Société. Tu me plaques d’égoût(e)

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  • 16 février 2012

Il faut bien se l’avouer, il est des questions existentielles : y-a-t-il une vie après la mort ? L’éthique médicale peut-elle se dispenser d’un débat citoyen ? Qui que c’est ? Peut-on augmenter la TVA sur le Nutella et surtout pourquoi autant de plaques d’égoût sur nos routes ?

Alors que je conduisais l’autre jour, pris par un moment de conscience du réel bien involontaire, je tressaillais au volant de la voiture en raison de ce que je croyais être de multiples nids de poule d’une route dépenaillée par les travaux incessants (et il faut le dire totalement irrationnels) de la bonne ville que j’habite.

Des nids de poule donc ? Non, point trop n’en faut. Les coupables se nomment les plaques d’égoûts. Comme la plupart d’entre eux n’émergent pas à  la surface de la route mais en léger retrait, un peu comme un GI tapi dans la jungle vietnamienne, chaque passage sur l’un d’entre eux entraîne par un lien logique un enfoncement des amortisseurs qui vient rappeler au conducteur endormi leur présence.

Sur la seule route qui remonte de Kervallon vers la Cavale Blanche, j’en comptais, devant mes yeux ébaubis, plus de 29 en l’espace de 750 mètres. Parfois, ils jouent en duettiste un morceau savamment orchestré, parfois c’est au triolisme qu’ils s’essaient, plus souvent ils jouent les onanistes branquignolesques, seuls et solitaires comme un revolver. Et ils sont multiples. On trouve des plaques toutes nues, des fripées, des tondues, des grandes, des petites, des grandes ridées, des petites gercées, des joufflues… On dit même que Pierre Perret aurait été inspiré par cet état de faits et que sa chanson la plus célèbre, le Zizi, évoquerait, à  demi-mots, mais tout de même, de cette tendance sociétale que le monde nous envie.

Pourquoi autant de plaques d’égoûts dans nos rues ? J’avoue ne pas disposer de réponse. Le lobby des producteurs de plaques d’égoût auquel émerge l’Inde, le premier producteur de ces rondeurs métalliques ? Une forme de fétichisme à  moitié avoué pour tout ce qui est dur par le chef des travaux de la municipalité ? Ou bien, me susurre-t-on dans l’oreillette un signe qu’une vie extraterrestre serait possible ?

L’enquête est difficile tant les données manquent sur la question. Tout juste sait-on que face à  l’envolée du prix des matières premières dont sont composées les plaques, certains malins se sont amusés à  les retirer pour les vendre au poids dans le nord de la France. A douze centimes le kilo, la plaque de 75 kilos vaut à  peine dix euros.

Ces plaques cachent l’accès aux systèmes d’assainissement qui ont fleuri dans nos villes à  partir de la fin du 19ème siècle en raison de la montée en puissance du courant hygiéniste. L’histoire des plaques d’égoût raconte donc celle de nos sociétés contemporaines avec un zeste de mondialisation, un brin de business, un coût des infrastructures croissant et une absence totale d’optimisation de ces réseaux.

Pour pallier à  leur mocheté, ne dit-on pas d’ailleurs œtu me plaques d’égoûte , certains artistes se sont penchés sur la question en les grimant de plus beaux atours. Ce qui montre que l’art reste une réponse sérieuse aux questions les plus saugrenues et une manière d’humaniser même les plus industriels de nos objets urbains.

P.S. Je tiens à  préciser à  Jacky, grand collectionneur de photos de plaques d’égoût que les photos ici présentes, merci à  elles, ne sont pas libres de droits.

Dans le commentaire, pour ceux qui ne parlent pas Leslanguesbizarres, le commentaire insiste : « Un abruti de couillon a tenté d’euthanasier une plaque d’égoût à  l’aide d’une bouteille de Chianti enflammée. Malheureusement les objets inanimés ont une âme, et la plaque ne s’est pas laissée faire. L’homme a terminé la soiré à  l’hôpital de Pont-à -Mousson, dégoûté ».

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Commentaires

  1. mcabon dit :

    1) Fait. Je confirme.
    2/ Ce sont toujours les autres qui conduisent mal.

  2. AymericPM dit :

    Je t’invite à  1) rouler le long de Thales côté entrepôt des tramways, c’est un vrai festival ; 2) rouler à  droite dans les virages, tu as failli me rentrer dedans à  deux pas de chez toi aujourd’hui.