Du lent et attristant délitement de la fonction présidentielle lors d’un bel été indien

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  • 7 septembre 2014

Je suis en colère. Pas un jour qui passe, pas un journal lu, pas une nouvelle politique ou économique qui n’éteignent cette colère. Même les aventures tragi-comiques de François Hollande et de son ex ne m’arrachent qu’un petit rictus dont je ne peux même pas attribuer la paternité à cette imbroglio de tournecul littéraire ou au fait que je repensais à cette histoire drôle : « l’histoire du con qui dit non ». Vous connaissez ?

Dans une semaine je vais payer mes impôts sur le revenu. Avec une augmentation très notable par rapport à l’an dernier. Qui parlait de déflation ? Cela fait un peu conservateur, pingre, franchement de droite pour tout dire, de se plaindre du montant de sa feuille d’imposition. Autant se l’avouer, c’est un peu vrai. Enfin à moitié vrai puisque seulement la moitié des Français paient l’impôt sur le revenu. Mon courroux coucou ne vient pas de cette augmentation mais du sentiment que ce montant prélevé sur des revenus qui me permettent d’être un honnête homme ne servira à rien. Pas à réduire la dette, pas à préparer le futur, à innover, à former efficacement. 80% du produit sur l’impôt sur le revenu servira à payer les intérêts de la dette de l’Etat. Et rien ne laisse prévoir que, de ce point de vue, la situation s’améliore.

Lente plongée dans les Enfers

Depuis 2008, où l’inconséquence américaine dans le domaine immobilier au cours des années 2000 fit basculer le monde dans une crise économique grave, depuis 2008 donc, la crise est ressortie à toutes les sauces pour expliquer la faillite de toutes les politiques menées depuis. Si ce n’est de la faute de ton prédécesseur, c’est donc celle de la crise. Les superlatifs n’ont pas manqué dans la bouche des politiques pour expliquer combien la crise de l’immobilier à Détroit et à Denver nous touchait dans notre chair et nous obligeait à réagir, nous qui habitons Brest, Clermont ou Montpellier. Six ans après, tout a empiré : le chômage, la précarité, les déficits publics, le niveau de la dette, les prélèvements obligatoires… Cependant nous avons tous payé collectivement plus : plus d’impôts, plus de pression sur le marché de l’emploi… Sans résultats probants. Nous ne sommes même pas mieux armés pour une prochaine crise, la structure de notre société n’est pas plus forte. Au contraire, elle est fragilisée par ces six dernières années de faux-semblants et par les décennies d’atermoiements qui les ont précédées.

Je ne crois pas en l’homme providentiel, et lorsque François Hollande a été élu, je n’attendais rien de lui Au mieux, je trouvais, qu’au moins, avec cet homme élu de s’être trovué au bon endroit au bon moment, la volonté de diviser inutilement la société française disparaissait. Cela s’est avéré. Il fait l’unanimité contre lui. Et c’est bien ce qu’on peut lui reprocher. Les deux premières années de son mandant auront été celles de la destruction de la stature présidentielle. Alors que cette fonction, honneur ultime pour un citoyen, devrait jouir d’un respect a priori, elle se confond aujourd’hui avec la réputation du pire proxénète d’un tripo de Bangkok. Quoi que fasse François Hollande, dans les conditions actuelles de son mandat (en nomment Valls face aux frondeurs, il entre en période d’auto-cohabitation), se révélera sans efficacité au pire nuisible. En cela, il est le digne héritier de Nicolas Sarkozy qui lui avait bien préparé ce travail de destruction de la fonction présidentielle.

La terre est plate

Je ne sais si le roi nu a entraîné dans sa chute toute forme de représentation politique, les députés, les sénateurs, ou si c’est le contraire, ou bien si les effets sont concomitants. Chez les citoyens, aux prises de positions binaires, ocytoniennes et d’un grand parti pris succèdent une douce ironie, teintée de cynisme, et en ce qui me concerne, d’une légère tristesse de ce que j’ai toujours considéré comme un fondement de notre démocratie. Plus encore, le danger rôde. Marchant sur le terreau du sarkozysme outrancier et xénophobe, Marine Le Pen, tapie dans l’ombre se régale d’entendre, ici et là, de plus en plus nombreux, se transformer les « Pas Le Pen, tout de même », en « Et pourquoi pas elle ? ». Si elle ne commet pas d’erreur notable, elle sera au second tour de l’élection présidentielle. Même si c’est à la fin de la foire que l’on compte les bouses, elle a tout à souhaiter que cela soit contre un candidat de gauche. Mais il est plus que probable que le prochain président viennent des rangs de la droite, puisque dans notre pays il n’est pas possible d’exister sans être soit de tribord soit de babord, même si cela ne préjuge en rien de ses capacités à être un grand capitaine.

Cet effacement de la fonction présidentielle, dont les pouvoirs, notamment dans l’économie, sont aujourd’hui sur-vendus, est également une conséquence du changement de rapport à l’autorité politique dans notre pays. C’est là paradoxalement un motif d’espoir. Si quantité de nos concitoyens attendent encore, comme on attend Godot, de l’Etat qui les aide, leur trouve un travail, un logement, un avenir, un nombre semblable a bien compris que le salut ne viendrait plus en tendant son regard vers le haut mais plutôt en visant le miroir de sa salle de bains, voire en scrutant aux alentours dans la foule éparse de ceux qui ne sentent pas condamnés au déclin. La terre est plate, écrivait Thomas Friedmann dans un livre éponyme. La terre est plate, parce que partout sur la terre des hommes et des femmes peuvent communiquer, échanger, commercer, innover, être en concurrence aussi. La terre est plate, et la société a tendance à l’être également. De la structure pyramidale qui sert encore à la politique, ne reste que l’apparence d’un pouvoir qui, en perdant son efficacité, a également perdu sa raison d’être.

Le prochain président, la prochaine présidente, aura pour mission de refonder notre société jusque ou en commençant par les institutions de notre République et les missions qui lui incombent. Ce n’est pas tous les jours que l’on voit un monde s’écrouler. Ce n’est pas tous les jours non plus, qu’il est donné la possibilité d’en construire un nouveau.

J’ai débuté ce billet avec un sentiment de colère, navré et consterné, je le termine plus positivement. Il va ainsi de la France, quand on l’oublie, on se désole, en pensant à elle on se console.

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