre par une mise en exergue par une phrase de Margaret Thatcher : « Un homme de vingt-six ans qui prend encore le bus peut considérer sa vie comme un échec ». C’est beau. En France, quelqu’un a dit la même chose, à  propos d’une Rolex et d’un homme de cinquante ans. C’est peut-être le même homme. Il a 24 ans de plus. Il prend le bus quand il rend compte qu’il a oublié sa Rolex. Dépité, il regard par la fenêtre de l’autobus, scrutant un espoir incertain et il lit sur une affiche collé à  la fenêtre d’une maison : « La politique peut aussi être l’art de l’impossible ». En effet, à  quoi bon élire des gens pour réaliser le possible, ce que tout le monde pourrait faire. Peut-être que l’on devrait imprimer cette phrase de Vaclav Havel sur les cartes d’électeur, comme un rappel de cuti.
Pour vos bons mots, pour vos personnages sympathiques, pour cette histoire qui a filé entre mes doigts en trois soirs, Monsieur French, je vous remercie.

Cadeau bonus. Six pieds sous terre, le titre du roman, est la traduction littérale de Six feet under. Ce n’est pas le titre original du roman qui est « Going under ». Par contre c’est le titre du série américaine consacrée à  des croques-morts dont voici le générique de la Season finale l’an passée.

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