« Un village français ». La valeur du pardon

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  • 25 octobre 2016

(Attention spoilers)

« Et maintenant, on fait quoi ? » interroge Gustave, fils de Marcel Larcher, résistant communiste tué par les forces d’occupation, alors qu’il se trouve devant la tombe isolée de son père.


Un Village français : bande-annonce

Voilà la vraie question que se pose l’ensemble des acteurs de cette ultime saison d’ « Un village français ». Après la Libération, les procès d’épuration prolongent la guerre intestine qui trouble la France. On tond, on pend, on juge à tour de bras. Et dans la chaleur froide des maisonnées, c’est la même question qui tourmente chacun : puis-je lui pardonner ?

Les premiers à vouer aux gémonies les collaborationnistes sont ceux-là même qui étaient les premiers aussi à les porter au pinacle. On règle ses comptes dans des procès expéditifs qui se donnent l’impression éphémère de la justice sans en avoir la profondeur. Difficile de dire ce qu’il aurait été de nous dans cette période troublée. Quitte à rêver, autant être du côté des gagnants.

Mais que penser de la cruauté inénarrable qui pousse à tondre ces 20.000 femmes, à les vilipender « dans cette brutalité virile, devant ceux qui cognent les plus forts pour s’acheter un brevet de résistance », comme le dit le documentaire qui suivait la diffusion de deux épisodes de la septième saison d’ »Un village français ».

La vraie question donc posée ici est celle du pardon. Comment pardonner l’impardonnable ? Comment redémarrer un pays quand des millions de ses concitoyens ont été les laudateurs parfois zélés parfois indifférents d’un régime fasciste ? La justice des Hommes ne saurait suffire. Sans compter qu’il faut écrire une nouvelle page du roman national qui doit conduire la France à sortir grandie de la période la plus sombre de son histoire.

Un pays peut-il pardonner son peuple ? Ce pardon doit-il être sincère ou se justifie-t-il pour la fin qu’il permet à savoir la continuité de l’histoire ? Dans une France particulièrement chrétienne à l’époque, religion dans laquelle la valeur du pardon est remarquable, le pardon relève de la politique.

Tous, dans « Un village français », sont touchés. Ce qui justifie les flashbacks incessants entre le passé et le présent dans ces deux premiers épisodes. Rien ne justifie que l’on s’intéresse au futur quand de la miroir de sa vie on trouve ses propres faiblesses et compromissions.

Dans l’un ses plus grands livres, « La plaisanterie », Milan Kundera écrit ces mots :

«(…) tout sera oublié et rien ne sera réparé. Le rôle de la réparation (et par la vengeance et par le pardon) sera tenu par l’oubli. Personne ne réparera les torts commis, mais tous les torts seront oubliés.»

Alors que s’estompent les derniers vestiges de cette guerre, la question de la mémoire de l’oubli s’impose à nous.

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« Un village français ». France 3. Photo tirée de la sixième saison où le maire, Daniel Larcher, est l’avocat improvisé des miliciens avant de lui-même se retrouver devant les juges.

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