De la déprime démocratique

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  • 7 mars 2017

A quelques semaines du premier tour de l’élection présidentielle, notre pays semble comme touché par une suspension démocratique. On ne débat d’aucune idée forte, d’aucun choix de société. Au meeting de Benoît Hamon sur Brest la semaine passée, les orateurs criaient « la gauche doit gagner », et la foule d’applaudir. Au Trocadéro, ce dimanche, les orateurs lançaient «Fillon doit gagner », et la foule de s’esbaudir.

Est-ce là la véritable et seule question que nous devons nous poser en prévision de cette élection ? La gauche doit-elle gagner ? La droite doit-elle arriver en tête ?

Dans les discours d’experts comptables (« no offense ») qui nous sont donnés à longueur d’antenne, on ne traite pas des chiffres les plus essentiels de notre économie : la dette publique, le déficit du commerce extérieur, la dette écologique (un peu plus, il est vrai), la paupérisation d’une partie de notre société… Rien non plus sur le renouveau démocratique et républicain : sur le droit de vote des étrangers, le droit de vote des mineurs, les changements institutionnels… Rien non plus, ou pas grand-chose, sur l’encouragement aux idées nouvelles, locales et citoyennes…

Noyées dans le substrat de la novlangue politique, les idées n’émergent pas car la sincérité de l’engagement qui sous-tend la passion politique du candidat est battue en brèche par une population lasse des promesses non tenues mais qui appelle à d’autres promesses pour se réveiller de sa torpeur démocratique.

Dans un constat, en date de 2011, Jean-Paul Delevoye, alors médiateur de la république, constatait une forme de fatigue psychique collective, un « burn-out » à la française. Extraits, donnés dans un article du Monde, « La France va mal. Les Français souffrent. (…) Tout cela dessine une société française à la limite de la rupture. Au bord de la crise de nerfs. Avec nombre de gens disponibles pour les marchands d’illusions de tout acabit. »« Les valeurs doivent l’emporter sur le calcul. Les causes sur les intérêts ».

Le diagnostic est-il différent en 2017 ? Pas vraiment. Alors que plus d’un tiers des Français donnent crédit à des candidats prônant la sortie de l’euro, que les candidats des deux principaux partis semblent éliminés du deuxième tour, que nous nous tournons nous-mêmes en ridicule après nous être tant moqués de l’Amérique de Trump. « Reprenons-nous », titrait Delevoye. «Tant qu’il est encore temps », pourrait-on le sous-titrer.

(NDLA. Ce texte est écrit par un citoyen qui appuiera sur le bouton « Macron » dans l’isoloir électronique)

Pour en savoir plus, l’excellente émission « la marche de l’histoire » revient sur les élections présidentielles à J-60.

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