Politique. Cantique du quantique

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  • 24 juin 2020

On ne sait pas bien si c’est l’influence du code informatique d’une société en voie de numérisation ou bien le code moral d’une culture religieuse qui coule dans nos habitudes. Toujours est-il que notre monde est bien manichéen dans sa perception de la réalité. Blanc ou noir, riche ou pauvre, bon ou mauvais… Comme si deux états suffisaient à tirer le portrait de la palette des possibilités et des réalités humaines.

Il en va ainsi en politique aussi, peut-être même surtout. Gauche ou droite. On croyait ce clivage de surface éteint par une offre nouvelle, il n’en est rien. Il revit de ses cendres, renforcé par ceux qui vivent de cette division rassurante. Pas besoin d’avoir d’idées quand on est le contraire d’un autre. Il suffit d’attendre un peu pour que la pomme tombe du bon côté du jardin quand les citoyens se sont lassés de l’autre bord. Ainsi l’alternance systématique prévaut. On ne choisit plus ainsi celui qui nous satisfait le plus, mais celui qui nous insatisfait le moins. La haine étant un moteur plus puissant qu’un tiède soutien, c’est elle qui commande nos choix collectifs.

 

Or la démocratie moderne, dans ses principes mêmes, relève plus du consensus que du privilège majoritaire.

Alors que tous les pouvoirs sont donnés à celui qui dispose d’une voix de plus que la moitié des électeurs, le socle fondamental est bafoué par son mode de désignation des élus. Cette schizophrénie institutionnelle nous conduit à notre perte. D’autant plus qu’en parallèle, dans cette tectonique des plaques de nos organisations politiques, la technostructure reste bien en place, et que les interactions avec d’autres d’institutions (pour la France, l’Europe, les Etats partenaires, les institutions internationales) commandent une modération à la recherche d’un compromis acceptable.

L’esprit de concorde

L’exemple typique, nous l’aurons en ce début de mois de juillet. Dans un air réchauffé par les anticyclones estivaux, bercé par le bruit des climatiseurs des salles de Conseil, les maires de quantité de grandes villes françaises vont être élus. Le mode même de désignation fait que généralement, au deuxième tour, il reste deux listes (parfois trois, rarement quatre), 0 ou 1, bien ou mal. Le simple fait d’arriver en tête vous donne 2/3 des sièges du Conseil. A minima. L’opposition, ou les oppositions, se contentent des miettes. Leur parole sera, à peu près systématiquement résumée à l’insignifiance et à l’inefficacité. Parfois à raison, mais là n’est pas la question. Cela vaut aussi pour l’Assemblée nationale, où une majorité écrasante n’a que faire de ses oppositions, condamnée à gesticuler, et tels des clowns dans un cirque fatigué, à en faire le plus possible pour épater une galerie assoupie. La majorité rassure, elle est même nécessaire tant elle commande la certitude d’une ligne directrice. Elle ne doit pas trouver son existence pour autant dans le mépris des oppositions et des propositions nouvelles. Ce système binaire a vocation à disparaître. Caricatural à l’extrême, il sera bientôt remplacé par des algorithmes de prises de décisions politiques, comme il en existe dans le domaine du Droit.

Il nous faut réinventer un système politique quantique. De que j’ai compris du quantique, un élément peut être à la fois à l’un de ses extrêmes, comme à tout état qui relie ces deux points. Un infini de possibilités s’ouvre. Au-delà du binaire donc.

Cela représente beaucoup mieux nos sociétés. Au lieu de cultiver l’opposition binaire, il s’agirait de rechercher les points de convergence, les points d’équilibre démocratique qui permettent de continuer à avancer, sans défaire le bilan du mandat précédent par la suite. On resterait d’accord sur nos désaccords, tout en recherchant ce point d’équilibre. Car c’est dans l’harmonie que nos institutions et nos sociétés se doivent de vivre. C’est aussi cela l’idée de justice, d’Etat de droit.

Cette politique quantique aurait le mérite de ne plus être dans la posture hypocrite mais de remettre sur le devant de la scène les qualités des individus, et notamment ceux qui nous représentent, et leurs valeurs profondes, et par là obligerait la société à redéfinir ses valeurs propre dans un esprit de concorde. Car ce contrat social français est aujourd’hui vide de sens. Quand la foule crie dans la rue, c’est une juxtaposition de « Moi » qu’elle jure. Chacun défendant son intérêt individuel ou corporatiste ou communautaire. « Je suis plus malheureux que toi. Ma situation est plus injuste que la tienne ». Il est grand temps de rallumer le sens du Nous, dans le respect de nos pluralités, dans l’absolu de nos points communs.

 

Bonus. Je ne résiste pas à publier cette vidéo de François Sureau, avocat et défenseur des Libertés, dont les propos éclairants prêtent à la réflexion

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