Sortons de notre coma collectif

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  • 23 février 2016

 Il en faut peu pour être heureux, mais il en faut plus pour la Jungle de Calais qui s’apprête à être évacuée dans les prochains jours.

Les conditions inhumaines dans lesquelles sont accueillis des milliers de réfugiés dont le seul crime est d’aspirer à une vie meilleure sont indignes de notre République. La situation dure depuis si longtemps qu’elle nous paraît routinière presque acceptable. Ce n’est pourtant pas le cas.

La question des migrations est vaste et le problème dépasse de loin les prérogatives de notre pays. Cela ne nous exonère pas d’apporter notre part d’humanité à ceux qui en ont besoin. Où est-elle la vague d’indignation qui avait suivi la mort de ce jeune syrien sur les rives des côtes turques l’année passée ? Elle témoigne une nouvelle fois que l’émotion est mauvaise conseillère. S’émouvoir n’est pas agir. S’émouvoir ici c’est se donner bonne conscience à peu de frais. Agir c’est réfléchir. Réfléchir avec les valeurs que nous défendons, celles qui font de chaque individu un être respectable et secourable. Peu importe sa religion, sa couleur de peau et ses origines.

D’autant qu’il est des trésors qui se cachent dans migrants. Avec le repli identitaire, mais repli sur quelle identité ?, qui caractérise notre pays moralement déclinant, que dirions-nous aujourd’hui si Maria Skłodowska, Milan Kundera, ou bien les parents de Joseph Kessel et de Michel Platini se présentaient à nos frontières ? « Non merci on a trop peur » ? Il nous faut sortir de ce coma collectif, aseptisés que nous sommes par une crise économique qui dure et qui semble justifier toutes les lâchetés morales dont nous sommes collectivement coupables. Oui, le respect, à commencer par celui de nous-mêmes, de nos valeurs et de notre histoire, et celui des autres, a un prix. Si c’est celui de 2.000 logements en pré-fabriqués, de douches propres, de quelques salles de classes et de soupes bien chaudes, ce n’est pas cher payé. Bien moins en tout cas que le coût de notre déshonneur et celui de notre indignité.

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