La sorcière de Saint-Pierre

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  • 27 février 2013

baraquenoire

Un nouveau roman commence souvent par une phase exploratoire de recherche. La conscience est mobilisée. Un peu comme on fait renifler à  son chien policier une odeur pour qu’il se mette en recherche, le cerveau se met alors en branle et rapatrie l’ensemble des informations très naturellement.

Cet état de conscience est non seulement utile mais indispensable. Il permet un gain de temps appréciable et m’entraîne sur le troisième tome des enquêtes de Jo et Chloé Cabioch.

Dans le cadre de mon prochain roman, dont l’histoire se déroule à  la fin du temps des baraques à  Brest, je me renseigne, lis, rencontre, furète et collectionne.

Cela ravive également quelques souvenirs dans une forme de collisions de pensées. Je n’avais jamais effectué le rapprochement mais dans le Saint-Pierre de mon enfance se trouvait en plein milieu du bourg l’une de ses baraques, plutôt rafistolée, noire à  l’extérieur. Un peu à  la manière de celle présentée ci-dessus. Plantée au milieu d’un terrain plus long que large, donnant sur la venelle Tanguy du Chastel, elle a résisté aux pressions du temps jusqu’à  que l’on se transforme ce terrain en parking, et que la baraque ne parte pourrir, découpée en planches, quelque part au milieu de la rade ou d’une cheminée de l’agglomération.

Quand on était enfant, je ne sais pas ce qui nous faisait le plus peur : parcourir cette petite rue sombre et obscure ou bien le risque de rencontrer cette vieille femme aux verrues plantaires bien ancrées sur un visage émacié.

La femme qui habitait là  n’était ni connectée à  Internet et au téléphone, et encore moins à  l’électricité et à  l’eau courante. Elle se couchait avec le soleil, se levait avec lui aussi, et allait collecter de l’eau au lavoir voisin, dans des grands brocs d’eau en acier galvanisé qu’elle transportait sur une brouette brinquebalante. Que la source ne fut pas potable n’était pas pour déranger cette femme qui buvait le précieux liquide depuis son enfance œet je ne suis pas morte à  ce que je sache .

Bon, depuis l’eau s’est vengée, ou bien est-ce la vie tout simplement, mais la femme a disparu un jour du début des années 90 ou peut-être était-ce la fin des années 80, dans un autre temps en tout cas. Son terrain a été vendu, la baraque détruite, mais vous le saviez déjà . Depuis, les voitures ont envahi son terrain, plus récemment, des commerces ont vu le jour dans des bâtiments flambants neufs. Il reste le souvenir de cette femme, son chignon, son visage extravagant, sa brouette, et aussi un peu, derrière le nuage du temps qui s’estompe, celle d’une résistante au temps qui passe, à  ses évolutions et à  son progrès inévitable.

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