Sérendipité. S01E01. A quoi sert la valeur de Pi ?

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  • 2 janvier 2012

Au mois de décembre, j’ai demandé, proposé, suggéré, murmuré, laissé penser, ordonné à  mes demoiselles, amours de ma vie, celle de maintenant et celle d’après aussi, de s’intéresser à  d’autres choses qu’à  leurs leçons et qu’aux aventures sentimentales de Justin Bieber et Selena Gomez (« en plus, ils ne sont plus ensemble Papa »). En bref, de laisser s’échapper leur fertile curiosité du carcan habituel de la connaissance, que je multiplie par la table de trois, et que je conjugue à  l’impératif. Et cela en plus des leçons quotidiennes (essentielles. Exemple « Vas-y montre moi ton pantalon neuf ». Vas-y , impératif social, et neuf (trois fois trois, table de trois), des activités bi-hebdomadaires, du footing du dimanche et du repassage (hé, hé).

Un cerveau est semblable aux muscles de notre corps, il s’épanouit quand on lui demande quelques efforts.

Pouvais-je alors m’en tirer à  si bons comptes, moi qui ordonne et elles qui exécutent sans passer par la case prison ?

Non. De fait, en guide de récré, j’ai décidé de laisser vagabonder mon esprit sur des trucs inutiles ou pas, juste pour le plaisir de les soupeser, de tenter de comprendre un peux mieux la marque du monde, des savoirs multiples. Je publierai de temps à  autre, les résultats de ces recherches sur ce blog.

Voici la première.

Avant de lire le livre d’Alex Bellos, « Alex au pays des chiffres », Editions Robert Laffont, les mêmes qui ont aussi édité le bel ouvrage Datavision de David McCandless qui montre que les graphiques permettent une meilleure compréhension des données (son ouvrage est supérieur, largement, à  ce que cette dernière phrase laisse suggérer).

L’idée de Bellos est de nous plonger dans l’univers mathématique pour montrer toute sa richesse, son caractère évolutif et son influence aussi sur la vie de l’être humain. La tâche n’est pas aisée tant que les mathématiques rebutent quantité d’individus qui se cachent derrière les excuses de la difficulté supposée ou de leur inapplication pratique pour les laisser tomber. Elles sont devenues aussi, les mathématiques, le symbole d’un élitisme, d’un mode de sélection drastique, qui est, à  mon sens, la pire à  chose à  faire pour leur rendre service.

Le mieux est de se laisser emporter par ce livre qui est l’équivalent selon moi de celui de Bill Bryson sur l’histoire de l’univers. C’est fantasque, érudit sans être chiant, vivant, et cela se lit comme un roman même s’il faut avouer qu’il y a tout de même quelques chiffres à  l’intérieur mais rien qu’un lecteur lamba ne puisse comprendre. On apprend par exemple que chez les Yupno, un peuple papou, on compte avec les parties de son corps, jusqu’à  33 pour les hommes, jusqu’à  32 pour les femmes car le 33  est désigné par le sexe de l’homme. Impossible alors pour une femme de cette peuplade de commander une Export 33  (à  consommer avec modération) au comptoir ou de répondre tout simplement à  la question du docteur occidental « Dites 33″, sans outrepasser les règles de sa propre tribu.

L’un des chapitres d’Alex Bellos est consacré au nombre Pi. Depuis longtemps, ce chiffre passionne les êtres humains. De grands savants se sont cassé les dents sur ses décimales. Depuis le XVIème siècle, le calcul de décimales de Pi est d’ailleurs une forme de compétition scientifique non écrite. A l’heure actuelle, on en est à  près de dix trillions de décimales.


A quoi ça sert de calculer trois milliards de décimales de Pi ?


Mais à  un nombre incroyable de choses, nom d’une π pe . Genre à  créer des ballons de foot spéciaux pour le Stade Brestois pour entrer « direkt » dans la lucarne des adversaires.

Au-delà  de la quête quasi-mystique d’un ordre rationnel dans les décimales de Pi, ces décimales, semble-t-il ne correspondant à  aucun ordre, permettent à  merveille de les utiliser dans le cadre des études de marché. Pour choisir les personnes interviewées, dans le cadre des méthodes probabilistes, les sociétés de sondage utilisent des tables de hasard, c’est-à-dire des suites de chiffres dont l’arrangement doit correspondre au hasard. Chaque chiffre correspond à une personne potentiellement interrogeable. Ainsi, si elle est choisie au hasard, il n’y a plus aucune raison que l’enquêteur interroge plutôt la jolie blonde à  forte poitrine plutôt que Bob, chaudronnier à  l’arsenal, 115 kilos, avec du poil sur le torse. Cela élimine ce que l’on appelle en marketing une partie des biais de sélection. Avec les 10 trillions, trouvées, de décimales de Pi, on est servi. C’est là  semble-t-il une utilisation moderne de ce chiffre antique.

Et puisque vous avez été sage voici une photo du schéma qui montre que l’aire d’un cercle est égale à π r2.

Voilà . En plus d’apprendre par coeur, rien n’interdit de comprendre. Ce qui sera la morale de cette journée.

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Commentaires

  1. […] chiffres », un livre passionnant sur l’histoire des mathématiques, en particulier sur l’intérêt de Pi. Pas un précis historique, comme il en existe, mais un ouvrage qui explique et démontre comment […]

  2. Ganach dit :

    (; Superbe film au passage 

  3. Mikaël Cabon dit :

    Pas tout à  fait. Les décimales de Pi peuvent être utilisées en tant que nombre aléatoires et servir aux tables de hasard. Qui elles-mêmes peuvent servir pour déterminer qui dans une population mère donnée va être interrogé dans le cadre d’un échantillon pour une enquête par exemple.
    MC 

  4. AymericPM dit :

    Donc, si je suis bien, chaque être humain pourrait être représenté par, disons, 32 ou 33 chiffres se faisant suite, quelque part, dans le nombre pi ? Cela donne à  réfléchir.