Quel avenir pour les laminaires ?

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  • 23 avril 2008

Poumons des côtes, majestés aquatiques, les qualificatifs ne manquent pour décrire les laminaires. Leur rôle biologique est essentiel sur le littoral. L’exploitation commerciale et le changement global viennent perturber leur jardin d’Eden.

 

En l’espace de huit ans, les récoltes bretonnes de laminaires, de l’espèce Laminaria digitata, ont chuté de 65.000 tonnes par an à 50.000 tonnes (1). Quelles en sont les raisons et quels impacts écologiques, sociaux et économiques ? Ce sont les questions auxquelles le projet Ecokelp cherche à répondre.

« Dans un premier temps, l’idée est de connaître l’état démographique des forêts de laminaires en déterminant les périodes de mortalité et de recrutement », explique Myriam Valéro, directrice de recherche au sein de la station biologique de Roscoff au sein du département « Evolution et Génétique des Populations Marines ». Ce suivi prend également en compte les espèces associées aux laminaires en s’attachant à observer celles les plus présentes en nombre. Comme les alcyons, ces brouteurs que l’on trouve en grande quantité au pied des forêts de laminaires, ou encore des éponges. Les focus sur ces espèces permettront de réaliser un bilan de la chaîne trophique. « Ce sont surtout des espèces fixées, des invertébrés marins ou des algues. Nous excluons par exemple les poissons qui par définition bougent et sont donc difficilement dénombrables et observables dans ce cadre », affirme Myriam Valéro.

 

Le renfort de la génétique

Grâce aux outils de la génétique, les chercheurs veulent savoir d’où vient le recrutement des laminaires : est-il local ou bien d’autres horizons plus lointains. « Nous pensons que le recrutement est plutôt d’ordre local avec une contribution importante des grands champs de laminaires ». Dès lors, l’étude doit permettre de déterminer la taille minimale des champs leur permettant d’assurer un renouvellement correct dans un souci de protection de la ressource et de la biodiversité. D’autant que la laminaire bretonne, Laminaria digitata, se voit concurrencée sur son aire par une autre algue brune, Saccorhiza polyschides.

 

Si les études ne manquent pas sur les laminaires, c’est la première fois qu’un programme scientifique se veut aussi précis. Cela passe par des marquages d’individus avec des suivis tous les mois sur le grossissement. Lourdes par définition, ces campagnes de marquage s’accompagnent d’essais de cartographie par méthode acoustique sous-marine. Cette méthode reste encore à affiner mais le gain de temps potentiel serait considérable. Notamment dans l’idée de réaliser une cartographie des champs de laminaires sur le littoral national.

« Nous allons également nous intéresser au cycle de vie particulier des laminaires. En effet, chez les algues, contrairement aux animaux, les individus microscopiques sont féconds ». L’évaluation de cette population revêt alors un intérêt majeur pour prévoir la reproduction. « Ces expérimentations se dérouleront en milieu contrôlé, en laboratoire, et et s’intéresseront à leur tolérance à la lumière et à la température ».

 

Collaboration avec le Chili

Enfin, les scientifiques utiliseront la phylogéographie pour connaître l’histoire des aides de distribution des laminaires. « Lors des événements climatiques, ces algues se dispersent dans des zones refuge. Savoir où elles se trouvent c’est pouvoir anticiper des migrations possibles », affirme Myriam Valéro. Responsable d’un laboratoire franco-chilien, elle vient de passer six mois au Chili avec ses collègues sud-américains dans le cadre d’une coopération scientifique internationale. L’université catholique de Santiago participe d’ailleurs au programme Ecokelp. « Le Chili s’intéresse depuis longtemps à la question de la gestion des ressources marines avec beaucoup de publications scientifiques, un concept élaboré d’aires marines protégées. Il figure parmi les principaux acteurs dans le monde dans le commerce des algues ». Comparaison n’est pas raison mais le suivi commun sur les littoraux français et chilien permet de partager des effets d’expérience et de croiser les méthodes. Une partie des études sera menée en parallèle au Portugal. Si l’importance économique des algues n’a pas la même ampleur sur la péninsule ibérique qu’en Bretagne et qu’au Chili, « on suppose que le Portugal a été une zone refuge des laminaires lors de la dernière glaciation ».

 

Une valeur touristique

Selon le rapport de Natura 2000, « L’exploitation goémonière a été régulièrement jugée en partie responsable du déclin des ressources de la pêche. Cette accusation mérite d’être nuancée, l’évolution à long terme de la composition spécifique du champ d’algues, les effets sur les nourriceries de petits poissons et de crustacés, et plus généralement sur l’ensemble de la biodiversité, sont toujours difficiles à évaluer de façon tangible ». Car le changement climatique global ne serait pas ici sans conséquences sur les forêts de laminaires. « L’hypothèse que l’on retient dans ce cadre c’est que les les espèces du sud remonteront vers le nord. Difficile cependant d’être pleinement affirmatif. Les réponses peuvent être différentes selon les espèces et leurs aires de distribution. Cela nécessite des suivis à long-terme, à échéance de dix, vingt ans, pour fixer des points et les comparer dans le temps ».  

 

L’importance des laminaires dépasse de loin le seul cadre de leur valorisation économique. Elément majeur de la biodiversité, via les espèces associées, ces algues façonnent les paysages côtiers. Les usages récréatifs qu’elles permettent sont multiples, à commencer par la plongée sous-marine et la pêche embarquée. Par là elles représentent une valeur en tant que constituant du patrimoine touristique des côtes bretonnes. La mesure de l’impact touristique des laminaires devrait être connue dans trois ans. Les algues rendues au rang de patrimoine culturel qu’en auraient pensé les goémoniers du début du siècle ?

 

1.      Le chiffre d’affaires engendré par la simple récolte se monte à 2,18 millions d’euros par an. Le premier port européen en la matière est celui de Lanildut, sur la côte nord du Finistère (Lire Nautilus Eté 2007)

 

Encadré

On trouve les laminaires sur les zones infralittorales, inondées en quasi-permanence, rocheuses jusqu’à 30-40 mètres de profondeur. En Bretagne, première région française de récolte, l’exploitation de ces algues fait vivre, directement ou non, pas moins de 500 personnes. On en extrait des colloïdes qui servent dans les industries pharmaceutiques, cosmétiques et agroalimentaires. Les bateaux qui pêchent ces algues sont reconnaissables dans les ports à leur scoubidou, un bras métallique qui permet de récolter les algues.

 

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Commentaires

  1. TALEC Anne dit :

    Bonjour,

    Comme j’ai trouvé votre article fort intéressant, je l’ai mis en lien dans mon article sur les algues. Je pense que mes adhérents, de la Société d’Horticulture du Bas-Léon, apprécieront.

  2. garnier dit :

    Bonjour, j’ai trouvé votre article très interessant et me permet de vous informer, étant responsable d’un Centre de Découverte des Algues à  Roscoff, que nous proposons toute l’année des animations, des sorties et randonnées sur l’estran ainsi que des rencontres avec des scientifiques. Le Jeudi 07 aout à  17h45, nous invitons Madame Frederique Viard, responsable de laboratoire au sein de la Station Biologique Marine de Roscoff. Elle présentera ces recherches sur le développement à  l’état sauvage d’une Laminaire (Undaria pinnatifida) plus comunement appelée le Wakamé, cultivée entre autre à  Roscoff.
    Pour en savoir plus sur notre programme d’animations, je vous invites à  vous rendre sur notre site http://www.algopole.fr.
    Bon été à  tous
    Ronan