De la binarité

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  • 26 mars 2020

Les crises révèlent les failles les plus profondes des sociétés en ce sens qu’elles accentuent les faiblesses et renforcent les qualités.

La pandémie de coronavirus, au-delà des sourires à la lecture de son nom à ses débuts en Chine (1), provoque désormais une angoisse légitime et démesurée. Légitime car chacun a le droit de se vouloir protégé dans une société qui accepte mal le simple risque de vivre. Démesurée car rares sont celles et ceux qui prennent la mesure réelle de la crise que nous vivons, pour la simple raison que nous n’en connaissons pas encore le bilan définitif.

Chacun y va alors de ses propres explications. Souvent en lien avec l’objectif idéologique qu’il poursuit. Pour les uns, elle serait la preuve que le non-respect de l’environnement a des conséquences terribles, pour d’autres que des décennies, des années, des mois de non-prise en compte de l’état défaillant de notre système de santé nous mène à la situation dans laquelle nous sommes, d’autres voueront aux gémonies le capitalisme, la politique, le libéralisme, l’Union européenne – à l’heure où les enjeux géopolitiques ne s’arrêtent pas à cette crise, l’activisme russe et chinois le prouve – Amazon, les méchants règlements, l’étranger, à chacun son ennemi et sa menace, la surveillance généralisée, Macron, Trump, Johnson… remplacez le nom de l’un de ces responsables politiques par celui que vous abhorrez le plus, cela fonctionne toujours.

Dans une société submergée et paralysée par la montée des égoïsmes, trouver un coupable pour, parfois, se dédouaner de ses propres erreurs, est vital. Et quand chacun, faute d’avoir autre chose à faire, lire par exemple ? Se taire quand on ne sait pas ? Ecouter Nina Simone ou Métallica ?, s’improvise infectiologue ou épidémiologiste via l’un ses réseaux sociaux préférés pour vanter les mérites d’un traitement miraculeux, le cocktail est explosif. Entre fausses informations et complotisme fallacieux.

Notre planète est plate

Pouvait-il en être autrement dans une société française qui a perdu le sens du commun et se refuse à tout autre temps que celui de l’immédiateté, des problèmes comme des solutions ?

Notre planète est devenue tellement plate qu’un fait survenu en Inde, en Corée du Sud, est d’une telle proximité avec nous, émotionnelle, informationnelle, qu’il ne diffère pas d’un autre fait survenu à deux rues de notre domicile. Tout devient alors anxiogène au possible, c’est compréhensible, et se confond, d’autant plus quand on est confiné dans la petitesse de nos intérieurs, et quelle qu’en soit la taille.

Tout espoir est-il perdu ? Tout avenir est-il impossible ?

Non. Car des forces immenses sont là, tapies dans l’ombre parfois, au grand jour dans bien d’autres cas.

La force d’une humanité bien palpable. De toutes ces personnes qui dans un élan de générosité implacable se sont portées volontaires pour aider, soutenir, soigner, servir, enseigner, donner, proposer, travailler, converser… dans leur entourage, sans faire de bruit, sur des plateformes pour créer et contribuer à des groupes de solidarité, dans leurs réseaux, dans les villes qui ont en place des services de réserves civiques ou sanitaires, par leur métier aussi bien sûr.

Nous sommes ces deux faces de l’humanité, celle bien fade de la critique incessante, du doute affirmatif, et celle, salvatrice, de l’entraide, de la générosité et du sens des responsabilités.

La binarité n’a de sens qu’en informatique, et encore. Chez les humains, c’est d’un continuum dont il s’agit. Avec le choix, pour ceux qui en sont conscients, qu’ouvrir les boîtes de Pandore de nos médiocrités réciproques au risque de ne jamais les refermer, est un risque majeur. Nos qualités sont le reflet de nos défauts. A chacun de se regarder dans un miroir pour décider la part qu’il souhaite montrer à lui-même et au monde, et repousser les ténèbres de l’irrationalité, qui n’est pas le contraire de l’humanité, de refuser le simplisme qui n’est pas le contraire de la pensée critique. Ce combat incessant est celui de l’Homme, pareil à Sisyphe. « L’obscurité ne peut pas chasser l’obscurité ; seule la lumière le peut ». Martin Luther King

 

  1. Mais on me dit que c’est peut-être les Américains, via la CIA, le cousin d’un ami de l’une de mes voisines, bien placé, l’assure, qui aurait inoculé à un Pangolin rôti dans les Alpes autrichiennes ce virus dont la propriété intellectuelle serait celle d’un Institut bien connu. 😉 Rien encore sur les Juifs ni sur les Francs-Maçons. Etonnant.

 

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