La gauche ou les illusions perdues

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  • 4 août 2015

Coup sur coup, deux oeuvres artistiques viennent me rappeler des souvenirs d’une période récente d’un camp politique qui n’était pas le mien mais dont je partageais néanmoins les principaux espoirs. La première est un livre : Eléments incontrôlés, de Stéphane Osmont. La deuxième est un film : Des lendemains qui chantent.

Dans le livre d’Osmont, impeccable auteur de la trilogie (dont je ne peux que vous conseiller la lecture) Le Capital, le Manifeste, l’Idéologie, plongée redoutable dans le capitalisme, il est question de la période de la fin des années 60 et du début des années 70 où les mouvements d’extrême gauche bousculent l’ordre établi et aspirent au pouvoir quitte à le prendre par la force. C’est le printemps de l’idéalisme armé quand tout fan de Game of Thrones sait bien que l’hiver vient.

Des lendemains qui chantent revient sur une période plus récente, de la première élection de François Mitterrand à la défaite de Lionel Jospin. Avec un grand André Dussolier comme père de deux socialistes qui tenteront de combiner leurs vies avec leurs espoirs de jeunesse dans un film touchant.

osmont éléments

Ces deux créations se complètent bien. Chronologiquement d’abord, puisque le film termine la période engagée par le livre. Sans que les deux oeuvres n’aient de liens formels, elles s’assemblent également du point de vue de la thématique. On quitte le narrateur d’Osmont sur cette phrase :

« Quant à moi, je me tiens toujours à l’écart de la politique, laissant à d’autres, plus avisés que je ne le suis, le soin de s’en occuper. Elle demeure pourtant indissociable de mon amour pour Fedora, la grande passion de ma vie ».

Et le film débute sur la victoire de François Mitterrand le 10 mai 1981, vue de Saint-Etienne, après une première scène sur les prémisses de la défaite de Jospin.

Des années anti-flic aux années fric

Alors que le visage de Mitterrand s’affiche sur les écrans, il faut attendre le bas du visage pour deviner le gagnant,

on ressent l’espoir de toute génération privée de réussite électorale flagrante depuis trente ans. Derrière, c’est aussi l’espoir d’un changement de société, qui laissera des réformes sociales marquantes comme l’abolition de la peine de mort, mais marquera également par une inefficacité économique patente dont les pouvoirs politiques n’ont jamais su se défaire ou, plutôt, dont ils se gardent de bien d’avouer leur impuissance.

Ce désir d’un monde de nouveau, épris de liberté, d’égalité et de solidarité, sent bon l’insouciance et la sincérité. Il sera servi par des intérêts anti-populaires qui laisseront l’amère désillusion succéder aux espoirs bien trop grands placés dans cette douce révolution de l’alternance politique.

La véritable fin de ces deux histoires nous la vivons maintenant sous nos yeux dans le précipice dans lequel ont sombré les idéologies. Si la décomposition du clivage gauche-droite a débuté il y a bien longtemps, nous entendons son dernier soupir. Et ce ne sont pas les gesticulations éphémères de leaders politiques en panne d’idées, misant sur des clivages illusoires, qui feront mentir ce constat.

La nécessité d’un monde nouveau n’est pas morte avec ces échecs. Elle doit cependant changer de chemin pour délaisser le champ de la politique institutionnelle. Changer le monde aujourd’hui c’est d’abord changer son monde. Celui, plus restreint, de sa propre existence, en tentant de donner sur des échelles réduites le meilleur de soi, pour soi et pour les autres, dans l’ordre qui conviendra à chacun d’entre nous qui nous voulons les acteurs de ce monde qui vient.

Mikaël Cabon

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