Facio ergo sum. J’agis donc je suis

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  • 29 octobre 2014

Le Monde et la Vie viennent de sortir un hors-série intitulé “L’atlas de la France et des Français”. Au menu, des cartes, des articles, des frises chronologiques et des témoignages de personnalités étrangères car ce sont souvent les étrangers qui parlent le mieux des autochtones. Parmi les interviewés : Zhao Tingyang (prononcez comme vous y arrivez). Zhao Tingyang est un philosophe chinois. Il parle de la pensée française qu’il qualifie de “société artiste”, mais là n’est pas l’enjeu. Au cours du papier il glisse la phrase suivante : “Surtout Descartes, à qui je dois absolument rendre hommage : j’ai longtemps argumenté autour de son admirable proposition “cogito ergo sum” (“je pense donc je suis”). J’ai même essayé de démontrer que “facio ergo sum” (“je fais donc je suis”) est une proposition aux fondements philosophiques plus solides”.

Facio ergo sum. Voilà une réponse à l’un de mes questionnements de ces derniers mois : Comment définir la société du faire et son caractère structurant ?

Avec la montée en puissance du niveau d’éducation à travers le monde et en France, avec la multiplication des sources d’information, des régimes alimentaires plus complets, le monde s’est mis à penser ou à croire qu’il pensait là où bien souvent il ne s’agit uniquement que de reprendre les thèses qui servent ses propres intérêts – là où la pensée doit permettre de chambouler parfois son propre confort – ou de servir une pensée majoritaire pour ne pas dire unique qui font passer “Les ch’tis à Las Vegas” pour un symposium annuel de philosophes, certes un peu allumés, mais fondamentaux. Tout le monde pense sur le papier mais dans la réalité c’est un peu plus complexe que cela. Surtout la pensée sans l’action n’est rien. Dispenser la moralité sans la mettre soi-même en pratique, ou tenter de le faire, ne revient qu’à être un donneur de leçon de morale dont le monde est déjà bien servi. Dans la morale populaire, celle du Léon dans le Finistère en tout cas, on distingue “les diseux” et “les faiseux” qui sont bien souvent aussi “des taiseux”.

Se distinguer dans la masse des “panseurs” bien nourris de stéréotypes, c’est critiquer, donc remettre en cause, et critiquer ici c’est agir dans le sens de sa critique. Donc faire.

Faiseurs pour quoi ?

Le verbe en lui-même n’est pas très beau. Trop vague. A l’école primaire, les institutrices soulignaient en rouge ce verbe bâtard coupable d’en dire à la fois trop et pas assez.
Pourtant, sous ces aspects discrets et protéiforme, “faire” a son avantage : on comprend immédiatement de quoi il s’agit quitte à en interpréter le geste. “Fais la vaisselle”, “fais ton lit”, “fais tes devoirs”, “fais de ton mieux”, “fée du logis”, c’est bien vous suivez. Il peut être intimé comme un ordre, reçu comme tel, mais laisser place à la liberté de l’action.

MF13_Stickers_WeAreAllMakers

On peut le traduire aussi par agir. Un verbe plus noble qui donne les agisseurs (plutôt que les agitateurs). Cela ressemble à bâtisseurs. Pas mal, n’est-il pas ? Agisseur donc être.

En anglais, on parle du mouvement des “makers”, des personnes qui construisent, fabriquent, mettent en mouvement à la fois leur corps et leur esprit, amen, pour produire quelque chose, partagé le plus souvent avec d’autres, dans l’idée de ne pas être un simple consommateur de son destin.

Car il est aussi bien là l’enjeu, au-delà de trouver un moyen de devenir soi-même, être acteur, agisseur, faiseur, c’est aussi l’occasion de se laisser imposer à soi-même une loi qui n’est pas que liberté, contrairement à ce qu’écrivait Rousseau. C’est le sens de ce mouvement, ou cet état, qui amène les citoyens à retrouver le chemin des fourneaux, à aimer le jardinage, à décorer son chez soi, à créer son propre travail, ou le mouvement des zèbres d’Alexandre Jardin, à prendre les choix de sociétés en main sans lâchement en laisser la responsabilité à des élus parfois bouc-émissaires, bouquets de misère… A la fois pour singulariser son environnement mais également pour assouvir sa soif de liberté. Car si agir c’est être, agir c’est aussi être libre. Cela ne dispense pas de penser, au contraire, cela y oblige.

Mikaël Cabon

Faiseur

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Commentaires

  1. […] En France, l’EFS assure la collecte du sang humain. L’acte est alors gratuit. Ce n’est pas le cas dans tous les pays du monde. Cet acte que l’on peut qualifier de citoyen est réalisé par un pourcentage minime de la population éligible. C’est bien dommage. Cela devrait également pousser tout donneur à en parler autour de lui pour convaincre d’agir sans attendre car il n’y a rien de plus simple que de remettre un don du sang au lendemain par procrastination. C’est que j’ai fait pendant longtemps avant de devenir un donneur régulier de plasma. Plusieurs fois par an, je me rends rue Félix Le Dantec, pour environ deux heures. C’est peu et c’est beaucoup. Nous pourrions être plus pour démontrer que ce sytème citoyen est plus efficace qu’un système purement marchand qui n’a rien à faire dans le monde de la santé. Facio ergo sum. […]