Start-up week-end. Nouvelle. Chapitre 7

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  • 19 janvier 2014

Chapitre 7

“Tu es, belle comme gentille comme une chanson française

Tu es, simple comme douce comme une chanson française”

L’absence de Xavier Niel ne perturbait pas beaucoup les 120 participants au Start-Up week-end. Il était venu pour eux, mais eux n’étaient pas venus pour lui. De plus, on l’attendait surtout en tant que membre du jury lors de la cérémonie du dimanche soir. N’importe quel tycoon de la nouvelle économie aurait assisté aux débats de chacune des équipes qu’il n’aurait eu droit à autre chose qu’un vague salut de la part des participants tout à leur projet. Et c’est bien là ce qui comptait.

Toutes les équipes disposaient de leur propre salle au rez-de-chaussée et au premier étage de l’imposant bâtiment. Une visite virtuelle via Google Maps avait permis à ceux qui ne connaissaient pas le bâtiment de se familiariser avec les lieux en naviguant on-line, l’expression était devenue ringarde, pouvait-on naviguer ailleurs qu’on-line ?.

Cela phosphorait. Si bien qu’il aurait été de bon ton, comme le fait la gare de Stockholm en Suède, de récupérer l’énergie dégagée par ces êtres en chaleur, je vous en prie, pour chauffer les locaux.

Toute la journée durant, la dizaine d’équipes constituées, mues par une énergie créatrice, s’acharnait à avancer coûte que coûte sur des projets, qui d’un pitch d’une minute commençaient à prendre une forme acceptable pour ne plus être qualifié de simple idée.

Dans les couloirs, les seuls à se mouvoir étaient les mentors. Ces spécialistes de la spécialité intervenaient bénévolement en mettant à disposition leurs compétences diverses auprès des équipes. Qui avaient besoin d’un spécialiste de la comptabilité faisait appel à Frédéric André, un expert comptable brestois, qui avait besoin d’enrichir son business-plan appelait Guy Corre, qui intervenait également auprès de la Loce School, une école de commerce d’un nouveau genre. Qui souhaitait travailler sur la création d’entreprise convoquait Yves-Henri Robillard, de FBS Brest. Qui avait envie d’évoquer les problématiques de communication, et au passage de se rincer l’oeil, invitait Lucie Piriou. Et ainsi de suite, et tutti quanti, et alea jacta est.

Il était déjà midi. Il était déjà Quatre heures. Il était déjà 20 heures. On avait l’impression que l’on passait son temps à bosser comme un damné de la terre, avec un rappel à la réalité sous la forme de pause repas, que l’on avalait sur la pouce, ou que l’on mettait, pour ceux qui étaient au régime, à l’index.

Les projets avançaient. Les idées se concrétisaient. Certaines mourraient de la plus belle mot qui soit pour une idée : en étant remplacée par une autre idée, plus forte, plus novatrice, plus fédératrice, plus provocatrice… et plein d’autres mots en Ice issus de la matrice.

L’heure du repas arrivait. Et là l’absence de Xavier Niel commençait à peser. En raison de sa venue, les organisateurs avaient commandé plusieurs repas supplémentaires qui leur restaient maintenant sur les bras. Autant les plateaux-repas trouveraient preneurs, autant la barrique de Breizh-Cola risquait une trop lente agonie. A moins d’organiser un concours de rot. Une animation un peu trop eighties peut-être au goût des personnalités présentes. Quoique. Il arrive parfois aux gens de ressentir la nostalgie d’une période qu’ils n’ont pas connue.

Le repas avalé, la sounderbox fut mise en fonction pour animer la soirée. Le principe en lui-même est simple. On propose des chansons, si elles plaisent au public, elles passent, sinon, elles trépassent. Simple comme un concert de Lorie dont la Sounderbox diffusait un extrait de son dernier album, les critiques musicaux disent “opus”, mais il est facile de trébucher sur les mots et d’être entraînés devant les tribunaux pour incitation à la débauche, raccolage musical. Cela peut valoir dans les deux à trois ans de condamnation à écouter du Britney Spears. Un risque que ne sont pas disposés à prendre tous les fans d’expressions capillotractées, sauf peut-être les moins chevelus des rockeurs.

Dans la folie de la soirée, travaillés par une bouteille hélium bien ouverte, les participants se déhanchaient au son du beat.

Christophe Agnus n’était pas le dernier à se prendre les vagues de ola vent debout, les bras ouverts comme dans cette grande scène de Titanic, fier comme un Plougastelen. Dans la poche de sa veste, son téléphone sonne. Il décroche. S’éloigne un peu du groupe pour mieux entendre son interlocuteur. Et ne revient pas.

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