Une musicien dans le métro. L’expérience Joshua Bell. Notre jugement de beauté est-il situationnel ?

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  • 10 février 2012

Joshua Bell n’est pas une cloche. C’est un violoncelliste violoniste de talent. Les places pour ses concertos s’arrachent à  hauteur de 100 dollars l’unité. Pourtant quand il se déplace dans le métro et se met à  jouer de la musique classique notamment de Bach pendant 47 minutes dans une station de métro de Washington D.C, personne ne l’écoute, nul ne l’applaudit, il est un SPF, sans public fixe. Résultat des courses : 1.097 passants sont passés, et il a récupéré 32,17 dollars au total.

Voici un extrait vidéo et la bande audio complète est disponible ici.

L’expérience menée en 2007 par le Washington Post visait à  savoir si le lieu, le contexte de l’expérience influence notre comportement. Est-on capable de reconnaître le beau en dehors d’un contexte prédéfini ? Ou bien la notion de beauté est-elle aussi sociale ?


La réponse est sans conteste oui. On sait par exemple que de la musique classique diffusée dans un restaurant huppé (l’expérience a été menée de manière scientifique à  New-York) entraîne une augmentation du prix moyen des bouteilles de vins achetées lors d’un repas.


L’élément situationnel, l’endroit où l’on se trouve, mais aussi le contexte psychologique de la personne étudiée interfère grandement dans les perceptions qu’elle peut avoir.

Tout le monde peut en faire l’expérience. On peut très bien aimer Deed Purple et sentir qu’à  certains moments de la journée, ce n’est pas le son qu’il convient en fonction de notre état d’esprit.

Ici, l’expérience se déroule dans un contexte particulier, celui des allers-retours vers un lieu de travail. Dans leurs pensées professionnelles ou plus personnelles, les individus se rendent hermétiques à  l’environnement qui est le leur. C’est particulièrement vrai dans les métropoles, et Washington, bien que modeste par ses dimensions, en est une. L’opéra qui entoure les musiciens rend leur musique plus jolie, la couverture du magazine Eva Mendes et de Aishwarya Rai plus attractives (Mais non vous êtes super jolies les filles. A ce soir. Bisous),

et le costume cravates et l’air sérieux plus crédible une personnalité politique qu’un bermuda-sandales et la tête de Carlos. L’habit ferait donc le moine, et le lieu une partie de la perception du talent. Comme il est aisé alors de tromper l’esprit humain. On met des gens à  la télévision, on les films, en disant que c’est vachement important, essentiel même, on montrant leurs vies, en insistant sur les drames qui s’entrechoquent dans ces cerveaux siliconés, et cela donne œL’incroyable famille Kardashian , diffusé sur une chaîne obscure de l’inénarrable TNT française.

« Mesdames et messieurs, vicomtes et vicomtesses, je m’appelle Jean-Sebastien et j’ai 20 enfants que je dois nourrir chaque jour sans en avoir les moyens. J’ai perdu mon travail à  la cour depuis que je suis devenu aveugle »

Il est difficile d’être en empathie avec son environnement. Les stimulis sont nombreux, incessants même. Une forme de lassitude se met en place. La capacité d’émerveillement, d’indignation aussi parfois, se dégrade. C’est le triomphe d’un égoïsme qui est l’égocentrisme, le repli sur soi, sur ce qui est rassurant. œCe qui est étranger m’inquiète . L’intelligence, de l’esprit, sociale, émotionnelle, est un combat. Ce n’est pas une donnée définitive. La paresse, l’ennui, l’habitude, la facilité, l’absence d’humilité et de persévérance en sont les ennemis les plus absolus. L’aspect civilisationnel a vraisemblablement son importance, il aurait fallu faire la même l’expérience dans le métro de Leipzig au 18ème siècle. Pouf, pouf. Comme une ville devient propre si chacun balaie devant sa porte, il appartient d’abord à  chacun de réenchanter le monde pour que le monde soit réenchanté.

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Commentaires

  1. mcabon dit :

    Bien vu et bien entendu. C’est un violoniste. Quand on dit que la taille ne compte pas.

  2. AymericPM dit :

    C’est peut-être pas une cloche, mais quand on tient un violoncelle comme ça, on devrait plutôt jouer du violon. Ou de l’alto, à  la limite, si on aime les graves.