Le biais du lampadaire : à  éteindre en sortant

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  • 19 novembre 2008
 Ce concept illustre parfaitement le fait que l’on est plus inquiet de risques dont on connaît l’existence que de risques que l’on ignore. La Palice n’aurait pas dit mieux. Plusieurs exemples passés illustrent cela. Le Sras par exemple qui il y encore deux ans faisait figure de pandémie mondiale en devenir. Les vendeurs de Tamiflu (le médicament pouvant en limiter les effets) engrangeaient les commandes, les fabricants de masques de protection aussi. De nombreux experts indiquaient alors que la question, la phrase est jolie et souvent utilisée, « n’était pas de savoir si cela allait arriver, mais quand cela allait arriver ». Péremptoire, efficace, applaudissements.
Pour l’heure, et soyons prudents, la grippe aviaire n’a tué que quelques centaines de personnes. C’est trop mais on est loin de la grippe espagnole, plus de vingt millions de morts dans une Europe affaiblie par les conséquences de la Première guerre mondiale. Alors cette différence : surestimation du risque ? Ou bien efficacité des campagnes de prévention menées justement parce que le risque semblait grand ? Comparaison n’est pas raison, et à la phobie irrationnelle du départ succède un potentiel coupable relâchement dans les mesures visant à empêcher la progression de la maladie. Même si à Hong-Kong cet été, une grande partie de la filière des abatteurs de volailles, un mets très apprécié chez les Chinois, a été mis d’office, par les autorités du gouvernement de Hong-Kong, au chômage technique pour raisons sanitaires. Idem pour la maladie de Creutzfeld-Jakob, la variante humaine de la maladie de la vache folle. Tout au plus quelques dizaines de cas en France. Atroces pour les malades, leurs familles, mais loin de l’épidémie annoncée. Pour faire peur, pour se donner de l’importance, pour alerter, se faire comprendre, en tout bonne foi aussi parfois, des risques sont surestimés quand d’autres ne sont même pas mis en lumière.
 
Principe de précaution ou de prudence
Combien d’études ainsi sur les risques liées aux ondes électro-magnétiques,  ceux des ondes des portables, du Wi-Fi ? La publication de la plus grande enquête sur le sujet a été reportée maintes fois. Un retard qui alimente les doutes, la suspicion car bien entendu d’autres exploitent le courant du « on nous ment, on nous spolie » comme un fond de commerce à faire croître.  Combien d’études sur les risques pour la santé humaine de la radioactivité naturelle via le radon ? Combien concernant le lien entre les pesticides (par leur diffusion chez les agriculteurs, par leur ingestion par les consommateurs) et les cancers ? Infiniment peu, comme ces faibles doses dont les effets à long terme peuvent être ravageurs. « Tout substance est dangereuse. C’est la dose qui fait la différence entre un poison et un remède », disait Paracelse. En avance sur son temps ce Monsieur Paracelse. Et puis il y a des lumières qui sont des soleils, trop lumineux pour que l’on remarque leur présence : les carences alimentaires en Afrique par exemple, l’impact des conditions socio-économiques sur la santé dans les pays occidentaux par exemple. Trop éblouissantes pour qu’on les regarde dans les yeux, on risquerait de perdre la vue. A l’exception de cette limite, on peut même dire que plus intense est la lumière plus elle attire le regard sans que son importance soit en rapport avec son intensité. Une faible lumière peut signaler un risque important comme un risque non-important. Cela devrait être lié dans un monde rationnel mais le nôtre ne l’est pas. Un risque se construit culturellement. Il dit beaucoup des inquiétudes d’une société, de son anxiété face à l’avenir ou non. D’où l’importance de la conscience critique pour ne pas être dans la situation décrite par cet aphorisme : « quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt ».
 
Et puis parce qu'il est bon de rire parfois, voici une blagounette sur cette thématique : 
 
"C'est l’histoire d’un ivrogne qui cherche sous un réverbère ses clefs de maison qu’il a perdu à quelques distances de là. Comme un passant lui demande pourquoi il ne cherche pas là où il les a perdues, il répond : « C’est mieux éclairé ici ! »
 
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Commentaires

  1. […] Ainsi, pour illustrer cette dictature de l’instant, les exemples foisonnent. Dans quelques semaines, on reparlera d’Haïti et du tremblement de terre qui a touché ce pays il y a près d’un an, et surtout des conditions désastreuses de survie de ce peuple, que pour fêter l’anniversaire de la catastrophe. Le lendemain, doté de la mémoire d’un poisson rouge, nous passerons à  autre chose sans demander notre reste. L’instant est devenu l’ins-temps, le seul temps valable sur notre planète dopé au biais du lampadaire. […]