Présidentielles 2012. Le monopole du peuple

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  • 6 mars 2012

Le premier tour de l’élection présidentielle se déroulera dans six semaines. Et il est peu de dire que je suis énervé.

Je ne fais pourtant pas partie des agacés perpétuels de la politique. Depuis que le droit de vote me permet de glisser un bulletin dans l’urne, je vous en prie il n’y a ici aucune autre connotation que politique, je me rends lors de promenades dominicales à  ce rendez-vous citoyen. Parfois j’y amène mes filles pour leur montrer ce que c’est. Une démonstration par l’exemple. Longtemps, j’ai participé à  des campagnes politiques en collant des affiches, distribuant des tracts, participant à  des meetings, dirigeant des campagnes, me présentant aussi parfois. Je continue à  lire quantité de livres et d’articles sur ce thème. Comme d’autres ne loupent aucun épisode de Glee ou de Gossip Girl, moi c’est devant The West Wing, ou plus récemment Borgen que je prends mon pied télévisuel. Bref, j’aime la politique pour ce qu’elle apporte d’idéal dans notre société, par l’impérieuse nécessité démocratique qu’est son existence.

Mais cette année, franchement, il n’y a pas de quoi offrir un peigne à  un chauve. Sur les réseaux sociaux, dans les revues spécialisées, dans les débats télévisés, il n’est de place que pour l’égo. Sans respect les uns pour les autres, les candidats scient la branche sur laquelle ils sont assis sans solennité. Il n’y a pas que la précédente allitération qui soit vraie, le sens de la phrase aussi.

Le concours de celui qui pisse le plus loin

En s’insultant, en descendant dans les bas-fonds des caniveaux, c’est l’ensemble de la classe politique qui est touchée. Pour s’en sortir, les candidats présents cherchent à  plaire. Faute d’être, ils se vouent à  complaire. Inlassablement.

L’un polémique sur le Halal, l’autre propose une taxe de 75% sur les hauts revenus. Des annonces partielles, qui excluent du débat des thèmes maintes fois plus centraux et pour notre présent et pour notre avenir. La place de la France dans le monde, son rôle sur la scène internationale ? Rien. La question de la dette publique ? La croissance, illusoire, remettra tout cela d’aplomb ? La lutte contre les maux de notre siècle : obésité, cancers, maladies neuro-dégénératives, solitude ? Aux abonnés absents. On parle d’école mais pas de développement de l’être humain. La jeunesse angoissée ira chercher dans les drogues, le suicide, le stress ou l’ambition démesurée les rêves qu’elle devrait dessiner à  travers les nuages du ciel printanier. C’est pas pour ça que l’on vote au printemps pour les présidentielles, pour le renouveau espéré, pour ces bourgeons qui pointent et sont autant de promesses de notre éternité. Parce que moi je croyais que c’était pour cela, dans cet air revigorant, gorgé du parfum des fleurs qui jouxtent l’entrée de l’école Paul Eluard, sous le drapeau de la République, le torse haut, le regard fier mais le coeur léger et l’esprit ouvert, que l’on appuyait sur le bouton de son choix.

On rejette l’étranger en oubliant qu’on lo’a soi-même été, jadis, dans un autre temps, dans un autre monde, en oubliant aussi que les valeurs qui rassemblent un peuple devraient être plus fortes qu’une simple différence de peau ou d’accent. On parle d’écologie que pour séduire le segment des bobos ++ qui roulent en diesel hybride avant de manger bio des plats préparés par des enfants chinois. On parle de œmade in France , avec un accent new-yorkais avant d’entrer dans sa grosse Audi, BMW ou Mercedes. On suppose que l’étatisme changera tout, sans laisser de place à  la responsabilité individuelle. On échange une sécurité aléatoire contre nos libertés publiques et privées. Chaque jour, une idée nouvelle doit correspondre à  l’agenda médiatique pour faire parler dans les postes de télévision. Si le pouvoir est une drogue, nul n’est censé payer pour les addictions des autres.

On prête la parole, à  hauteur de 70% du temps des médias à  des candidats dont le matelas de voix est important mais deçà  du temps qui leur est consacré. D’autres, dont on ne sait même pas s’ils seront candidats faute de parrainages suffisants, trustent les plateaux télé.

Image tirée du site internet du candidat.

Le changement c’est maintenant

Si j’ai de la sympathie pour la passion qui enflamme Jean-Luc Mélenchon et Philippe Poutou, leur sorte de bon sens, de capacité à  se révolter, je ne vois rien dans leurs propositions, trop outrancières, susceptibles de changer la donne, et leurs contradictions sont trop évidentes. C’est difficile de se présenter à  une élection quand par définition on abhorre l’idée même du pouvoir. Qui des autres ? Ceux qui y pensent en se rasant, en enfilant leur bas, en buvant leur café, en avalant leur demi-baguette. Votre ambition mérite-t-elle le temps que nous passons à  vous regarder vociférer, agonir, médire, et tout simplement tenter d’exister ?

Une France forte

A défaut de changer le monde, commençons par la France et nos propres comportements. Cela suppose de la rigueur, de l’abnégation, de l’effort mais aussi de l’envie, de l’idéalisme et de l’altruisme. De proposer les ressorts de la France dans 20 ans. Pourquoi chaque élection ne se conjugue-t-elle qu’au passé ou au présent, mon non-bilan contre tes non-postes ministériels, et jamais au futur, au conditionnel à  la rigueur ? Pour bâtir un budget, on regarde le présent bien sûr, on prévoit le pire. Mais pour bâtir une société, on imagine l’avenir, on invente le futur sauf à  préférer la mémoire d’un poisson rouge Alzheimer et ressasser sans cesse les cécités de sa jeunesse.

Un pays uni, rien ne lui résiste

Alors il me vient une idée : annulons cette élection présidentielle. On pourrait la donner aux Syriens, aux Chinois ou aux Cubains. Ils en ont plus besoin que nous. Apprenons à  partager. On leur donnerait les candidats qui vont avec aussi. Gratis.

Et nous alors ? Et bien les Belges, dont la devise « L’union fait la force », ont bien réussi à  vivre sans gouvernement plus d’un an. On n’est pas plus bête qu’eux. Pourquoi pas nous alors ? Car je ne vois pas qui d’autre aurait le monopole du peuple.

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