Rendez-vous en terre inconnue. Frédéric Michalak chez les Lolos All Black

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  • 1 novembre 2011

C’est une émission dont je loupe souvent le début mais rarement la fin tellement son charme opère. Avec Rendez-vous en terre inconnue, Frédéric Lopez a trouvé une ritournelle qui fabrique des souvenirs, des émotions et pour tout dire un plaisir ravissant.

Dans cet épisode diffusé ce mardi soir sur France 2, il est question des Lolos noirs, l’une des 46 ethnies que compte le Vietnam. Forte de 2.000 personnes, et bien plus encore d’âmes, les Lolos noirs vivent retirés du tumulte du monde en haut de montages escarpées où ils cultivent le riz, et élèvent quelques animaux domestiques. Pour être exact, il faudrait écrire elles cultivent le riz, car le rôle des femmes dans cette communauté est central. Ce sont elles qui travaillent dans les champs tandis que les hommes s’occupent des enfants et des cochons. Mais ce n’est pas le point notable de ce collectif singulier d’hommes et femmes. Au-delà  de la mondialisation et la société de consommation qui les menacent, les guettent ou ouvrent leurs bras vengeurs, c’est selon, il est un point essentiel dans la vie de cette communauté : leur esprit de groupe. Leurs portes en permanence ouvertes rappellent la culture accueillante des pays asiatiques, et plus encore, celle des pauvres d’une manière générale où pour survivre il est indispensable de partager.

http://www.youtube.com/watch?v=eChQEVug71k

Sous la chaleur infernale du soleil vietnamien, et face au travail harassant qu’est celui de cultiver la terre armées d’outils rudimentaires, ces jolies femmes solaires ne pensent pas à  se faire appeler mesdemoiselles. Leur défi est celui, plus prosaïque, d’être des femmes libres. Libres du choix de leur époux, libres de choisir leur avenir. C’est là  un bémol profond à  la vie en apparence idyllique des Lolos noirs.

Dans un livre intitulé œOutliers , Malcom Gladwell trace à  grands traits ce qui fait que des esprits dépassent les frontières de la pensée pour repousser les limites de nos sociétés. Dans le chapitre introductif du livre, Gladwell raconte l’histoire de Roseto. Ce petit village italien voit partir, à  la fin des années 1800, une grande partie de sa population, direction le nouveau monde. Aux Etats-Unis, ils fondent une nouvelle ville, en Pennsylvanie. Ils lui donnent le nom de Roseto, comme leur ville d’origine. Un jour, dans les années 50, Stewart Wolf, un chercheur américain, remarque que dans cette ville, pour des raisons qui constituent l’angle du livre que je vous invite à  lire mais qui est indépendant de ce que je veux dire, un jour donc, Stewart Wolf remarque que les habitants de cette ville souffrent moins du mal principal de l’époque : les maladies cardiovasculaires. Rien dans la génétique ou le mode alimentaire de cette population, ils mangent comme des Italo-américains, n’expliquent cette particularité notable, puisqu’à  l’époque personne de moins de 65 ans n’est mort d’une crise cardiaque. Qu’est-ce qui à  l’époque alors explique cette différence notable ? Aidé par un autre chercheur, un sociologue nommé Bruhn, Wolf se rend compte que l’explication c’est Roseto elle-même. Non pas la ville au sens géographique, mais la ville en tant que communauté. Les Rosetans discutent, partagent des projets, s’entr’aident, participent à  des cérémonies collectives, s’attardent pour discuter de tout et de rien, bref, ils forment une société humaine désireuse de renforcer les liens qui unissent ses membres. Les Lolos noirs semblent pareil aux Rosetans. Ensemble, ils forment une unité. Ils échangent des nouvelles, s’inquiètent les uns les autres, se surveillent aussi sûrement un peu, se réjouissent de rien et ne s’inquiètent que pour beaucoup. Il y a des leçons à  apprendre des autres. D’autant plus que la terre est plus plate que jamais grâce aux nouvelles technologies. La plus importante est que pour vivre dans un monde plus souriant, il faut d’abord commencer par sourire soi-même, à  la vie, au moment présent, aux autres et à  soi. Ce n’est pas toujours une tâche facile, mais elle n’est pas insurmontable non plus.

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Commentaires

  1. […] Lopez, animateur également de « Destination Inconnue », lire ici sur les « Lolos noirs », et là  pour « Edouard Baer chez les Dogons« , ou ici encore sur […]