Présidentielles 2012. Le monopole du peuple

Francefarte

Le premier tour de l’élection présidentielle se déroulera dans six semaines. Et il est peu de dire que je suis énervé.

Je ne fais pourtant pas partie des agacés perpétuels de la politique. Depuis que le droit de vote me permet de glisser un bulletin dans l’urne, je vous en prie il n’y a ici aucune autre connotation que politique, je me rends lors de promenades dominicales à  ce rendez-vous citoyen. Parfois j’y amène mes filles pour leur montrer ce que c’est. Une démonstration par l’exemple. Longtemps, j’ai participé à  des campagnes politiques en collant des affiches, distribuant des tracts, participant à  des meetings, dirigeant des campagnes, me présentant aussi parfois. Je continue à  lire quantité de livres et d’articles sur ce thème. Comme d’autres ne loupent aucun épisode de Glee ou de Gossip Girl, moi c’est devant The West Wing, ou plus récemment Borgen que je prends mon pied télévisuel. Bref, j’aime la politique pour ce qu’elle apporte d’idéal dans notre société, par l’impérieuse nécessité démocratique qu’est son existence.

Mais cette année, franchement, il n’y a pas de quoi offrir un peigne à  un chauve. Sur les réseaux sociaux, dans les revues spécialisées, dans les débats télévisés, il n’est de place que pour l’égo. Sans respect les uns pour les autres, les candidats scient la branche sur laquelle ils sont assis sans solennité. Il n’y a pas que la précédente allitération qui soit vraie, le sens de la phrase aussi.

Le concours de celui qui pisse le plus loin

En s’insultant, en descendant dans les bas-fonds des caniveaux, c’est l’ensemble de la classe politique qui est touchée. Pour s’en sortir, les candidats présents cherchent à  plaire. Faute d’être, ils se vouent à  complaire. Inlassablement.

L’un polémique sur le Halal, l’autre propose une taxe de 75% sur les hauts revenus. Des annonces partielles, qui excluent du débat des thèmes maintes fois plus centraux et pour notre présent et pour notre avenir. La place de la France dans le monde, son rôle sur la scène internationale ? Rien. La question de la dette publique ? La croissance, illusoire, remettra tout cela d’aplomb ? La lutte contre les maux de notre siècle : obésité, cancers, maladies neuro-dégénératives, solitude ? Aux abonnés absents. On parle d’école mais pas de développement de l’être humain. La jeunesse angoissée ira chercher dans les drogues, le suicide, le stress ou l’ambition démesurée les rêves qu’elle devrait dessiner à  travers les nuages du ciel printanier. C’est pas pour ça que l’on vote au printemps pour les présidentielles, pour le renouveau espéré, pour ces bourgeons qui pointent et sont autant de promesses de notre éternité. Parce que moi je croyais que c’était pour cela, dans cet air revigorant, gorgé du parfum des fleurs qui jouxtent l’entrée de l’école Paul Eluard, sous le drapeau de la République, le torse haut, le regard fier mais le coeur léger et l’esprit ouvert, que l’on appuyait sur le bouton de son choix.

On rejette l’étranger en oubliant qu’on lo’a soi-même été, jadis, dans un autre temps, dans un autre monde, en oubliant aussi que les valeurs qui rassemblent un peuple devraient être plus fortes qu’une simple différence de peau ou d’accent. On parle d’écologie que pour séduire le segment des bobos ++ qui roulent en diesel hybride avant de manger bio des plats préparés par des enfants chinois. On parle de œmade in France , avec un accent new-yorkais avant d’entrer dans sa grosse Audi, BMW ou Mercedes. On suppose que l’étatisme changera tout, sans laisser de place à  la responsabilité individuelle. On échange une sécurité aléatoire contre nos libertés publiques et privées. Chaque jour, une idée nouvelle doit correspondre à  l’agenda médiatique pour faire parler dans les postes de télévision. Si le pouvoir est une drogue, nul n’est censé payer pour les addictions des autres.

On prête la parole, à  hauteur de 70% du temps des médias à  des candidats dont le matelas de voix est important mais deçà  du temps qui leur est consacré. D’autres, dont on ne sait même pas s’ils seront candidats faute de parrainages suffisants, trustent les plateaux télé.

Image tirée du site internet du candidat.

Le changement c’est maintenant

Si j’ai de la sympathie pour la passion qui enflamme Jean-Luc Mélenchon et Philippe Poutou, leur sorte de bon sens, de capacité à  se révolter, je ne vois rien dans leurs propositions, trop outrancières, susceptibles de changer la donne, et leurs contradictions sont trop évidentes. C’est difficile de se présenter à  une élection quand par définition on abhorre l’idée même du pouvoir. Qui des autres ? Ceux qui y pensent en se rasant, en enfilant leur bas, en buvant leur café, en avalant leur demi-baguette. Votre ambition mérite-t-elle le temps que nous passons à  vous regarder vociférer, agonir, médire, et tout simplement tenter d’exister ?

Une France forte

A défaut de changer le monde, commençons par la France et nos propres comportements. Cela suppose de la rigueur, de l’abnégation, de l’effort mais aussi de l’envie, de l’idéalisme et de l’altruisme. De proposer les ressorts de la France dans 20 ans. Pourquoi chaque élection ne se conjugue-t-elle qu’au passé ou au présent, mon non-bilan contre tes non-postes ministériels, et jamais au futur, au conditionnel à  la rigueur ? Pour bâtir un budget, on regarde le présent bien sûr, on prévoit le pire. Mais pour bâtir une société, on imagine l’avenir, on invente le futur sauf à  préférer la mémoire d’un poisson rouge Alzheimer et ressasser sans cesse les cécités de sa jeunesse.

Un pays uni, rien ne lui résiste

Alors il me vient une idée : annulons cette élection présidentielle. On pourrait la donner aux Syriens, aux Chinois ou aux Cubains. Ils en ont plus besoin que nous. Apprenons à  partager. On leur donnerait les candidats qui vont avec aussi. Gratis.

Et nous alors ? Et bien les Belges, dont la devise « L’union fait la force », ont bien réussi à  vivre sans gouvernement plus d’un an. On n’est pas plus bête qu’eux. Pourquoi pas nous alors ? Car je ne vois pas qui d’autre aurait le monopole du peuple.

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Société. Du grand exfermement

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Au XVIIème siècle, l’Etat décide du grand renfermement des pauvres. Il s’agit de « soigner, nourrir, instruire et relever le niveau moral des pauvres ». Des milliers de mendiants sont ainsi enfermés. Une partie d’entre eux sont considérés comme fous et resteront mal traités faute de moyens financiers et humains, et médicaux pour leur venir en aide.

Les pauvres d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier. Nos sociétés ont gagné en confort matériel ce qu’elles ont perdu en qualité humaine. L’un n’est peut-être pas la cause de l’autre mais leur concomitance est troublante.

Dans un éditorial du Ouest-France de lundi, le talentueux professeur de Droit, Jacques Le Goff, qui émerveillait les mercredis après-midi que l’Armée me laissait passer en cours de Droit des Libertés publiques, moi l’indigent économiste, revient sur ce thème. Continue reading “Société. Du grand exfermement” »

2012. Mon-Ma Président(e) à  moi


Image. Lepoint.fr

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La France va mal, l’Europe aussi et l’Amérique ne se sent pas très bien non plus, c’est pourquoi, j’ai décidé, en mon âme et conscience, de ne pas me présenter à  l’élection présidentielle de 2012. Oui, je sais cette décision est pour le moins surprenante. Ce qui l’est moins c’est que ce scrutin m’intéresse et que devant le nombre de candidats qui s’annonce, il est préférable de disposer d’une liste de critères de sélection. Que voici donc. Continue reading “2012. Mon-Ma Président(e) à  moi” »

Soirée débat-politique avec les électeurs… de 2022

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(Au repas, en mangeant des spaghettis au thon, un sujet politique arrive sur la table. On ne sait comment, mais il y est, entre la poire et le dessert. Dans les familles, parfois, parler politique c’est s’apprêter à  déguster. Scène garantie sans trucages )

Ethan (6 ans). Moi, je ne voterai pas Nicolas Sarkozy.

Poème (9 ans). Pourquoi ?

Ethan. Parce qu’il ne pense qu’à  lui.

Juliette (9 ans). Moi, je voterai pour une femme parce qu’il n’y a jamais eu de femme présidente, et que c’est pas juste.

Venise (8 ans). Ouais, il faudrait que les femmes aussi, elles puissent être présidentes, puisque c’est elles qui font tout le travail à  la maison.

Le papa-tonton. Hum.

Venise. Bon, pas tout le temps mais quand même, en général.

Adam (9 ans). Ce qui compte c’est pas d’être un homme ou une femme, mais de protéger la nature.

Venise, Juliette et Poème. Oui, la nature.

Adam. Et aussi aider les pauvres à  être moins pauvres.

Venise, Juliette et Poème (Ethan acquiesce). Oh, oui. On leur donnerait de quoi cultiver leur nourriture et aller à  l’école.

Le papa. Très bien, vous êtes toutes d’accord, pour dire que c’est Adam qui a le meilleur programme.

Venise, Juliette et Poème. Ben, oui, la nature c’est important.

Le papa-tonton. Et qu’Adam est un garçon.

Venise, Juliette et Poème.

La semaine prochaine, méga-goûter sur le thème : «  Les Playmobil et le complexe d’Oedipe : mythe ou réalité ? ».

Quant à  moi, je continue à  croire que la société gagnerait à  ce que l’avis des plus jeunes soit pris en considération. Lire ici l’article sur Le Droit de vote dès le berceau ou écouter ici une émission spéciale sur le droit de vote des enfants sur Radio Canada.

Barack Obama. Pourquoi il risque de nous décevoir



 

L’élection du 44ème président des Etats-Unis aura permis aux présentateurs des journaux du petit matin en France de ressortir leur dictionnaire d’adjectifs et de superlatifs. Au premier rang desquels, le mot Historique. C’est oublier que toute élection présidentielle américaine appartient à l’histoire au moins depuis Theodore Roosevelt et l’implication dans les affaires étrangères de la puissance étatsunienne. Si l’élection de ce président métis, jeune, 47 ans, charismatique, il n’est qu’à écouter ses discours, est sans doute une bonne chose pour les Etats-Unis après huit années de bushisme, il est à craindre que le florilège d’éloges entendu ici et là en France laisse un goût amer. En voici quelques unes des raisons qui ne manqueront de faire réagir les lecteurs d'Agoravox :

  1. Il est le président des Etats-Unis d’Amérique. Et pas de l’Europe, ne nous en déplaise. Et comme tout président, il se doit en premier lieu de penser à son pays et à ses concitoyens. On peut penser que Barack Obama sur lequel l’emprise de l’idéologie semble faible sera plus ouvert que son prédécesseur à la négociation et à la diplomatie, mais il serait faux de croire qu’il mettra d’autres intérêts que ceux des USA en priorité. Les résultats de cette élection américaine, passionnante comme toujours pour ceux qui aiment la politique, ont ouvert en France la foire à la récupération entre les invités politiques des émissions de télévision et de radios. C’est à qui tire le mieux la couverture à lui, «j’étais à Denver (sous-entendu pour la Convention démocrate) alors que d’autres se préparaient à aller à Reims », relate en substance Laurent Wauqiez ; « Non, il n’est pas à l’image du Chef de l’UMP, il n’est ni agressif, ni narcissique », écrit Pierre Moscovici sur son blog.

 

  1. La crise économico-financière est insoluble à court-terme. La crise financière qui touche les Etats-Unis, et en particulier ses plus vieux bastions industriels, en particulier dans le Nord pour l’industrie automobile, n’est pas terminée. Trois millions d’américains ont perdu leur habitation dans la crise des subprimes et il faudra du temps pour cicatriser ses plaies. Un retour à la croissance n’est pas prévue avant 2010. C’est d’elle que dépendra la résolution de la crise du capitalisme financier. Avec ou sans Barack Obama. Sauf à ce que ce dernier réinvente un nouveau capitalisme en compagnie de ses confrères dirigeants des nations industrialisées.
  2. L’Afghanistan reste une priorité militaire. L’une des premières choses que fera le président Obama sera de demander aux nations présentes militairement en Afghanistan d’augmenter leurs effectifs. Comme George Bush l’a fait avec succès. En profitant de son état de grâce international, il devrait bénéficier d’envoi de troupes supplémentaires. Si dans ses discours, Obama indique « qu’il protégera son pays par-dessus-tout, et n’enverra les soldats américains qu’avec une mission claire », en Afghanistan il n’en sera pas de même. L’objectif de lutte contre les Taliban est louable. Leur régime oppressant représentait une verrue sur l’humanisme universel. Néanmoins, on ne voit pas où cette guerre va s’arrêter. Quels en sont les objectifs précis ? Il meurt plus de soldats alliés dans ce pays qu’en Afghanistan. Pourquoi faire ? Quelle en est la fin ?
  3. Nos attentes sont disproportionnées. Sur la chaîne parlementaire, Elisabeth Guigou confiait ce matin son espoir que les Etats-Unis signent le protocole de Kyoto. D’abord on dit « ratifient », pour une ancienne ministre de la Justice c’est bien le moins, car l’accord international de diminution des gaz à effet de serre a été signé par les Etats-Unis, qui proposent une alternative un peu floue, mais pas ratifié par le Sénat américain. 95 voix contre 0 sous Bill Clinton en 1997. Onze années ont passé, et certains élus se sont peut-être convertis à la cause. Mais en l’absence de majorité absolue au Congrès (c’est-dire-suffisamment de voix, 60% des sénateurs, 2/3 des représentants), même partisan de l’accord, Obama ne serait pas certain de voir son avis suivi. D’autant que de nombreux états industriels souffrent déjà du ralentissement économique (et leur non-adaptation aux nouvelles tendances sociétales). On voit mal dans ces conditions, les élus de ces Etats accepter un traité qui, à leur sens, va à l’encontre de leurs intérêts.
  4. Un messie qui n’est pas prophète. Sur la chaîne ITélévisions, un reportage passait en boucle ce mercredi. Il s’ouvre sur les larmes de Jesse Jackson, compagnon de route de Martin Luther King, et ancien candidat démocrate à l’investiture présidentielle. Puis enchaîne sur le discours de Martin Luther King et établit la comparaison entre Obama et ce dernier. Si tous les deux sont des tribuns, comparaison n’est pas raison. Quand Marin Luther King se fait assassiner en 1968, les noirs disposent depuis quelques années seulement le droit d’aller à l’université et viennent tout juste d’obtenir le droit de vote. La décennie précédente, il aura fallu la révolte de Rosa Parks pour que la ségrégation cesse, progressivement seulement, dans les transports publics américains. Si filiation il y a entre les deux hommes, elle fait d’Obama l’un des héritiers de King. Si son élection a été possible ce 4 novembre, c’est aussi parce que beaucoup, noirs et blancs, se sont battus pour mettre fin à la ségrégation.

 

Les dictatures de l’émotion et de l’immédiateté sont les principaux ennemis du premier mandat de Barack Obama. Dans un premier temps, tout lui sera permis. Qu’il demande et il sera exaucé. Le second temps sera celui du contre-coup. Où ceux qui ont cru en lui demanderont des comptes. Leur croyance et leur confiance contre un bon retour sur investissement, si possible rapide et sans efforts.

 

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