Société. Du grand exfermement

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  • 29 février 2012

Au XVIIème siècle, l’Etat décide du grand renfermement des pauvres. Il s’agit de « soigner, nourrir, instruire et relever le niveau moral des pauvres ». Des milliers de mendiants sont ainsi enfermés. Une partie d’entre eux sont considérés comme fous et resteront mal traités faute de moyens financiers et humains, et médicaux pour leur venir en aide.

Les pauvres d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier. Nos sociétés ont gagné en confort matériel ce qu’elles ont perdu en qualité humaine. L’un n’est peut-être pas la cause de l’autre mais leur concomitance est troublante.

Dans un éditorial du Ouest-France de lundi, le talentueux professeur de Droit, Jacques Le Goff, qui émerveillait les mercredis après-midi que l’Armée me laissait passer en cours de Droit des Libertés publiques, moi l’indigent économiste, revient sur ce thème.

Son article est d’une grande limpidité. On peut le lire notamment ici.

Jacques Le Goff dit par exemple ceci :  » Dans les années 1930, Paul Valéry observait : « Nous sommes enfermés hors de nous-mêmes ». Il aurait donc pu dire « exfermés ». La nouveauté vient de ce que ce type de comportement a fini par se banaliser. Il devient la norme dans une « société liquide » dont les mots d’ordre, dans une atmosphère d’apocalypse joyeuse, sont la « sensation » (forte, si possible), le « fun », la glisse et le surf sur des existences qui donnent l’impression d’être réduites à  leur écorce. D’où la part invraisemblable qu’y occupe aujourd’hui l’apparence, dès le plus jeune âge » .

Et l’auteur d’appeler chacun à  retrouver une vie intérieure. On pourrait l’appeler le grand exfermement.

Face aux sollicitations multiples des technologies, il apparaît que la course contre le temps revient à  une course contre soi-même. Rien n’est urgent, tout devient très très urgent. Le diktat de l’immédiateté fait son preuve y compris quand il s’agit de nos relations avec nous-mêmes.

Dans le débat politique, si on peut appeler débat ce qui se résume aujourd’hui à  une bataille de chiffonniers, il est troublant qu’aucun candidat n’appelle chacun à  se réapproprier sa vie. S’il est nécessaire de parler de dette publique, de fiscalité, de modèle économique, de salaires ou d’inflation, j’ai bien dit inflation, cela ne saurait se résumer au seul horizon proposé à  l’Homme pour achever sa quête de Bonheur, cet état constant, indépendant des circonstances extérieures, de félicité.

Car des questions de crise, d’argent, de chômage, il y en a eu et il y en aura d’autres qui perturberont notre quotidien, agaceront nos porte-monnaie, indigneront nos comptes en banque.


Un peu d’utopie pour construire notre tipi commun

Quid dans cela de nos destins collectifs et individuels ? Que voulons-nous devenir demain ? Déjà  dans le débat sur l’identité nationale, les discussions avaient tourné court, excluant plutôt que définissant, passéïsant plutôt que futurisant. Aujourd’hui encore, aucun idéal ne nous est proposé par des dirigeants qui s’ils en portent le nom n’en ont plus ni la stature ni la force de pensée. Alors il revient chacun d’effectuer ce retour sur soi-même.

Comme la ville est propre quand chacun balaie devant sa porte, l’Homme est serein quand il délaisse le passé qui hante et les lendemains qui déchantent pour un cueillir simplement le temps présent.


Mikaël Cabon

Cadeau bonus. Spéciale dédicace à  toutes les femmes qui portent un prénom en général et aux Anne-Sophie  en particulier.

http://www.dailymotion.com/video/xbyacq_anne-sophie_people

 

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