Elections. Sénat, c’est plus fort que toi

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  • 27 septembre 2014

Façade Tournon paysagée

Ce dimanche se déroulent les élections sénatoriales. La moitié de la haute assemblée va être renouvelée. Cette élection devrait voir la droite parlementaire remporter une victoire plus étriquée qu’elle ne l’espérait mais suffisamment large pour faire basculer le Palais du Luxembourg. Parmi les réactions auxquelles on peut s’attendre, les gagnants impliqueront le gouvernement actuel en évoquant le “sévère désaveu” qu’il subit, tandis que les perdants jureront leurs grands dieux que la “politique de réformes” (sic) continuera son cours. Les mots entre guillemets peuvent changer en fonction des éléments de discours qui seront rédigés par les leaders des partis.

Bref, rien ne changera vraiment sous les ors de la République.

 

La faillite démocratique

Le sénat est une incongruité moderne pour au moins deux raisons.

La première vient de son mode d’élections. Les sénateurs sont élus par des grands électeurs, parmi lesquels eux-mêmes puisqu’ils sont souvent maires, conseillers généraux (ainsi de l’inénarrable Thomas Thévenoud)… Mais aussi des grands électeurs désignés par les Conseils municipaux des villes de plus de 9.000 habitants. Ainsi à Brest, la liste des délégués désignés a été votée en juin par le Conseil municipal. Elle est consultable ici.

Tout connaisseur de la vie politique locale reconnaîtra des noms qui ne lui seront pas inconnus. Et pour cause. La plupart de ces personnes sont des proches des partis en place.

Ainsi, cette élection sénatoriale, par son mode opératoire, dénigre l’esprit démocratique qui devrait nous animer en ces temps de confusion sur l’état de nos sociétés et de défiance à l’égard de tous les pouvoirs.

La deuxième incongruité est le statut même de cette chambre dont les pouvoirs sont essentiellement ceux de la nuisance. Et le gouvernement va l’apprendre à ses dépens. Dans la cinquième république, le Sénat redébat et revote les lois déjà passées devant l’Assemblée. Il peut les amender. Elles repassent alors à l’Assemblée nationale, qui redébat et revote la loi proposée par le Sénat. En cas de désaccord, une commission paritaire est mise en place pour tenter d’aboutir à un consensus. Si le consensus n’est pas trouvé, c’est l’Assemblée qui gagne. Que de temps perdu pour donner l’illusion démocratique.


A quoi sert le Sénat ? par Europe1fr

 

L’aléatoire plutôt que la foire

Si tant est que l’on soit d’accord avec l’idée d’une chambre bicamérale, à savoir deux assemblées (l’Assemblée nationale et le Sénat), il serait judicieux de réformer ce système. Dans son, excellent, livre “Contre les élections”, le belge David Van Reybrouck propose une solution qui mérite l’attention : remplacer le Sénat, à défaut de le supprimer, par une Chambre dont les représentants seraient tirés au sort parmi des citoyens volontaires, soumis au non-cumul des mandats, non renouvelables, et dont la principale fonction serait de préparer et soumettre des lois à l’Assemblée nationale dont la mission deviendrait alors de les voter.

A mon sens, cette proposition devrait être discutée. Elle permettrait d’en finir avec ce non-sens démocratique de permettre à des personnes d’être élues par des élus. Secundo, elle redonnerait une vitalité au Sénat, autoproclamé “Chambre des régions”, devenu par l’égoïsme de ses membres, un refuge pour politiciens en mal de carrière puisque la composition est, à l’instar du parlement européen, le fait quasi-exclusif de de l’ordre proposé par les partis politiques. Ces mêmes partis politiques dont la légitimité à nous gouverner est mise à mal par quarante années de politique budgétaire déficitaire et l’inanité dans leurs réponses aux questions fondamentales posées à la société française.

Las, toute décision de réforme est laissée à la discrétion, quasi exclusive des parlementaires, qui, juges et parties, ne s’en laissent pas compter pour laisser pourrir la situation et acceptent, avec beaucoup de couardise et sens aigu de leurs propres intérêts, de nous gouverner de manière pyramidale quand dans le monde réel naît sous nos yeux une société plus circulaire. Un antagonisme porteur des germes d’une nouvelle radicalité anti-système dont les pro-nationalistes ne sont pas les derniers à vouloir profiter. Au plus grand détriment de tous les citoyens qui aspirent encore à un avenir pour leur pays qui ne serait pas qu’une longue litanie de sacrifices et autres renoncements. En somme, qui aspirent à un espoir qui nous empêche de broyer du noir, nous enfonçant dans un doute profond sur notre statut et notre capacité à nous projeter dans l’avenir.

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