Considérations météorologiques à  l’usage des êtres sociaux

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  • 3 mai 2012

Sous le soleil de plomb de cette fin de matinée au marché, avant les pluies éparses de l’après-midi car comme vous le savez en Bretagne il fait beau plusieurs fois par jour, les commerçants commercent et les consommateurs consomment.

Le boucher bouchète et me sert les steaks hachés commandés. En empochant la monnaie, il récite : œQuel beau temps aujourd’hui , sans que l’on sache si la phrase relève de l’interrogation ou de l’exclamation ou bien, plus encore, une affirmation. En face, l’épicière vend ses beaux melons, je vous en prie. œDes beaux melons comme le temps .

La scène est banale comme l’usage de la météo dans les liens sociaux au quotidien. La maîtrise de la science météorologique relève de l’impératif pour qui veut s’intégrer dans nos sociétés contemporaines. Cette maîtrise n’est pas à  la portée de tout le monde. Voici donc un florilège, sorte de filet de sécurité pour votre prochaine visite chez un commerçant voire même dans votre belle-famille. Cela ne fonctionne pas très bien pour la fanfreluche mais pour les relations sociales élémentaires, c’est un bon début.


Pour les débutants.

œIl fait chaud (froid) aujourd’hui . Facile. A la portée de chacun. Permet de ne pas apparaître trop ignare de la question sans pour autant prendre trop de risques liés à  une forte subjectivité ou une frilosité trop importante.

œQuel (beau) temps, hein ! . Facile là  aussi. Et à  essayer sans attendre pour se faire bien voir.


Pour les avancés.

œCela fait longtemps que l’on n’avait pas eu ce (beau) temps .

œCela fait du bien ce soleil .

œPas trop difficile de travailler sous cette chaleur  (à  destination des serveuses topless à  Saint Trop’).

Pour les spécialistes.

œOn dit que le temps va changer en fin de semaine . Suppose une absence d’aversion pour le risque. Peut faire apparaître comme celui qui sait.

œOn n’a pas vu ça de mémoire d’homme . Fonctionne également quand on est légèrement atteint de la maladie d’Alzheimer.


Pour les engagés.

œ Vous avez vu ce temps. Et on parle de changement climatique . Le contraire fonctionne aussi.

œ A la météo de Paris (en fait Toulouse), ils disent vraiment n’importe quoi .


Cette récurrence des sujets météorologiques dans les conversations de la vie quotidienne nous renseignent sur l’importance de cet aspect dans nos existences. Il s’agit en quelque sorte d’une cicatrice du temps où des conditions météos dépendaient les revenus de famille entière à  l’heure où celles-ci dépendaient essentiellement des récoltes des cultures ouvertes.

Aujourd’hui encore, c’est un peu moins percutant sous nos latitudes que sous d’autres, les conditions climatiques interfèrent largement sur de nombreux secteurs économiques, l’agriculture bien entendu, le BTP, le monde des transports mais aussi les énergéticiens et leurs consommateurs…

C’est aussi le témoignage, un peu parcellaire, de l’importance de l’environnement dans nos vies, bien que l’on ne s’en préoccupe pas assez à  mon goût. Sauf à  parler de la météo sur les marchés les jours de beau ou de mauvais temps, derrière ses lunettes de soleil ou sous son parapluie.

http://www.youtube.com/watch?v=Klxh8-LqwUk

Mais cela dit aussi beaucoup de nos égoïsmes. En hiver, les stations de ski se réjouissent des premières tombées de neige quand les transporteurs routiers s’en inquiètent. En été, les pluies désespèrent les vacanciers et les hôteliers de plein air quand elles réjouissent les agriculteurs. Bref, chacun voit dans le temps les misères ou les offrandes qui le concernent et l’impactent directement. Avec un brin de fatalisme, les conditions météos s’imposant à  nous et conditionnant nos humeurs.

Peut-être serait-il bon de reprendre une part de ce destin dans nos mains. Difficile de nier la pluie ou la chaleur sur notre derme du soleil estival. Alors il faut lever les yeux. Regarder dans le ciel les nuages, cotonneux et inspirants, bienheureux et accueillants, choisir son espace, y lover son imagination, et rêver, encore et encore. De nouvelles formes, de nouvelles idées, de nouvelles sociétés. De nouvelles frontières à  répousser.

Et alors sur le marché, le boucher qui bouchète servirait ses clients avec ses mots :

– œVous avez vu les nuages aujourd’hui. Incroyables, non ?, ils sont incroyables, être capables de tant de formes alors qu’ils ne sont rien .

– œVous me mettrez trois petits steaks hachés. Pas des cumulo-nimbus hein ? Des petits s’il vous plaît .

– œOk. Deux formes d’animaux et la carte de l’Angleterre 

– œMerci. Je suis sur un petit nuage .

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