Le féminisme est un humanisme

  • 1
  • 4 mars 2013

Chaque année, début mars, le monde s’émeut de la situation des femmes dans le monde. Avec un peu d’hypocrisie. Puisque si tôt passée la journée internationale de la femme, la situation de la moitié du ciel retombe au mieux dans l’indifférence au pire dans le mépris.

Oubliées les 500.000 femmes qui au Congo, subissent le viol utilisé comme une arme de guerre.

Ignorées, toutes ses filles qui ne naissent pas en Asie et ailleurs en raison de leur sexe dans des sociétés qui cultivent un masculinisme forcené.

Délaissées, ces femmes qui à  travers le monde, pour le même travail, gagnent moins que leurs confrères hommes.

Bafouées ces femmes qui peinent à  trouver leur place dans des sociétés machistes par réflexe, inhumaines par atavisme.

Combien de fois faudra-t-il rappeler que la situation des femmes doit concerner le monde entier dans chacun de nos quotidiens ? Non pas parce que ce sont des femmes, mais parce que ce sont des êtres humains.

Lors de mon entrée dans le monde du travail, j’ai connu ma première expérience… professionnelle, ou presque, au sein du Centre Départemental des Droits des Femmes du Finistère (CIDFF), une association chargée de soutenir les femmes dans l’accès à  leurs droits les plus élémentaires.

De cette expérience saisissante, j’étais le seul homme à  travailler dans cette structure pour mettre en place une expérimentation d’un club d’entrepreneures dont la vocation était de faire flores au niveau européen, j’ai conservé un souvenir presque glaçant de l’une de mes conversations avec la directrice d’alors.

Avec sa verve et sa combativité habituelle, Annie Guilberteau m’expliquait dans le détail les processus de domination et d’oppression qui font le lot de tous les dominés de la planète.

Je me souviens de mon impression de malaise lorsqu’elle m’expliquait la situation. Etre un homme faisait-il de moi un collaborateur de cette politique sexiste ? Non, assurément. N’empêche, devant une telle injustice comment rester passif ?

Et si on ne le souhaite pas, comment agir ?

Ni pute, ni soumis

Question difficile. Depuis, la vie m’a donné deux filles, et m’a aiguillé sur le chemin de la réponse. L’exemple, voilà  ce qu’a été mon humble réponse.

Lorsque j’étais marié, je me suis livré, comme j’avais vu mon père le faire autrefois, aux tâches ménagères. Pas toutes, certes, mais beaucoup.

Lorsque nos filles ont grandi, j’ai évité de projeter les films où la princesse, lascive, attend son prince charmant, ce bel écuyer. Je leur ai parlé de Marie Curie, d’Aung San Suu Kyi, de leurs grands-mères, de mes grands-mères.

Plus tard, j’ai insisté pour qu’elles résistent et combattent contre les situations injustes qu’elles pouvaient rencontrer. Non sans mal. Les soulèvements de jupes, les garçons qui monopolisent la cour avec leurs jeux de ballons, les blagues à  bon compte… Je sais de quoi je parle, j’ai été parmi ces garçons là . Il y a trente ans de cela, j’étais parmi ceux qui pelotaient les filles aux gros roploplos dans la cour de récréation parce que c’était rigolo. Une gifle m’avait ramené sur terre. J’avais répondu œmerci  et compris : on ne touche pas les seins d’une fille… sans son autorisation.

Au service militaire, lorsque mes collègues profitaient du repos du guerrier dans les maisons closes des pays de cocagne, je me suis juré de ne jamais y avoir recours. En tout cas, pas en tant que client.

Quand je donne des cours sur œLes femmes , j’essaie de donner tous les éléments pour expliquer la situation, dresser des pistes de solution, et d’abord de faire prendre conscience qu’il est temps de sortir d’une situation d’un autre temps… qui ne doit plus être. Bien que je répète l’histoire depuis de nombreuses années, je frissonne à  chaque fois que je parle de cette femme, au Pakistan, condamnée à  un viol collectif, parce que son frère, son frère ! pas elle, avait tenu par la main une fille d’un autre village. Je tremble quand j’évoque les cas d’excision avec des lames de rasoir rouillées sur des petites filles tout juste nées.

J’ai mes faiblesses. en esthète, je visite Internet en répétant « Bonjour Madame ». Et j’ai de la sympathie pour ces hommes privés de la garde leurs enfants en raison de décisions de justice souvent aveugles de leurs besoins d’être pères. En haut d’une grue, ou dans la noirceur de leur salon, seul sur le canapé en pensant à  leurs enfants, je suis avec eux.

BANNIERE GIMP taille ok

A gauche, une reproduction de l’affiche qui colore un mur de mon bureau. Mais j’aime bien celle de droite aussi.

Longtemps, j’ai pensé qu’un Homme, et ses discours, et ses paroles, pouvaient changer le monde.

Longtemps, j’ai pensé que je pouvais appartenir à  ce club.

Je me suis résigné à  ne jamais le rejoindre.

On ne change pas le monde si facilement. Mais on peut changer son monde, celui des gens qui nous entourent, celui des gens que l’on aime, celui des gens avec qui l’on parle. Beaucoup, un peu, passionnément, à  la folie parfois.

Par un coup de balai passé, en participant aux réunions de classe, en encourageant l’aînée pour son exposé sur Virginia Woolf, en insistant auprès de la benjamine pour que sa décision de ne pas mettre des jupes soit la sienne et pas une mesure de protection contre les garçons voyeurs.

Le féminisme est un combat. Contre les stéréotypes. Contre les réflexes séculaires. Contre la bêtise, bêtise parfois XX, parfois XY, mais toujours XL.

Pas un avatar à  préserver à  l’aune des combats de l’histoire. C’est la raison pour laquelle, je suis opposé aux quotas, aux lois de discrimination positive. Parce que je pense qu’elles représentent la démission de la pensée face à  la dictature de l’émotion et constituent un fond de commerce malsain.

Je respecte les femmes parce que ce sont des êtres humains. Ni plus, ni moins. Le féminisme est un humanisme.

 

Partager