Le blog de Mikaël Cabon

"Le passé n'est qu'un préambule" – Chroniques, articles, cours

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La fille du standard

10 janvier 2012 · Pas de commentaire

L’invention du call-center est à l’humanité ce que l’onanisme est à l’amour, un ersatz bien fade, parfois honteux, souvent décevant. Quoique à bien y réfléchir, l’amour correspond aussi à cette définition.

Surtout, le call-center promet à la disparition le standard, et celle qui compose cette cellule essentielle de l’accueil : la standardiste.

La standardiste est souvent une femme. D’ailleurs ne dit-on pas Standard and Poors, afin de montrer le décalage d’un autre siècle entre les salaires des hommes et des femmes. La raison de cette omniprésence féminine tient, non pas à un clivage professionnel ancestral, mais à la douceur de la voix qui se dégage du combiné téléphonique. Là où un homme ou la standardiste de la Poste pourrait répondre : “Ouais, c’est pour koi ?”, une femme murmurera “Que puis-je faire pour vous ?” avec un sourire audible comme un câlin et chaud comme un thé au miel un soir d’hiver.

Devenu standardchiste par la force des choses, je livre un regard expert bien que subjectif sur cette caractéristique des grandes organisations capitalistes ou non. C’est là que je t’ai vue, toi la fille du standard. Il y a aussi une fille aux bas nylons. Es-tu la même ? Il y a aussi une femme derrière la fenêtre, non, cette dernière ce n’est pas toi, car tu n’as ni fenêtres, ni portes, ni combinaison des deux, aucun mur ne t’emprisonne.


Dans une école, dont le secret professionnel m’incite à taire le nom, j’ai failli écrire traire, pardonne-moi, car je dis tu à ceux que j’aime même si je ne les ai vus qu’une seule fois (Prévert), dans une grande école donc, tu donnes un prétexte au paresseux à se lever le matin car tu n’officies qu’aux aurores.

Ce qui est rare est cher, dit l’adage. C’est peut-être pourquoi je ne t’ai vue qu’une paire de demi-fois, car je marche vite, enfin, peut-être 4,14159265… fois à bien à y réfléchir, car une fois tu étais tournée à raison de trois diamètres de ton cercle de mouvement. Ton regard noir contrastait de manière sibylline avec la blancheur de ton sourire qui dégageait deux rangées, deux comme c’est étrange, de dents alignées dans une géométrie parfaite pareille à un triangle de Pascal.

Je t’ai dit “Bonjour”, tu m’as répondu “Bonjour”, et là j’ai imaginé que j’avais un ticket pour Liverpool, j’ai pensé “Yes”, comme si tu lisais dans mes pensées, tu m’a demandé “Why ?”. J’ai siffloté “You say stop and I say go go go, oh no”, mais avec ma bouche de travers, cela résonnait plutôt comme “The shareef don’t like it. Rockin’ the Casbah”, des Clash. Notre premier Clash, tu te rends compte ?

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Depuis, tu es aux abonnés absentes. A chaque fois, je tombe sur Raymonde qui me demande “Ouais, c’est pour koi ?”. Je raccroche l’air dépité tel un loup qu’une poule aurait pris. Peut-être as-tu monté en galon au standard de l’horloge parlante où ta voix rassurante qui égrène les heures, les minutes et les secondes dissipe les malaises du temps qui passe. Peut-être Raymonde n’est-elle qu’un robot transhumain dont tu serais la victime expiatoire d’une marche formelle et innarrêtable vers l’évanouissement de l’être humain ? Ou bien peut-être, plus vraisemblablement, me cherches-tu, toi aussi, associant sur ton téléphone la dizaine de gigacombinaisons possibles. Travail de Sisyphe alors que je suis chez Free, que leur serveur est saturé et que mon numéro de téléphone répond aux appels d’un long écho vide et assourdissant. “Ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais”, “ne te verrais-je plus que dans l’éternité”, “car j’ignore quel est ton opérateur, et tu ne sais où je free” (d’après Patrick Poivre d’Arvor et Baudelaire).

Je t’aurais aimé tu sais. “Et tu serais ma muse, et je t’offrirais la vénusté de la langue et des mots, et de la poésie dans une bronca, et toi la syphilis et ta langue, et des doux sons dans ton patois, et je mourrais pauvre et inconnu mais dans tes bras”. (Un imbécile heureux)

Pour toi, je me serais mis à écrire des histoires d’haïkus : “Ô matinée mâtinée, quand tu prends mon appareil dans tes bras, et que tu lui susurres qu’il est ton combat”, (d’après Tora, Tora). Surtout, je t’aurais chanté des chansons de nuit, des chansons de jour, des chansons sur tes fruits, des chansons d’amour, des chansons aux pommes et à la fin un air de Joe Dassin.

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La BMW série 1, une expérience non-accessoire

10 janvier 2012 · Pas de commentaire

Marque allemande vaillante, rien à voir avec Opel et Renault, BMW connaît ces dernières années un succès fulgurant dans le monde de l’automobile.

Ses parts de marché augmentent et sa cote auprès des automobilistes n’a jamais été aussi haute. Il suffit, pour preuve, de regarder sur les routes le nombre de véhicules qui adoptent son logo repérable. La nouvelle cible de BMW s’oriente désormais sur l’entrée de gamme. Il s’agit pour le groupe allemand, également propriétaire de Rolls Royce, de capitaliser sur son image de marque et montrer que ses produits sont accessibles au plus grand nombre. A cet effet, BMW vient de lancer un site baptisé Access qui regroupe notamment tous les accessoires dont il est possible la très racée Série 1.


Au gré de ses pérégrinations, l’internaute peut accéder à l’ensemble des produits dérivés en lien avec la nouvelle version de cette automobile. On peut tester à partir de cette page par exemple ceux dédiés à l’univers des enfants avec le snow pacer qui ravira les amateur set matrices de luge, ou encore des panneaux de signalisation miniatures qui permettront de jouer au gendarme et, peut-être, au voleur.

Plus qu’une voiture, la BMW série 1 se veut dès lors une manière de vivre l’automobile pour passer d’un acte de consommation banal à une expérience unique.

Un jeu concours est organisé en parallèle de ces présentations. Ainsi jusqu’au 29 février, nous sommes en année bissextiles, il y a deux chances par jour de gagner une centaine de cadeau BMW : Vélo M carbon racer (valeur 2764€), lecteur DVD de voyage, clé USB Motorsport, et de nombreux autres accessoires d’origine BMW… Ce qui peut permettre de débuter l’année avec le sourire aux lèvres.

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Sérendipité. S01E01. A quoi sert la valeur de π ?

2 janvier 2012 · 3 commentaires

Au mois de décembre, j’ai demandé, proposé, suggéré, murmuré, laissé penser, ordonné à mes demoiselles, amours de ma vie, celle de maintenant et celle d’après aussi, de s’intéresser à d’autres choses qu’à leurs leçons et qu’aux aventures sentimentales de Justin Bieber et Selena Gomez (“en plus, ils ne sont plus ensemble Papa”). En bref, de laisser s’échapper leur fertile curiosité du carcan habituel de la connaissance, que je multiplie par la table de trois, et que je conjugue à l’impératif. Et cela en plus des leçons quotidiennes (essentielles. Exemple “Vas-y montre moi ton pantalon neuf. “Vas-y”, impératif social, et neuf (trois fois trois, table de trois), des activités bi-hebdomadaires, du footing du dimanche et du repassage (hé, hé).

Un cerveau est semblable aux muscles de notre corps, il s’épanouit quand on lui demande quelques efforts.

Pouvais-je alors m’en tirer à si bons comptes, moi qui ordonne et elles qui exécutent sans passer par la case prison ?

Non. De fait, en guide de récré, j’ai décidé de laisser vagabonder mon esprit sur des trucs inutiles ou pas, juste pour le plaisir de les soupeser, de tenter de comprendre un peux mieux la marque du monde, des savoirs multiples. Je publierai de temps à autre, les résultats de ces recherches sur ce blog.

Voici la première.

Avant de lire le livre d’Alex Bellos, “Alex au pays des chiffres”, Editions Robert Laffont, les mêmes qui ont aussi édité le bel ouvrage Datavision de David McCandless qui montre que les graphiques permettent une meilleure compréhension des données (son ouvrage est supérieur, largement, à ce que cette dernière phrase laisse suggérer).

L’idée de Bellos est de nous plonger dans l’univers mathématique pour montrer toute sa richesse, son caractère évolutif et son influence aussi sur la vie de l’être humain.  La tâche n’est pas aisée tant que les mathématiques rebutent quantité d’individus qui se cachent derrière les excuses de la difficulté supposée ou de leur inapplication pratique pour les laisser tomber. Elles sont devenues aussi, les mathématiques, le symbole d’un élitisme, d’un mode de sélection drastique, qui est, à mon sens, la pire à chose à faire pour leur rendre service.

Le mieux est de se laisser emporter par ce livre qui est l’équivalent selon moi de celui de Bill Bryson sur l’histoire de l’univers. C’est fantasque, érudit sans être chiant, vivant, et cela se lit comme un roman même s’il faut avouer qu’il y a tout de même quelques chiffres à l’intérieur mais rien qu’un lecteur lamba ne puisse comprendre. On apprend par exemple que chez les Yupno, un peuple papou, on compte avec les parties de son corps, jusqu’à 33 pour les hommes, jusqu’à 32 pour les femmes car le “33” est désigné par le sexe de l’homme. Impossible alors pour une femme de cette peuplade de commander une “Export 33” (à consommer avec modération) au comptoir ou de répondre tout simplement à la question du docteur occidental “Dites 33”, sans outrepasser les règles de sa propre tribu.


L’un des chapitres d’Alex Bellos est consacré au nombre Pi. Depuis longtemps, ce chiffre passionne les êtres humains. De grands savants se sont cassé les dents sur ses décimales. Depuis le XVIème siècle, le calcul de décimales de Pi est d’ailleurs une forme de compétition scientifique non écrite. A l’heure actuelle, on en est à près de 3 milliards de décimales.


A quoi ça sert  de calculer trois milliards de décimales de Pi ?


Mais à un nombre incroyable de choses, nom d’une πpe. Genre à créer des ballons de foot spéciaux pour le Stade Brestois pour entrer « direkt » dans la lucarne des adversaires.


Au-delà de la quête quasi-mystique d’un ordre rationnel dans les décimales de Pi, ces décimales, semble-t-il ne correspondant à aucun ordre, permettent à merveille de les utiliser dans le cadre des études de marché. Pour choisir les personnes interviewées, dans le cadre des méthodes probabilistes, les sociétés de sondage utilisent des tables de hasard, c’est-à-dire des suites de chiffres dont l’arrangement doit correspondre au hasard. Chaque chiffre correspond à une personne potentiellement interrogeable. Ainsi, si elle est choisie au hasard, il n’y a plus aucune raison que l’enquêteur interroge plutôt la jolie blonde à forte poitrine plutôt que Bob, chaudronnier à l’arsenal, 115 kilos, avec du poil sur le torse. Cela élimine ce que l’on appelle en marketing une partie des biais de sélection. Avec les 2,7 milliards de décimales de Pi, on est servi. C’est là semble-t-il une utilisation moderne de ce chiffre antique.


Et puisque vous avez été sage voici une photo du schéma qui montre que l’aire d’un cercle est égale à πr2.

Voilà. En plus d’apprendre par coeur, rien n’interdit de comprendre. Ce qui sera la morale de cette journée.

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→ 3 commentairesCatégorie(s) : Au fil des jours · Sérendipité

Et surtout la santé

23 décembre 2011 · Pas de commentaire

→ Pas de commentaireCatégorie(s) : Au fil des jours

Télémarketing. « Et quelle est votre marque de dentifrice ? »

22 décembre 2011 · Pas de commentaire

Je ne sais pas vous, mais moi si. Vous venez de vous asseoir sur votre chaise, les enfants sont à table, et les assiettes sont remplies et se dégagent d’elles un fumet, ou peut-être n’est-ce juste que de la chaleur qui sent, et vous apprêtez à manger votre repas. Les anthropophages apprêtent aussi ceux qu’ils veulent manger mais c’est une autre histoire.

Quand soudain, tout à coup, le téléphone sonne. Parfois il pleure, parfois il sourit, et quel sourire, mais là il sonne.

Programmé de manière grégaire, je me lève en pensant “mais qui c’est que cela peut bien être pour appeler à l’heure du repas”. Ô corrélation illusoire.

A ce stade de l’histoire, je me dois de préciser que j’ai un rapport tout particulier avec le téléphone. Je n’aime pas téléphoner, ma dernière facture de portable mentionne 4 minutes 42 secondes de communication au mois de novembre, si bien que j’envisage assez sérieusement de résilier mon abonnement. Quant aux appels entrants, j’avoue qu’ils sont assez rarement sympathiques, et je crois bien que je pourrais vivre sans téléphone. Mais en attendant la sonnerie résonne alors retournons répondre.


- Bonjour Monsieur Baboon (1)

- D’abord on est le soir, alors on dit bonsoir.

- Bonsoir Madame Baboon.

(D’une voix grave) – Je ne suis pas Madame Baboon (ce qui quand je repense à Fernande, Fernande Baboon, non, quand je repense à cette phrase prononcée me transporte dans une autre dimension)

- Oh, pardon, Monsieur Baboon.

- Je ne m’appelle pas Monsieur Baboon. Mon nom c’est Caboon.

- Ah, pardon Monsieur Caboon. C’est Elsa de la société Thiriet. Je vous appelle pour une enquête. Consommez-vous des produits surgelés ?

- Oui, mon repas si je continue à vous répondre.

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→ Pas de commentaireCatégorie(s) : Au fil des jours · Marketing

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