Élections, piège à cons ?

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  • 16 mars 2014

Le premier tour des élections municipales 2014 se rapproche. L’angoisse monte chez les maires sortants, les militants sont au taquet, l’espoir demeure. On s’interroge sur les tactiques de dernière minute, pour la stratégie c’est déjà fini depuis longtemps. On spécule sur les scores des concurrents, du sien propre aussi. Et, comme dans toutes équations, sur l’inconnue : ici l’abstention.

Comme on peut le voir sur ce graphique, le taux d’abstention moyen aux élections municipales est, pour le premier tout, de 36%. Rien ne laisse présager une embellie particulière, c’est-à-dire une montée en puissance de la participation, pour le scrutin 2014.

Cela pose question. Si l’on retire les bulletins blancs, nuls, les abstentionnistes, les personnes qui ne sont pas inscrites sur les listes électorales et les personnes qui, du fait de leur âge n’ont pas le droit de vote, quasiment aucune liste gagnante de ces élections ne sera élue avec l’accord de la moitié de la population qu’elle sera censée gouverner. Pour une démocratie représentative comme se veut la France, cela interroge.

D’aussi loin que je m’en souvienne, je me suis intéressé à la politique et à la question du pouvoir. Quand j’avais treize ans, la pièce de cinq francs que je recevais à l’époque me servait souvent à acheter l’édition du mercredi du Figaro et son épais cahier saumon dédié à l’économie et aux offres d’emploi de l’époque. On a tous ses défauts.

La fatigue démocratique

De fait, même si je trouve le niveau des débats plutôt faibles au niveau national et dépourvu d’élan au niveau local, je regarde, analyse, observe, sourit aussi, et m’attriste parfois des affres de la vie politique. Peut-être aussi ai-je une pointe de nostalgie des temps où c’est moi qui m’escrimait dans l’arène. Je ne manquerai pas pour autant la soirée électorale qui s’annonce et qui est l’équivalent, pour moi, du SuperBowl, de Rolland Garros ou du Championnat d’Europe des Nations. Je me suis déjà levé à trois heures du mat’ pour suivre état par état, les résultats des élections américaines. Bref, la politique me passionne.

C’est ainsi qu’est parvenu jusqu’à moi, l’ouvrage de David Van Reybrouck. Van Reybrouck est un belge flamand, spécialiste de l’histoire culturelle. Intitulé “Contre les élections”, son ouvrage pose la questions de la représentativité de la démocratie parlementaire d’aujourd’hui et celle de son efficacité. Il imagine aussi, en bon démocrate, des solutions alternatives à nos démocraties finissantes dans leur forme actuelle. Après un constat implacable et argumenté sur les raisons de la crise démocratique actuelle (du diktat de l’immédiateté qui oblige les politiques à répondre en permanence au factuel, à la montée des égoïsmes, des nouvelles formes participatives, d’interactivité…), Van Reybrouck s’interroge sur la question du tirage au sort comme mode de désignation de tout ou partie des élus d’une nation.

L’idée n’est pas neuve puisqu’on la trouve évidemment chez les Grecs qui nommait par tirage au sort une grande partie de leurs représentants. Mais elle est intéressante pour réinterroger nos pratiques actuelles. Le mieux est de lire Van Reybrouck, mais si vous n’avez pas encore son livre, écoutons-le d’abord.

La principale inconnue d’un passage à un système par tirage au sort, au-delà de l’acceptation par la société d’un système de ce type, est la manière dont la transition pourrait s’opérer entre les deux systèmes. C’est là un point que le livre de Van Reybrouck ne discute pas en profondeur. Néanmoins, la force de sa démonstrations est considérable. Plusieurs pays ont déjà utilisé le système du tirage au sort pour faire participer leurs citoyens à des débats d’ordre général et d’intérêt public, en Irlande, en Islande, au Canada… En France, les jurés des Assises sont tirés au sort par exemple. Le tirage au sort a le considérable avantage de supposer que les solutions aux problèmes sociétaux contemporains peuvent aussi venir d’une responsabilisation accrue des citoyens, voire qu’il est préférable que dans certains cas ce soit eux et eux seuls qui se préoccupent de la décision dont ils seraient les seuls à subir les conséquences. Pour Van Reybrouck, les démocraties ne doivent pas se résumer aux élections.

Cette réflexion peut également s’accompagner d’autres mesures visant à revitaliser notre démocratie, au niveau européen, national ou local :

– l’interdiction stricte du cumul des mandats

– la suppression du sénat et son remplacement par une Chambre tirée au sort

– la diminution du nombre de députés (moins de 100) et dont chacun aurait suffisamment de collaborateurs pour réaliser son travail de proposition de lois et son devoir de contrôle

– supprimer au moins une loi à chaque fois que l’on vote une nouvelle (cela se fait déjà en Grande-Bretagne)

– la médiatisation plus forte des séances de débats au parlement et en commission ainsi que l’accès facilité aux différents rapports d’origine parlementaire

un droit de vote plus ouvert, notamment pour les enfants, lire ici.

Il y en a sûrement d’autres. Le Plan C, initié par Etienne Chouard, revient sur ces questions.

La mythologie de la Vème République nous a laissé accroire qu’un homme providentiel viendrait systématiquement, de manière septennale puis quinquennale, au secours de notre Nation. Les dernières années d’exercice du pouvoir, dans le contexte mouvant d’une crise lancinante, montre qu’il n’en est rien. Il est alors le temps de l’évolution de nos institutions pour éviter l’oligarchisation du pouvoir et les dangers qui y sont associés sous fond d’un égoïsme en profondeur. « Il n’est rien au monde d’aussi puissant qu’une idée dont l’heure est venue. » (1)

Mikaël Cabon

Contre les élections, David Van Reybrouck. Babel Essai. 9,50 euros

1. Citation de Victor Hugo

David Van Reybrouck insiste sur la pensée du français Bernard Marin, condensée dans un texte intitulé « Principes du gouvernement représentatif ». « On peut retrouver le texte  sur ce site. jugé fondateur de ce renouveau ici.

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Commentaires

  1. […] (l’Assemblée nationale et le Sénat), il serait judicieux de réformer ce système. Dans son, excellent, livre “Contre les élections”, le belge David Van Reybrouck propose une solution qui mérite l’attention : remplacer le Sénat, à défaut de le supprimer, […]