Start-Up week-end. Chapitre 4

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  • 18 janvier 2014

Episodes précédents.

Chapitre 4

“Ça se chante, ça se danse, comme une chanson populaire”

https://www.youtube.com/watch?v=x_w-ymcZdkw

Dans les locaux du club électronique.

– Salut à tous.

– Salut tout seul.

L’entrée en matière est un peu froide. Dans le monde de l’ingénierie, on préfère les blagues éculées question d’aversion pour le risque. Xavier connaît cette ambiance pour avoir passé deux ans en classes préparatoires. Il aura finalement abandonné le rêve de devenir ingénieur comme son père pour entrer dans la carrière de serial-entrepreneur. Mais ce qui l’intéresse en venant jusqu’à l’entrée du club électronique de l’école, c’est la promesse nostalgique d’un retour en arrière.

Au milieu de la pièce, une table sert d’établi. Trône à sa surface, une drôle de machine qui tient autant du juxebox que du minitel.

– C’est vous qui faites ça ?, demande timidement Xavier.

– Ouais. On travaille là dessus dans le cadre de nos projets personnels.  Avec Thomas, on bosse là-dessus depuis des mois.

– C’est sympa comme idée. Un minitel réutilisé pour sa simplicité, sa robustesse au service du divertissement. J’avais eu une idée comme ça dans le temps aussi, 36 15 Strip.

– Ce qui est dingue, c’est que le minitel que j’ai récupéré après le décès de mes grands-parents, il a plus de trente ans et il fonctionne encore parfaitement. Il n’y a plus de service associé mais bon, il s’allume et s’éteint. En le programmant et en soudant un processeur, on arrive en tirer quelques petites choses.

– Comment vous faites pour les pièces qui manquent ?

– On les fabrique avec l’imprimante 3D qui est derrière toi.

Les trois hommes ont le tutoiement facile. Les étudiants hésitent sur le statut de l’homme qu’ils ont en face d’eux. Il arrive parfois que certains SDF du quartier arrivent à pénétrer les locaux. Mais l’homme qu’ils ont en face d’eux, avec son catogan, ses cheveux longs, son allure débonnaire semble de nature différente.

– Tu fais quoi ici ?

– Je viens assister au Start-Up Week-end.

– Ah, ouais, ça a l’air sympa. On nous en a parlé en cours.

– Cela n’a pas déjà commencé ? demande Thomas.

– Si, si. Les présentations des projets.

– Ah bon, et toi tu présentes un projet ?

– Non, non. Je suis surtout là pour la fin. Je suis membre du jury.

– Ah ouais, t’es Christophe Agnus, le gars qui a fondé Transfert ?

– Non, non, je suis Xavier Niel.

– Tu déconnes. Xavier Niel, il est beaucoup plus jeune.

– Si t’es Xavier Niel, tu peux me dire pourquoi la 4G de Free buggue en ce moment.

– Tout à fait. Parce qu’on est pas encore au niveau que l’on se doit de proposer à notre clientèle.

– J’y crois pas. Xavier Niel dans notre bureau. Sans rire, vous faites quoi ici. C’est pour la “Webcam cachée” ou bien ?

– Tu peux continuer à me tutoyer, je préfère le tutoiement, comme l’écrivait Prévert “je dis tu à tous ceux que j’aime, même si je ne les ai vus qu’une seule fois”. Vous devez connaître à Brest, c’est dans “Barbara”.

– On ne connaît que ça “tu” sais, Xav’. Et toi c’était quoi ton premier PC ?

– Un Sinclair.

– Le chanteur ?

– Le chanteur ?

– Tu sais, le gars qui est juré à la Nouvelle Star.

– Connais-pas. Il est d’où ?

– J’sais pas. De Paris.

– Moi, je suis de Créteil, dit Xav’.

– Moi, je suis de Viry-Châtillon.

– Moi de la Gacilly.

– Pourquoi vous êtes ici ?

– Pour nos études, qu’est-ce que tu crois ?

– Et puis pour notre projet juxeminitel.

– Je peux vous donner un coup de main si vous voulez. Je m’y connais un peu. J’organisais des Boot Camp Minitel à Créteil.

– Des Boot Camps Minitel ? A Créteil ? L’hallu.

– Vous étiez nombreux ?

– Deux.

– Deux ?

– Ouais, mon minitel et moi.

– Sans dec.

– Regarde, si tu branches l’émulateur ici, tu peux souder ton interfaçage là, et tu gagnes de la place pour…

Il est 21 heures 30 quand Xavier Niel quitte les locaux du club élec, son cartable sous les bras, une carte magnétique dans la main. Il bifurque sur la droite pour se perdre dans les méandres des escaliers secondaires du bâtiment. Sans trouver l’interrupteur, et seulement éclairé par les lumières tamisées des enseignes de sorties de secours, Xavier débute son ascension. Sans savoir où il va, ce qui est bien souvent le meilleur moyen de rendre sa vie intéressante.

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