Politique. Il faut sauver le soldat Juppé

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  • 27 septembre 2016

Un dimanche midi ordinaire de septembre sur la côte ouest du Finistère. Entre deux averses, le soleil chauffe. Les esprits aussi. Et comme bien souvent, la politique s’invite entre la poire et le crumble.

Faut-il y voir l’influence américaine, c’est la primaire de la droite qui monopolise les débats. S’y rendre ou non est la question ?

Sur les six citoyens en âge de voter autour de la table, autant penchent d’ordinaire à gauche que d’autres se qualifient de droite. Et on trouve aussi des centristes. Eh, oui. Et encore, ces dénominations ont-elles encore un sens dans un monde politique devenu sans repères à force de promesses non tenues et d’engagements sans convictions.

Et pourtant, sur les six que nous sommes, à la fin du repas, cinq se posent la question d’aller voter à cette primaire de la droite les 20 et 27 novembre. Pourquoi ? Pourquoi donner deux euros et signer une charte de valeurs, qui ne sont pas forcément les siennes, pour aller désigner le candidat de droite au premier tour de l’élection présidentielle.

La raison en est simple. Cette primaire est le véritable tour de chauffe de l’élection présidentielle. Ce scrutin majeur de la vie politique désigne pour son second tour, les deux candidats arrivés en tête du premier tour. Selon les études d’opinion, tout laisse à croire que Marine Le Pen en sera. Le pire n’est jamais sûr, mais en l’espèce il est probable. Reste donc une place à prendre pour se qualifier, et devenir, c’est du tout cuit, le prochain (la prochaine) président(e) de la République.

Or, dans cette primaire de la droite, on sent venir le vent du boulet Sarkozy. L’ancien président qui n’aime rien moins que le pouvoir souhaite redevenir calife à la place du calife.

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Cette simple idée me donne de l’urticaire. Entre les discours hypersécuritaires, à la limite de la haine, la xénophobie et le néo-colonialisme, les faillites économiques, rien que sur la dette de l’Etat, 600 milliards d’euros de plus en cinq ans, le bilan de Nicolas Sarkozy nous renvoie au temps troubles du népotisme et de la corruption d’une France tout sauf apaisée. Cet homme est dangereux pour notre pays à un moment où il doit maintenir son unité face aux dangers sournois du simplisme et de la division.

Dans la primaire de la droite, le seul qui puisse contre-carrer les ambitions personnes de Nicolas Sarkozy se nomme Alain Juppé. L’homme s’est refait une virginité politique à la mairie de Bordeaux. Les années passant, il est devenu la figure du sage. Ce n’est pas mon premier choix, ce n’est pas celui que j’aurais souhaité, mais ce sera mon choix le 20 novembre pour empêcher que le prochain président de la République soit Sarkozy II. Je n’avais pas aimé le premier, je pense détester la suite.

Sans naïveté

A plus de 70 ans, le maire de Bordeaux n’est pas un perdreau de première jeunesse. Sans tomber dans le jeunisme, il serait temps que le monde politique laisse un peu de place à des individus qui subiront personnellement les conséquences de leurs choix de société (lire Mon/Ma président(e) à moi, écrit en 2011). Las, ce n’est pas ainsi, pas encore, que les choses se déroulent.

Pour moi le choix est fait. Alors que je m’astreins à voter blanc à chacune des élections depuis 2008, je voterai à ces primaires d’un parti qui n’est pas le mien pour sauver le soldat Juppé. Et si Emmanuel Macron s’invite au premier tour de l’élection présidentielle, c’est lui qui recevra ma voix, sans angélisme ni naïveté. Je rêve de voter pour quelqu’un qui cessera la politique de l’égo en appelant chacun de nous à être les acteurs du changement, sans exclusion ni exclusive. Car en politique plus que partout ailleurs, et aujourd’hui plus encore, la France est à consommer avec modération.

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