Bretagne. Le symbole de l’éco-taxe de la colère

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  • 27 octobre 2013

La Bretagne brûle… des centaines de pneus sur les voies express. Dans une Jacquerie organisée, des centaines de personnes se rassemblent devant des centaines de CRS dans l’idée de prendre leur place et à l’occasion démonter les portiques dédiés à l’éco-taxe. Ils portent des bonnets rouges, crient fort et jettent des oeufs. Il ne manque plus que les boutoucouat pour que le tableau rappelle celui des émeutes des bonnets rouges à la fin du 17ème siècle. Déjà contre une taxe. Une de plus. A l’époque c’était contre un impôt sur le papier timbré, avant c’était contre la gabelle. Aujourd’hui, son nom c’est la gamelle. La gamelle d’un gouvernement qui, c’est couru d’avance, va revenir, au moins partiellement sur ces décisions. Car les élections municipales approchent. Même si les enjeux de ce scrutin sont avant tout locaux, les opposants ne manqueront pas d’attiser le feu dont ils sont les premiers responsables puisque l’éco-taxe a été votée dans le cadre du Grenelle de l’environnement mis en place par le gouvernement de François Fillon sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Bref, de la basse politique dans toute sa splendeur.

Fédération d’intérêts particuliers

Il y a quelque chose de réjouissant cependant devant des manifestants qui manifestent. C’est l’énergie qui se dégage de leurs troupes. Après le triste spectacle des ouvriers de Gad qui se battaient entre eux (quelle tristesse de voir des Bretons se taper les uns contre les autres pour un boulot malpayé, usant et répétitif), la Bretagne revient au score. L’unité. Mais une unité de façade qui fédère des intérêts particuliers. C’est là que le bât blesse.

Les portiques d’éco-taxe servent à faire entendre des intérêts dont certains sont éloignés, très éloignés des questions environnementales de transport. Des aides supplémentaires et des allégements législatifs sur l’environnement pour l’agriculture, des indemnités supérieures pour les ouvriers de l’agro-alimentaire, des impôts en moins pour le secteur du transport, et ainsi de suite.

Si le gouvernement la joue finaud, il pourrait s’en sortir sans trop de dégâts. En lâchant quelques millions ici, des lois par là, et de la reconnaissance publiques pour d’autres, l’affaire pourrait en rester là. Un enjeu d’autant plus important, que si la Bretagne venait à faire tomber l’éco-taxe, par logique et par justice, elle tomberait également pour les autres régions, et serait un motif de casus belli entre les écologistes et les socialistes à quelques mois d’un scrutin municipal qui devrait témoigner de la fragilité du parti au pouvoir. Il est temps que cela cesse avant l’irréparable (je parle de mots pas des problèmes entre les écologistes et le
PS).

Réaction-action

Le gouvernement a oublié que l’on gouvernait avec les symboles. Et le symbole des taxes que l’on empile, ou désempile (comme celle sur les prélèvements sociaux des PEL qui a cristallisé l’inquiétude des épargnants), est un mauvais symbole. Peut-être peut-on proposer une taxe sur les idées idiotes de nouveaux impôts pour augmenter les
recettes fiscales.

On voit mal à quoi pourrait servir de nouvelles taxes tant que l’on ne diminue pas, et de manière de plus en plus drastique au fil de l’inaction budgétaire et des années qui passent, nos dépenses publiques. Le mieux pour le gouvernement, l’actuel et les futurs, serait de se mettre en congé. On a vu en Belgique récemment que la vacance de pouvoir n’avait pas nuit au pays.

Revenons à la Bretagne. Les manifestants se trompent. D’analyse, de cible, de symbole. Comme souvent ces dernières années, nous (j’entends par nous, les Bretons), sommes dans la réaction à des mesures prises ailleurs, par d’autres que nous. Il est temps de repasser à l’action et de fédérer nos initiatives car le but n’est pas de donner de belles images aux JT nationaux mais de résoudre les problèmes sociaux, économiques et humains dont cette situation témoigne.

Actions sur :

– la décentralisation des responsabilités à l’échelle régionale

– la constitution d’ensemble locaux (ici, la Bretagne historique) suffisamment puissants pour avoir de l’effet sur leur territoire.

– la réflexion autour des moyens de transports et de liaison vers la Bretagne occidentale (en achetant nous-mêmes les rails pour qu’une véritable ligne grande vitesse arrive jusqu’à Brest et Quimper et pas uniquement sur les affiches de promotion de la SCNF; la diminution du prix des billets d’avions vers Paris…)

– la reconnaissance de la langue bretonne en appliquant la charte européenne des langues minoritaires (langue que je ne parle pas)

– la remontée du Stade Brestois en ligue 1, euh, pardon, je m’enflamme, comme un pneu sur une route départementale.

– la refonte d’un modèle agricole qui s’étiole voire s’effondre sous nos yeux. Les agriculteurs doivent régler la nature des rapports qu’ils entretiennent avec les coopératives dont ils sont normalement les actionnaires décideurs. En contrepartie des subventions, généreuses, qui leur sont accordées, leur rôle social se doit d’être réaffirmé, avec ses droits et ses obligations.

– la création d’entreprise, en développant l’esprit entrepreneurial et en l’accompagnant.

Il est temps pour la Bretagne d’avancer. Ce n’est pas en assiégeant des portiques métalliques que cela arrivera. On dit souvent que la solidarité des habitants de notre région n’a pas son pareil. Il est temps de montrer que cette solidarité ne sert pas qu’à lancer des oeufs contre des gendarmes.

Mikaël Cabon

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