Pyjamanniversaire

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  • 11 décembre 2011

Quand l’un de ses enfants naît le 24 décembre, on se dit que c’est le plus cadeau de Noël que la vie peut apporter. En ce qui le concerne, la réalité est différente. Pour fêter son anniversaire par exemple, c’est un peu la croix et la bannière. Entre les grippes, les vacances et les préparatifs du grand soir, il est inenvisageable d’organiser une fête d’anniversaire digne de ce nom à  cette période de l’année. Il faut donc trouver d’autres voies possibles pour que plusieurs bouches soufflent sur le gateau.

Une soirée pyjama, un pyjamanniversaire donc, peut réaliser cet office.

Pour organiser une telle fête, plusieurs ingrédients sont nécessaires :

– Des invitations, sur la thématique d’Harry Potter avec réalisation de baguettes magiques en bois de Kervallon, en demandant la permission aux arbres avant de les ramasser par terre, à  l’occasion d’un footing familial d’une heure trente (j’ai encore mal aux jambes).

– Des invitées qui viennent, ce qui ne pose pas de problèmes.

– Deux kilos de pommes de terre et une trentaine de tranches de fromage pour sept enfants (c’est dingue comment cela mange à  cet âge là ), des bonbons par milliers et n’oublie pas mon petit soulier.

– Et une bonne dose de patience, parce que c’est long en fait une soirée pyjama.

Cela débute par un apéro chips-coca, et cela continue autour d’un appareil à  raclette. Là  ce sont les oreilles qui sont nécessaires, pour écouter ceux que disent ces petites filles de neuf printemps.

Sarahix: En classe, mes voisins sont des péteurs.

Coralix : Et quand tu seras plus grande, tes voisins ils se la péteront.

Venisix : Et quand tu seras encore plus grande, c’est ton amoureux qui pétera, mais ce sera dans le lit.

– Toutensemblix : Ah, ah, ah.

Et ces demoiselles, de regarder leurs tranches de fromage fondues et d’en faire une leçon de géologie.

– Emmaix : Regarde, mon fromage, on dirait un volcan effusif.

– Alexandrix : Le mien, il est éruptif.

– Toutensemblix : Ah, ah, ah.

(NB : La leçon sur les volcans est donc bien apprise)

– Venisix : Hier, je suis allée dans l’école de Laury Thilleman et j’ai failli la voir.
– Toutensemblix : Sans rire ?
– Venisix : Ouais, j’ai falli la voir, sauf qu’elle était pas là .
-Toutensemblix : Ah, ah, ah.

Et puis, sans savoir pourquoi, elles entament la Marseillaise (je passe le fil en accéléré).

– Poemix : Allons enfants de la patrieeeeeeee

– Sarahix : Le jour de gloire est arrivéééééééé

– Emmaix : Contre nous de la tyrannieeeeeeee

– Coralix : L’étendard sanglant est levéééééé

– Toutensembix : Entendez-vous dans les campagneeeeeeees, Mugir ces féroces soldaaaaaaaaaaaaats ? Ils viennent jusque dans vos braaaaaaaaaaaaaaas.

Venisix. à‰gorger vos filles et vos compagnes !

– Toutensemblix : Ah, ah, ah.

Et puis, cela parle des garçons, forcément bêtes, qui sont dans la classe.

Toutensembix : Tu vois Mikaël, les garçons A et B (nous tairons les noms), ils ont rédigé une poésie pour se moquer de tout le monde dans la classe, ils disaient des choses pas gentilles sur toutes les personnes, même sur la maîtresse, tu te rends compte, même la maîtresse. Tu vois, là  (en levant le bras), là  tu as les volcans, l’Etna par exemple, ou bien une montagne (Les Alpes par exemple) – la leçon sur l’Europe physique est décidément bien apprise – là  tu as le niveau de la mer, genre zéro mètre tu vois (en baissant un peu le bras), et bien eux ils sont plutôt là  (en mettant le bras sous la table), genre carrément sous l’eau de l’Océan Pacifique ou sois les plaques tectoniques, tektonik, ah, ah, ah, tu vois.

MC : Ouais, je vois, mais pas eux je pense, parce qu’à  cette profondeur, on voit plus grand chose. C’est pour ça qu’ils n’ont pas vu que ce qu’ils écrivaient était méchant, ils étaient trop profonds dans l’eau.

– – Toutensemblix : Ah, ah, ah.

Et après, on dit que conserver notre triple Ah est difficile. Ah, si on donnait le droit de vote à  nos enfants, la face du monde en serait changée, et les agences de notations useraient des couleurs pour corriger les Etats trop dépensiers. Et la notation à  l’aveugle est toute aussi efficace lors d’un blind test musical.

Mais une soirée pyjama, c’est aussi l’occasion de tester sa résistance physique quand à  4.30 du matin, juste quand on rentre de boîte, pouf, pouf, on entend des pas sur le parquet, et des rires étouffés. Là , alors on hausse la voix pour que chacun regagne ses pénates.

Et le lendemain, en l’espèce c’est plus une expression qu’une réalité, à  la table du petit-déjeuner, les têtes défraîchies des demoiselles appellent à  plus de sommeil. Las, il est l’heure de rejoindre qui la table du déjeuner dominical, qui l’arbre de Noël du travail de papa, qui une grand-mère.

Le temps de donner une note à  la soirée, acquis, en voie d’ œacquisation , non-acquis, et de s’embrasser, et il est temps de partir. Le dimanche soir tombe alors sur la maisonnée, et à  défaut des pas feutrés nocturnes, résonnent le vide et l’absence et aussi les retrouvailles programmées.

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