Frédéric Alegoët. Le surfeur aux pieds sur terre

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  • 5 mai 2008

Elles sont rares les marques finistériennes à l'aura internationale. KanaBeach appartient à cette catégorie. En l'espace de 20 ans, son fondateur, Frédéric Alegoët, a réussi là où tant d'autres sont tombés. Récit d'une aventure dans le textile.

 

 

Dans les success stories à l'américaine, tout commence dans un garage. En Bretagne, c'est dans une cidrerie, pour les frères Guillemot, créateurs d'Ubisoft, ou bien sur une plage de sable fin pour Kana Beach, celle du Trez-Hir en l'occurrence. « J'ai passé pas mal de temps sur la côte méditerranéenne et je me suis rendu compte que le tourisme ne devait pas être la seule activité économique pour une région comme la Bretagne. Et je me suis lancé ». En 1987, Fred Alégoet fonde KanaBeach après des études en Droit. Vingt années ont passé et la marque est toujours là. « Au départ, on a mis toute notre énergie, notre motivation dans ce projet. Sans calcul mais avec entrain et enthousiasme. Aucun principe de départ n'était établi, pensé, gravé dans le marbre. Nous étions tous autodidactes », se rappelle le dirigeant. Le portrait diffère aujourd'hui. L'entreprise conserve son caractère et son tempérament mais ses méthodes de gestion se rapprochent des normes du marché. « C'est tout l'enjeu de notre transformation. Comment rester ce que nous sommes, conserver notre identité et satisfaire nos objectifs commerciaux ? ». Le tournant est là : maintenir un esprit pop, ouvert et décontracté tout en se pliant à un certain nombre de règles plus conventionnelles.

 

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Esprit pop et gestion conventionnelle

 

Dans le marché du textile, il y a une différence certaine entre être rigolo et être un rigolo. Kana Beach a choisi le premier. Livraison à l'heure dite, logistique efficiente, service client disponible… Rien ne peut être laissé au hasard. Cette professionnalisation de l'entreprise a entraîné des changements. A la hiérarchie inexistante au départ a succédé un conseil de direction, des relais de direction. « Avant, je connaissais tout de mes collaborateurs. Leurs soucis, leurs envies, leurs personnalités. Maintenant, on compte plus de 110 personnes dans l'entreprise. Impossible d'être au courant de tout », confie Fred Alégoet. La moyenne s'est un peu élevée, à 28 ans, les fiches de poste ont remplacé les consignes orales et les techniciens ont succédé aux autodidactes. « Pendant longtemps, on a été en situation de survie. Rien n'était joué. Il y a eu des moments difficiles aussi, la responsabilité de payer les gars chaque mois. Aujourd'hui, c'est tout de même plus confortable. Cela pourrait être le début de l'embourgeoisement, cela doit être le passage au stade suivant de notre développement ».

 

Destination l'Europe

 

Cette mue a véritablement pris forme avec l'arrivée de Jean-Marc Niwinski au poste de directeur général il y a cinq ans. La culture d'entreprise reste présente. « Je sens que beaucoup « d'anciens » une volonté farouche de conserver un certain nombre de valeurs de l'entreprise. Ils sont même plus à cheval que moi sur ce point ». A en croire les réactions des clients de la marque, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. KanaBeach réussit la cohabitation de plusieurs tranches d'âge dans sa clientèle sans perturber son image. « Nous disposons de la légitimité de notre authenticité ». Sur la toile, des internautes se transforment en fanatiques de « KB ». Et à en juger par la fréquentation des immenses soldes d'été au magasin d'usine. Deux heures d'attente l'an dernier pour entrer dans le site, une heure de queue aux caisses, le pouvoir de séduction reste bel et bien présent.

Les ambitions de la société portent désormais vers l'international. « On a beaucoup investi et réalisé de gros efforts pour exporter. Cela décolle lentement. Un peu moins de 10% de notre chiffre d'affaires, là où nos concurrents réalisent la moitié de leur chiffre d'affaires sur leur marché intérieur et la moitié à l'export. C'est là que le bât blesse. On réfléchit à trouver des solutions pour être plus présent sur les marchés européens, notamment les pays limitrophes comme l'Allemagne et l'Italie ». D'autant que dans les boutiques où la marque est présente, les ventes sont honorables. Sans benchmarking, sans études de marché poussées, avec beaucoup d'instinct et le goût du risque.

 

Les conseils de grand-père

 

«Quand j'ai commencé, mon grand-père me conseillait en me montrant qu'il fallait de l'organisation, de la propreté. Je trouvais cela vieux jeu et obsolète. Je me rends compte que c'est cela, vingt ans plus tard, que nous mettons en place ».

Avec le temps va tout s'en va, dit la chanson. Fini le « sea, surf and rock'n roll » et bonjour les nouvelles habitudes plus ancrées dans la réalité d'une entreprise bien réelle. Mais la marque n'abandonne pas pour autant sa bonne humeur et son ironie. La preuve : il y a deux ans, lors d'un salon du textile, les ambassadeurs de la marque sur le stand arboraient un slogan sans équivoque « Kana Beach, marque de merde ». « Impossible à faire en dehors de chez nous, je crois », s'amuse le P-DG. Dans le bureau, une tête de vache, en contre-plaqué, décore un bout de mur. A l'opposé, une collection d'affiches et une calligraphie chinoise. A côté d'un immense gâteau en plastique, sur sa table de travail, un discret autocollant de la présipauté de Groland. Sur le site Internet, les collaborateurs de l'entreprise vantent les mérites d'un film hilarant, intitulé « Kenavo », sorte d'aventuriers de la pâte à crêpe perdue. Preuves que l'esprit KanaBeach est toujours dans les murs.

 

Les sirènes du départ n'ont pas encore sonné pour Fred Alegoet. Malgré les propositions financières généreuses, la passion reste intacte. « Je ne prétends pas être irremplaçable. Personne ne l'est je crois. Mais je pense que la société n'est pas prête à vivre sans moi. Pas encore. Le boulot n'est pas fini. Une fois en retraite, je veux passer sur la route qui borde le terrain de l'entreprise en regardant le bâtiment, en me disant que ce sont des gens bien qui l'animent ».

 

Louis Delmas

 

 

Il aime

La Bretagne. « Sous tous les temps, le Minou, le Trez-Hir, Locmaria, Trégana. Brest aussi. C'est une ville, et elles ne sont pas nombreuses, où l'on peut aller boire un verre dans bar sans connaître personne et discuter avec plein de gens, sans chichi. Cela ne m'empêche pas de me sentir bien ailleurs comme à Guétary par exemple. Mais mon pays c'est ici ».

 

Groland. « Grâce à Kanabeach, j'ai pu rencontrer Christian Borde (Le Jules-Edouard Moustic, présentateur en chef du journal de 20 heures grolandais, une émission satirique diffusée par Canal Plus), qui habite pas loin de Guétary, dans le sud-ouest, où je passe la moitié de mon temps désormais.  Il ne se prend pas au sérieux. J'adore cet humour au second degré, cette dérision permanente ».

 

Le langage de vérité. « Je déteste la démagogie, tout ce qui fait la bassesse de la politique. Je ne renie pas pour autant la nécessité de la politique. Je ne crois pas à l'autogestion et à l'auto-discipline. On a vu que cela ne fonctionnait pas non plus ».

 

Avoir des avis sur tout. « Mon père était avocat donc l'argumentation, je connais. C'était un peu frustrant d'ailleurs de discuter avec lui quand j'étais un jeune, il pouvait retourner tous les arguments. J'ai gardé ce goût pour le débat en général ».

 

Dates clés

1962. Naissance à Saint-Renan (Finistère)

1981-1982. Moniteur de planche à voile à Kakikouka, le club nautique de Plougonvelin

1983-1986. Activité de ski nautique à Saint-Tropez

1987. Création de Kanabeach

2007. La société fête ses 20 ans par une extension de son siège de LocmariaPlouzané.

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Commentaires

  1. villepontoux dit :

    j ‘aimerai pouvoir vous rencontrer,..

  2. bryce dit :

    hey good to see your still going well mister

  3. MILBEO Erwan dit :

    Fred ! Gast, voilà  une bonne personne avec qui je partagerai bien quelques bolées…
    Kiteux, je me suis néopréné en KB récemment direct plouz, AR rennes/plouz dans la journée rien que pour le plaisir de voir yoyo…
    La combar est pas mal pour une chintok mais elle s’use vite. Dites lui de me sponsoriser à  l’oeil pour la prochaine… Si porter du KB en kite ne torture pas l’esprit « pure surf » de la marque.
    Mes amitiés en tout cas, à  Fred, yo et leurs parents.
    Kénavo,
    Erwan