Start-Up week-end. Nouvelle. Chapitre 9

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  • 19 janvier 2014

Chapitre 9

Belles, belles, belles comme le jour

Toutoutoutoutoutoutoutoutoutoutout

https://www.youtube.com/watch?v=DFxQ9sV0axc

Dimanche matin.

Trois heures après leur coucher, la rimbambelle de créatophiles s’éveillent, avalent un petit déjeuner et repartent à l’assaut de leur idée. C’est ce qu’on peut vite en faire une montage d’une idée. Parfois, on pense qu’en la gardant pour soi, on peut la protéger des regards concupiscents des voleurs d’idées, bien au chaud dans sa petite tête. Erreur. Le seul moyen de la protéger, c’est de la partager. Un peu comme la petite vérole, en moins marquant, sauf peut-être pour les grandes idées. Mais on n’est jamais certain d’avoir une grande idée. Une grande idée, de celle qui révolutionne la pensée, la science, l’économie, l’Histoire, il en naît une par décennie. Sera-t-on celui-là, sera-t-elle celle-là ? On tergiverse, on rougit comme au temps des premiers émois, on la tient, elle ne peut plus s’échapper, elle est à nous, cette idée-là, comment cela se fait-il que personne n’ait pensé à elle plus tôt ? Elle était pourtant là la belle, blottie dans l’espace évanescent des idées où habitent toutes les idées, dans l’attente que l’on vienne les cueillir, attendant qu’un jardinier passionné vienne les arracher à leur vie de potentialités.

Dans les salles réservées pour l’occasion, de part et d’autre de l’atrium, certaines équipes commencent à travailler leur présentation du soir. Powerpoint ou Keynote ? Powonn ou Prezi ? Classique ou moderne ? La querelle est la même. Le fond ou la forme ? Les deux mon capitaine. Mais quel âge as-tu finalement capitaine, ô mon capitaine ?

D’autres se répartissent les dernières tâches. Le bilan, le compte de résultat, le plan d’amortissement. Le plan marketing, P-P-P-P. Le Plan com’, C-C-C. Le développement technique, 0-1-0-1. Finalement, c’est de l’analogique ou du numérique. Le code naît le numérique, la parole est un code, donc la parole est numérique. Dure loi du syllogisme.

De certains salles émaillent d’autres sons, moins techniques. On se dispute en 142. Sacripan ! Chenapan ! Coupe-jarret ! Fluchtefluche !  Foutriquet ! Foutriquet toi-même. Jean-foutre! Pour l’amour de Saint Emilion! fait un Bordelais de passage.

La vie en groupe est faite de conflits. De la capacité du groupe à s’en extraire, à les résoudre, parfois, oui, parfois, à les taire, vient la capacité à survivre aux désaccords, à pousser plus loin que les basses besognes un collectif, un projet, à trouver un sens qui dépasse, transcende, fustige les démons du plancher des vaches.

– Tu ne connaissais pas un commissaire de police, toi, Aymerand ?

– Si. Jo Cabioch. Mais il est une affaire en rade.

– Ah, bon, il arrive pas à trouver ?

– Je ne sais pas. Mais il est en rade. Littéralement. Un corps trouvé dans une valise de voyage à la surface de l’eau.

– Je crois que l’on devrait appeler la police.

– Pourquoi Nicolas ?

– Parce que dans la 142, ils s’engueulent comme ce n’est pas permis.

– Non. Ils répètent.

– Ah. Ils vont s’engueuler lors de la présentation devant le jury ?

– Non. Ils ont changé leur projet. Ils travaillent sur un générateur vocal d’insultes qui prend le ton de la voix du gars que tu veux insulter pour le faire devenir fou.

– C’est légal ?

– Non, mais c’est drôle. Kwamé va adorer.

– D’ailleurs, il est où Kwamé. Vous l’avez vu ce matin ?

– Au petit déjeuner oui. Il a repris deux petits déj’. Heureusement qu’ils sont pas tous comme lui, autrement on aurait explosé le budget bouffe.

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