Séries. « Un village français », plongée ordinaire dans la banalité du mal

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  • 10 avril 2012

France 3 diffuse en ce moment la quatrième saison de la série « Un village français ». La série traite de la vie quotidienne de la bourgade de Villeneuve durant la deuxième guerre mondiale. Chaque saison prend décor dans l’une des années de cette guerre. Dans ce contexte si singulier du conflit, les réalisateurs prennent le partie prix de montrer la guerre par des tranches de vie faites de petits courages et de faiblesses ordinaires sans sacrifier au caractère manicchéen qui sied habituellement aux séries du genre.

Il est rare qu’une série télévisée se révèle d’une aussi grande acuité. La saison diffusée actuellement porte sur l’année 1942, la dernière année du désespoir et le comble de l’étrange défaite française relatée par Marc Bloch. Déjà  la résistance pointe le bout de son nez et quelques personnes courageuses au prix de leur vie et de leur confort relèvent la tête et combattent pour la liberté, la leur et celle des autres, la leur et celle de leur pays. Le plus beau des combats.

Dans la gare de Villeneuve, un train rempli de juifs s’arrête. Ils vont passer quelques jours dans l’école du village, dans des conditions sanitaires déplorables, dans l’attente de leur transfèrement vers Drancy, puis, ils le supposent, le craignent mais n’en sont pas certains, la Pologne. Les enfants sont séparés des parents, les morts côtoient les vivants, sans que l’on sache très bien à  quelle catégorie chacun appartient. Des villageois donnent quelques provisions, d’autres le refusent à  ces juifs en errance. Et impossible de ne pas avoir les yeux bercés de larmes en repensant à  la réalité derrière la fiction. C’est une étoile qu’ils portent sur le revers de leur vêtements, mais c’est une plaie béante dans l’histoire de l’humanité. Dans une guerre, il n’y a ni vainqueurs ni perdants, que des morts et des rescapés. Et alors que je n’ai vécu cette période que par procuration, de récits en livres, il reste en moi une blessure à  jamais ouverte qui saigne à  chaque fois que je replonge dans cette histoire et le sentiment de voir son pays trahi.

« Je suis invisible, mais on ne peut pas vivre sans moi. Qui suis-je ? ». L’air ? L’amour ? Les deux.

C’est toute la réussite de la série que de dresser des portraits tout en subtilité avec de formidables acteurs : Robin Renucci, Audrey Fleurot, Nicolas Gob, Nade Dieu, François Loriquet, Thierry Godard. Le méchant ne l’est pas tout à  fait, et le gentil souffre de couardises. Les moqueries pleuvent souvent sur les séries françaises. Elles sont injustes. Avec « le Village français », et « Les hommes de l’ombre » qui traitait des coulisses de la politique, la télévision publique montre que la qualité ne se dispute pas toujours avec l’audimat. Comme dans la chanson « Le partisan », cette série a tant d’amis, elle a la France entière.

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Commentaires

  1. […] la vraie question que se pose l’ensemble des acteurs de cette ultime saison d’ « Un village français ». Après la Libération, les procès d’épuration prolongent la guerre intestine qui trouble la […]

  2. […] Parmi les quelles, « Un village français », très prenant, « Hard », dans les coulisses d’une société de […]

  3. CM dit :

    vous avez oublié  Emmanuelle Bach