Un pays sans gouvernement. Une bonne idée ?

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  • 28 octobre 2016

En 2010-2011, la Belgique s’est retrouvée sans gouvernement plus de 200 jours. Ce fut le cas également pour l’Irlande en début d’année. Actuellement, l’Espagne est dans le même cas, jusqu’à ce week-end où Mariano Rajoy devrait être réinvesti. Or, tout comme la Belgique il y a cinq ans, l’Espagne connaît un sursaut de croissance sans précédent ces dernières années. Si des études complémentaires nécessiteraient d’être menées pour faire la part entre la croissance « politique », issue des décisions gouvernementales, et la croissance « endogène », propre à la situation économique espagnole, il n’empêche que cette actualité pose à nouveau la question suivante à un million de pesetas : un pays a-t-il besoin d’un gouvernement ?

La gloire de l’éphémère

Ramenée à la France, la question vaut son pesant. Alors que nous nous préparons à entrer dans une période électorale particulièrement dense, élections présidentielles puis élections législatives, la force politique va être progressivement amoindrie. Le débat budgétaire actuel est le dernier acte politique d’un gouvernement qui, en tout état de cause, ne devrait pas être reconduit en mai prochain. Alors que la période des cadeaux électoraux bat son plein, ne vaudrait-il mieux pas ne pas être dirigé. Car les agents économiques ont besoin d’une stabilité législative que ne leur permet pas les politiques girouettes de ces dernières années où les décisions s’accumulent, se contre-disent, s’entre choquent, se succèdent sans que ne soient mesurées leurs conséquences sur le réel. C’est le cas dans le domaine de l’éducation, où les nouveaux programmes sont changés avant même d’être suivis par une cohorte d’élèves suffisante; dans le domaine de l’économie, où le parlement vient de signifier l’obligation d’inscription au RSI pour tous les loueurs AirBnB dont le montant des locations dépasserait les 7.000 euros et quelques, après avoir, ou, toujours en économie, le retour vers le passé sur le niveau d’imposition dans le cas de revente de start-up.

L’important est laissé de côté

Il n’y a finalement que trois catégories de décisions politiques où la France connaît une certaine stabilité dans les positions politiques : le domaine de la défense, et la sacro-sainte dissuasion nucléaire, celui de la diplomatie et des relations internationales et enfin celui du nucléaire civil comme mode principale de production d’électricité dans notre pays. Trois domaines dans lequel peu de débats se déroulent dans les hémicycles du parlement et où donc les décisions politiques gouvernementales interfèrent peu. Cela démontre que la continuité de l’Etat est possible sans gouvernement. Cela démontre aussi que l’essentiel des décisions gouvernementales sont des décisions techniques pour la plupart. 

A l’heure où notre pays a besoin de politiques fortes, pérennes, soucieuses d’échanges avec la société civil, cette incongruité, le gouvernement agit sans efficacité, ni force, ni pérennité, n’est pas là la moindre difficulté que connaît notre société. De la résolution de cette question viendra aussi la réponse affirmée de la démocratie face à ses ennemis intérieurs dont le rôle sera, hélas, de premier plan lors des deux tours de l’élection présidentielle de 2017.

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