Débat familial. Face à la misère des réfugiés, que pouvons-nous faire ?

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  • 7 septembre 2015

Le 3 septembre à 11 h 12, sur un réseau social, Aymeric P-M indiquait son souhait de réfléchir avec ses trois enfants ce week-end autour de la question des migrations et des réfugiés et de « comment qu’ont fait pour agir » (je résume).

Il y a à la fois un peu de naïveté et beaucoup de réalisme dans ce propos. Naïveté en pensant que ces questions si complexes puissent trouver des réponses, et réalisme parce que c’est en transformant chacun un peu nos mondes que nous transformerons le monde.

Bref, l’idée de réfléchir à cette question avec les enfants me plaît et je la pique sans vergogne. Donc acte hier soir au dîner.

Les protagonistes, Venise, 12 ans, en quatrième, Poème, 14 ans, en seconde, et moi-même, 41 ans, en école d’ingénieurs (j’ai beaucoup redoublé).

La question est large, l’enjeu complexe, voici l’état de ce que nous avons pensé et des questions complémentaires qui nous sont venues à l’esprit. L’idée principale est « que faisons-nous (nous trois) pour agir ».

(Principe. L’idée du « Il faudrait d’abord s’occuper des malheureux chez nous » est évacuée. On s’occupe déjà des malheureux chez nous quand on en rencontre. Cela passe par prendre des nouvelles des gens qui semblent assommés par l’alcool en plein milieu d’après-midi. Pas assez ? Peut-être)

–       Devons-nous agir ?

o   Oui

–       Pouvons-nous agir ?

o   Oui

–       Alors que faire ?

o   Accueillir une famille de réfugiés chez nous ? Idée fraîchement accueillie. Pas facile de libérer de la place pour des gens qui restent inconnus. Pas d’insistance. On propose de mettre à disposition notre jardin et la possibilité d’utiliser les communs. Je ne sais pas si c’est bien.

o   Demander à notre ville d’accueillir des familles ? Oui. C’est plus indirect, plus facile de reléguer cette tâche à une institution. A responsabilité collective, réponse collective ?

o   Donner du matériel, de l’argent de manière ponctuelle ? Oui. Via une association de type la Croix-Rouge. Nous allons réaliser notre don ce lundi.

o   Parrainer un enfant ? On l’a fait pendant neuf ans avec un jeune philippin via « Les enfants du Mékong ». Cela a bien fonctionné, l’enfant est sorti diplômé, tout va bien pour lui. Nous sommes prêts à refaire de même à condition de trouver la structure portante qui nous assure la transparence des actions et de l’utilisation des fonds. On cherche la structure pour le faire. Si vous avez des idées…

o   S’engager à intervenir pour faciliter leur intégration (cours, visites guidées, partage d’éléments de la culture française, échanges autour de leur propre culture…) ? Oui. Une fois par mois. Nous avons décidé également que nous demanderions à la direction de leur école d’accueillir une partie des enfants hébergés sur Brest, et ce gracieusement. C’est le rôle d’une école confessionnelle. Il est décidé également que les filles en discuteront avec leurs ami(e)s à l’école.

o   Se mobiliser le cas échéant pour montrer notre soutien à une politique d’accueil des réfugiés plus tolérante en France ? Oui. L’idée de la manifestation n’est pas très bien accueillie. Dans l’ensemble, les mouvements de foule nous sont peu familiers et nous les considérons comme potentiellement dangereux. Cependant, on est d’accord pour participer à une mobilisation, un rassemblement (genre, place de la Liberté, un soir pendant une heure) pour appuyer l’idée qu’une partie de l’opinion publique soutient cette politique.

o   Mieux comprendre les enjeux du Proche Orient ? Oui. Comment ? En s’informant sur le sujet, en essayant de comprendre comment ça marche cette poudrière. Début hier soir avec une discussion de géopolitique du 11/09/2001 à la chute de Saddam Hussein et ses conséquences.

o   Comprendre la question des migrations ? Oui. J’explique aux filles comment notre pays a souvent eu recours à une main d’œuvre étrangère ou accepté d’accueillir des personnes en difficulté dans leur propre pays. C’est le cas notamment des « boat-people » à la fin des années 70. Elles, mes filles, dont les grands-parents maternels ont appartenu à cette grande vague d’immigration asiatique, sont sensibles à cet argument. Comme quoi c’est dans l’écho de sa propre histoire que bien souvent on trouve le ressort de sa propre compréhension du monde. 120.000 réfugiés à l’époque arrivent en France. Et aujourd’hui, pourquoi cela serait-il impossible ? Un peu parce qu’ils sont victimes de préjugés férocement attachés à leur couleur de peau et leur religion. Voir la question suivante.

o   S’informer autour du Coran et de la religion musulmane ? Si une partie de l’opinion publique a des difficultés à l’idée d’accepter l’accueil de ces populations, c’est aussi en lien avec nos différences ethniques, culturelles et spirituelles. Comme on lit la bible, on doit s’intéresser au Coran, pour mieux comprendre la religion d’un septième de l’humanité. Moyen : lire le Coran (un peu rébarbatif), regarder des documentaires sur l’Islam (et les autres religions pour comprendre la géopolitique des religions). Regarder « La vie de Brian » tout de suite après pour apprendre à relativiser et rire un peu. On peut aussi lire « L’agneau » de Christopher Moore sur la vie du meilleur ami de Jésus, Biff. Une lecture unique.

o   Résoudre le problème à la source ? Alors là j’avoue que nous sommes un peu impuissants. L’échange, plus théorique, est resté sur « est-ce que l’on accepterait un engagement militaire de la France plus poussé qu’aujourd’hui pour instaurer un régime démocratique en Syrie et en Irak ? », oui. « Est-ce que l’on est prêt à voir des soldats français décapités lors d’une offensive au sol ? », non, mais on n’est jamais prêts à voir cela. « Est-ce que si cela passe par une mobilisation des forces de réserve (dont je fais partie », on est ok pour que je parte ? La probabilité est nulle dans les faits, mais en théorie cette question est intéressante. Quand ce sont les autres qui peuvent mourir, tout est envisageable, « c’est leur métier », argument un peu facile. Quand il s’agit de soi, la question est beaucoup plus difficile. Je préfère ne pas y aller.

Voilà j’ai sûrement oublié des éléments de notre conversation. Elle a pris l’ensemble de notre repas (cela permet de parler à tour de rôle pendant que leurs autres mangent). Rien de très original dans les solutions. Le temps de parole a été équilibré. On a aussi parlé de notre manière d’être citoyen (avancer l’âge du vote par exemple) dans cette réflexion.

Elle est insuffisante et égoïste par moments, faible par d’autres, mais aussi puissante et généreuse. Nous sommes tout cela à la fois. Imparfaits. Et désireux d’être acteurs de nos propres vies. Car il y aura d’autres crises, il y aura d’autres morts. Bien entendu, il y a l’émotion. Il n’y a rien de plus humain que l’émotion. A nous de transformer cette empathie en désir d’actions. Il n’y a rien de honteux à être idéaliste.

Cet exercice de réflexion autour de nos propres responsabilités nous interroge sur notre propre système de valeurs. Il est facile de s’indigner, un peu moins de sacrifier l’achat d’un jeu vidéo, un espace dans son salon, ses dimanches après-midis. Bien sûr, ce n’est rien. D’autres font plus. Bien sûr. Mais ce n’est pas la question, il y a toujours pire, toujours mieux. La question que nous renvoie cette histoire, et toutes les histoires finalement, c’est une question très personnelle qui rebondit en notre for intérieur : quelle personne humaine décidons-nous d’être ?

noirblanc

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Commentaires

  1. […] conditions inhumaines dans lesquelles sont accueillis des milliers de réfugiés dont le seul crime est d’aspirer à une vie meilleure sont indignes de notre République. La […]