L’AFL, une autre histoire du football

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  • 29 juillet 2014

Ils étaient jeunes, ils étaient beaux, ils sentaient bon le sable chaud, ces petiots qui, à l’été 1992, créaient l’AFL dans un accès de folie dont seule la jeunesse est l’auteure. Du côté de Saint-Renan d’abord où un terrain de rugby accueille leurs premiers entraînements. L’AFL signifie alors Amicale Foot Loisirs. Du côté de Saint-Pierre Quilbignon ensuite quand l’AFL prend son nom de guerre : Amici Feriant ut Leonis. Les amis qui frappent comme des lions. Au bord du gazon, les adversaires s’interrogent : mais que peut donc bien signifier cet acronyme.

– Cet accro quoi ?

– Cet acronyme

– De la Kro quoi ?

– Ouais, une Kro pour moi aussi.

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Et de fil en aiguille, la stratégie mise au point par Nicolas, Yann, Arnaud et Yannick, « troubler l’adversaire par un nom interrogatif », semble fonctionner. « Après les bistrots et le Mélo, la seule chose qui pouvait nous rassembler, c’était le foot », raconte Nicolas, l’un des fers de lance du club.

Les premiers matchs laissent augurer une qualification pour les compétitions européennes. Pourquoi pas d’ailleurs, les contes ont leur petit poucet, la Coupe de France aussi. Plus que 44 tours à passer, et à nous le parc des princes, ses tribunes et ses buvettes. Oui les buvettes surtout. Cela a son importance quand on joue entre copains, ou plutôt quand on joue ensemble et que l’on devient copains. Car le foot, on l’oublie parfois, est d’abord un sport qui rapproche ceux qui le pratiquent. L’amour du beau jeu et beau geste, tel est le sous-titre de l’AFL qui convoie avec l’équipe son lot de supporters tout terrain et tous temps. Il en faut du courage pour venir assister aux matchs de l’équipe, qui à Landerneau, qui à Pencran, qui à Bellevue, se bat chaque année, avec le plus petit budget de la division, pour éviter la relégation. De relégation il ne peut être question cependant puisque la troisième division est la plus petite dans le district du Finistère nord. Plus bas, c’est la terre aiment à plaisanter les joueurs. Mais on joue, on y croit, on s’y croit dans les maillots blancs rayés de noir, à domicile, noirs rayés de blanc, pour les matchs à l’extérieur.

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Quelque soit la destination, c’est à la gentil’ho, aimable auberge du centre-ville de Brest, que l’équipe se retrouve pour la troisième mi-temps. On re-fait le mat-ch !

Chacun y va de son commentaire sur la rencontre, on agrémente son chagrin de la défaite de quelques bulles houblonnées, et le plaisir aussi. Car on met le feu fréquemment dans les surfaces adverses. L’équipe reste cependant à la merci de quelques désistements de dernière minute. Lors de la seconde saison officielle, le mercato est plutôt réussi. Une horde de joueurs techniques arrive au club, mené par Hristo, qui tient son surnom d’un yaourt bulgare. D’un niveau supérieur à la moyenne, à la médiane et à la courbe de Gauss, bref, au-delà des statistiques, il oriente le jeu afuliste, cadenassé par une défense de fer, « le catenaccio », au sein de laquelle on retrouve régulièrement PEC, Djack, Momo, Mike, Rico, Nico, sur son aile droite, Phil et quelques autres encore, qui même avec quelques matchs au compteur font partie de l’armada des quelques soixante joueurs qui peuvent s’enorgueillir d’avoir participé à l’aventure de l’AFL et ainsi avoir été révélés au football.

Ti Coum, Pierre-Olivier, Denis, Alan, Zinedine, Didier, Junior, on ne compte plus les grands prénoms passés par ses rangs. Pour le bien du club, et de ses finances, tous acceptent de poser dans un calendrier devenu collector.

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L’AFL à son apogée

Une époque épique

D’une victoire inespérée remportée au courage sur la pelouse de la Cavale Blanche face à l’US Pencran, et qui envoya le gardien de l’époque à l’hôpital pour une amnésie passagère, quelques jours avant ses examens de médecine (pouf, pouf), suite à un choc avec l’un de ses défenseurs (celui-là même qui écrit ses lignes et qui garde les traces de ce contact dans sa chair) et un attaquant adverse. Gagné 2 à 1, grâce à un pénalty de Roma, l’homme qui frappe les pénos plus vite que son ombre ne débite les blagues, le match marque l’un des plus grands exploits du groupe. Qui tombe en Coupe de France, contre une équipe A de la Légion Saint-Pierre, largement supérieure en qualité technique, mais qui applaudit à la fin du match la valeur de ses adversaires du jour. L’histoire appartient à ceux qui l’écrivent. Au stage mythique de l’ASB pour un match sous un soleil de plomb, l’équipe débute la saison sous les meilleures hospices (pouf, pouf bis).

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Zinedine Zidane sous le maillot de l’AFL

D’un match spectaculaire au stade Quilbignonnais où l’un des attaquants se blessent gravement à la jambe. D’un autre à Milizac, où l’équipe résiste vaillamment, avec Seb, David et Dave, Bruno et Gégé dans les buts. De ces coups de génie aux coups du sombrero, le club est autogéré, sorte de renouveau de la démocratie corinthienne chère à El Doctore Socrates, « connais-toi toi-même ». De ce match dans une campagne bretonne, où les maillots revinrent rouge terre, trempés de sueur et de pluie, on s’amuse avec la Gaye dans les voitures des joueurs qui convoient leur flot de jambes et de chevilles vers les terrains de leurs prochains exploits. Car à l’AFL, l’exploit est toujours au prochain match. Dans le journal du lundi, en page sports, on guette les résultats des autres équipes, on voit le score, le nom des buteurs aussi parfois. Ça fait plaisir comme on dit.

Dans le foot, c’est comme dans la vie, c’est quand on essaie pas que l’on est certain de ne pas réussir.

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L’équipe féminine de l’AFL. « Les lionnes qui gémissent »

Le tournant qui tourne

Les années passent, et l’équipe, dont le tournoyant Nakez Jez dans l’entre-jeu, gagne en expérience. Lors du dernier match de la saison, l’équipe gagne son ticket pour l’échafaud, non, son ticket pour la deuxième division, dans les derniers instants du match. Le plus beau souvenir du club que cette montée, qui oblige à recruter plus fort, à ambitionner plus haut. Le passage en division supérieure est aussi rapide qu’il puisse l’être, une saison. Et badadoum. Désarçonnés par un jeu trop porté sur l’offensive, l’équipe se retrouve dans la charrette. Retour à la case départ. Les années bleues sont passées. Voici venues les années noires. Pour beaucoup d’équipiers, alors étudiants, les études sont terminées. Il est temps de repenser le club, de le repanser aussi car il a mal à son staff, à ses joueurs et à sa philosophie de jeu. Au bout d’un an, et quelques matchs joués à neuf contre 11, la décision de l’euthanasier est prise à l’étage du bar les Années Bleues (l’un des sponsors historiques avant que les agencements Paul Champs ne rachètent le contrat), autre fief des blancs et noirs, plus couramment présentés comme « Les seigneurs ». Entre deux cartons rouges, Steph annonce sa retraite footballistique, suivi de quelques uns. Il est temps de se résoudre à quitter le football avant que le football ne nous quitte.

Nous étions onze, nous étions toute la France.

Quelques uns prolongent l’expérience au FC Bergot : Yoyo, Franckie, Djack, Pec, Mike… pour une ou plusieurs saisons, recrutés pour leur passé d’afuliste, et leurs qualités secrètes, très secrètes même. Après cette expérience, le club renaît en créant, avec d’autres, le premier championnat de football en salle sur Brest, sous l’égide de la FSGT. « Les rayés » tel est le nom de code, mais l’esprit reste afuliste pour quatre nouvelles saisons.

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Tant qu’il y a de la pelouse, il y a match

Depuis, les années ont encore passé, décidément le temps ne s’arrête jamais, et est venu le temps des jubilés. Au pluriel, oui car à l’AFL on ne joue pas au foot, on le vit. Et comme les chats, chacun a plusieurs vies, célébrées dans ces jubilés à Lampaul-Plouarzel. Pourquoi Lampaul, car c’est le terrain le plus proche du Môle, diront certains. Car on peut boire un coup à Lampaul et pisser à Plouarzel, diront d’autres. Parce que, est la réponse la plus appropriée. Lors du dernier week-end de juin, ils sont donc une vingtaine à effectuer le déplacement vers la côte atlantique pour taquiner le ballon, quand d’autres taquinent le gardon. Peu importe le ballon tant que l’on a l’ivresse. Renforcés par des amis de passage, les enfants aussi maintenant, sous la surveillance, des amies, des épouses, des compagnes, ou de jeunes filles accortes toutes secouées de rencontrer ces mythes, ils jouent, et ils jouent encore. Presqu’un match complet. Dans la bonne humeur. Le cheveu plus rare, l’embonpoint plus… ne parlons pas des choses qui fâchent. On ne compte pas le score, non, non, on ne compte pas. On ne compte pas les amis non plus, car on sait que tous le sont. Porter le même maillot, c’est partager la même peau tatouée de l’amour du ballon rond.

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Les afulistes chez les nudistes

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