Arcelor-Mittal. “L’homme qui valait 35 milliards”

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  • 21 février 2012

Si les ouvriers d’Arcelor-Mittal actuellement en grève dans l’Est de la France aiment lire, je ne saurais que trop leur conseiller le livre de Nicolas Ancion, œL’homme qui valait 35 milliards .


En voici le pitch : face au cynisme de Lakshmi Mittal, le propriétaire d’Arcelor-Mittal devenu riche à  force de rachats et de restructurations d’entreprises dans la production de l’acier, un homme décide de l’enlever. Il veut ainsi lui faire prendre conscience de la valeur de sa vie, de sa propre vie. Combien vaut l’existence de Lakshmi Mittal ?

 

Pas besoin d’aller jusqu’au bout de l’histoire, les gars, en période de grève on a beaucoup à  faire. Les cent premières pages suffisent. Elles constituent presque un mode d’emploi pour un enlèvement. Ce n’est certes pas un exemple à  suivre mais la force de la fiction réside justement dans sa distance au réel. Et Nicolas Ancion le réussit fort bien.

Car on comprend la peine de ses ouvriers, souvent des bons travailleurs, consciencieux et respectueux, à  l’idée de perdre leur travail sous l’autel du productivisme alors même que leur entreprise est rentable, mais pas assez.

Mais ces ouvriers se trompent de combat. Au final, que restera-t-il de leurs passages dans les journaux télévisés ? Des images fortes pourvoyant à  la quête d’audience des chaînes. Pas grand chose de plus. Dans la dictature de l’instant qui est la nôtre, tout à  l’heure est déjà  un autre jour et on ne se souviendra bientôt plus de la peine de ces gens, de leurs familles et de leurs amis.

Comment faire alors pour que le juste combat ne disparaisse pas des radars de notre indignation ?

Je ne crois pas que Lakshmi Mittal puisse répondre à  leur appel. Je ne le crois d’autant quand on sait que cet homme est capable de dépenser plus de 55 millions de dollars pour le mariage de fille en 2004 mais de maugréer pour une usine qui ne gagne pas assez. La solution n’est pas là . Dans un monde sans frontières commerciales, ou si peu, le protectionnisme est à  la sécurité de l’emploi, ce que l’abstience est à  la lutte contre les infections sexuellement transmissibles : un doux rêve, inutile et dispendieux.

On peut juger la moralité de Mittal comme défectueuse, et c’est le cas. Je crains que sa prochaine réincarnation en barre de métal lui fera comprendre son erreur. Mais force est de constater qu’il fait ce qu’il veut de sa boîte. Il ouvre, il ferme, il engrange les profits, c’est le lot du capitalisme. Pas sûr que nous étions obligés de lui fournir la cravache pour la fessée qu’il nous administré après le rachat d’Arcelor (ex-Préchiney) mais c’est ainsi.


The big idea


La plus grave question qu’une société doit se poser quand le taux de chômage est important n’est pas de limiter les suppressions d’emplois mais de savoir comment faire pour en créer d’autres, si possible plus nombreux, mieux rémunérés, et plus respectueux des règles de vie en communauté. Je laisse le soin aux nombreuses personnalités politiques qui se présentent à  l’élection présidentielle le soin de ne pas trouver de réponses à  cette question.

En parallèle, la fermeture programmée de ce haut-fourneau pose une autre question : celle de l’autonomie économique de notre pays. Faute de nous focaliser sur l’autarcie, nous sommes tombés dans le piège de la spécialisation à  outrance. C’est d’autant plus un piège quand, comme la France, nous sommes spécialisés dans peu de choses. Le déficit de la balance du commerce extérieur l’atteste.

Pour autant, un pays, ici la cinquième puissance mondiale, se doit de conserver en l’état des savoir-faire indispensables à  sa prospérité. Car au-delà  d’un certain seuil de production, l’état de veille, il est difficile de pouvoir relancer la machine le moment venu tant au niveau humain, l’expertise a disparu, qu’au niveau matériel, les équipements se sont délités.

Or comme nul n’imaginerait que les tapisseries des châteaux de la République puissent être assemblées ailleurs qu’en France, je pense que notre pays aurait tout intérêt à  conserver à  un étiage suffisamment important un certain nombre d’activités stratégiques afin d’éviter leur disparition pure et simple de notre territoire économique national en les sortant du marché.

Comme il existe des musées pour les arts, il devrait exister des endroits où la force publique maintient une activité industrielle, tertiaire, commerçante, juste au cas où.

Je ne sais pas si cela s’applique à  la sidérurgie en l’état et en l’espèce actuellement en France mais peut-être. Ce que l’on a fait par exemple pour Dassault en l’aidant à  fabriquer son Rafale grâce aux commandes publiques, pour plusieurs milliards d’euros, l’Etat compensant le manque d’activités à  l’export par contrat, ne saurait-on pas le rééditer pour des activités indispensables à  la fois à  notre indépendance et à  notre prospérité ?

Rien n’oblige d’ailleurs à  ce que ces domaines soient dispensés d’appliquer de nouvelles technologies, ce qui compte ici n’est pas œla technique  en elle-même mais ce qu’elle permet, œla capacité à  , de s’ouvrir au monde de la formation pour être des centres d’applications pour les jeunes en formation sur ces métiers, dont les compétences sont multiples (un soudeur sur un navire peut aussi être un soudeur sur un avion, ou un plombier de premier ordre), que de l’innovation par le biais de contrats d’applications des recherches en lien avec les instituts de formation pour des plates-formes de tests. A ce titre, on peut regretter la frilosité des industriels quant à  l’utilisation du réseau 4G-LTE mis en place sur Brest qui aurait permis le test en conditions réelles de nouveaux services en lien avec cette technologie prometteuse. Que cela fonctionne ensuite sur le plan commercial ou non, n’est pas la première question à  se poser car la prise de risque est inhérente au processus créatif.

Alors voilà , c’est peut-être une idée de couillon pour les ouvriers d’Arcelor ou pour d’autres, mais elle ouvre un débat et est libre de droits. Ce n’est pas une raison pour la déposer sur les serveurs de Megaupload. Oups, désole, j’avais oublié le péril qui atteint de nombreux internautes en ces temps obscurs, obligés qu’ils sont de retourner vers TF1 pour mater œJoséphine L’ange gardien . Quand je disais que tous les domaines d’activités ne sont pas à  sauvegarder…

Cadeau bonus. Spéciale dédicace à  DJLakshmi.

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