Des boat people aux bof people

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  • 26 avril 2015

(Photo de couverture : Amnesty International)

L’Europe connaît un afflux de migrants sans précédent ces trois dernières décennies. Du point de vue humanitaire, la situation est grave. D’un point de vue moral, elle l’est tout autant. Pourquoi ? Parce qu’en posant la question du devenir des migrants une fois accueillis sur les terres européennes sous l’angle du problème nous dérogeons à nos devoirs les plus élémentaires.

Sans revenir sur les causes de cet afflux d’hommes, de femmes et d’enfants, qui ne tentent rien de moins que de sauver leur peau et aspirent à un avenir meilleur – et il y aurait beaucoup à dire notamment sur la gestion de la chute de Kadhafi en Libye – nous ne pouvons fermer les yeux comme si de rien n’était.

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Quelle différence entre ces deux photos ? 35 années.

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Des années d’intoxication politique, surfant de bas-instincts humains et largement partagés, font que l’étranger, surtout quand il est basané, est considéré comme une menace sourde contre notre propre civilisation. C’est bien la principale victoire politique des xénophobes que d’avoir imposé leur agenda politique comme l’alpha et l’omega de la politique, y compris dans des lieux, Bruxelles par exemple, où ces idées peinaient à émerger.

Xénophobie rampante

L’étranger, en plus d’être considéré comme une menace, est en plus une source de dépenses supplémentaires supposées sur nos systèmes sociaux mis à la peine par une crise bancaire dont les seuls responsables sont aussi les seuls à ne pas payer la facture. Drôle de comptabilité. Ils ne sont jamais vus comme une source de richesse sociale, culturelle, économique possible. Et pourtant.

En 1979, la péninsule indochinoise est à feu et à sang. Ils sont des centaines de milliers à quitter leur terre natale. Un peu partout à travers le monde des voix s’élèvent contre cette infamie. Bonne conscience ? Oui, bonne conscience, c’est toujours mieux que de l’avoir mauvaise. En France, comme le rappelle cet article de Rue 89 ce sont près de 120.000 personnes qui vont trouver refuge. Beaucoup resteront dans notre pays pour lui apporter leur reconnaissance et leurs talents. Dominique Nguyen en fait partie. Comme tant d’autres que j’ai pu rencontrer à l’université, à l’armée, ou dans le travail. Pas tous sympathiques, loin s’en faut, n’idéalisons pas, les migrants viennent avec leurs qualités et leurs défauts, comme nous. Les oublier sur leurs embarcations de fortune, en espérant qu’elles chavirent pour éviter à répondre à la question qui nous est posée et que nous prenons comme un dilemme, c’est oublier notre propre humanité et confirmer par nos faits le déclin moral qui semble nous accabler.

Mikaël Cabon

PS. On lira avec beaucoup d’intérêt la bande-dessinée de Charles Masson, « Droit du sol », qui revient sur cette question à partir de l’exemple des Comores et de Mayotte. Oui la France est confrontée depuis longtemps à cette question, et c’est la force de cette expérience qui devrait nous inciter à agir en soutien de l’Italie, première ligne involontaire de cette tragédie.

9782203019683

Ou cette autre BD de l’UNHCR.

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