Si Steve Jobs avait été français, il aurait été en CDD à  la Poste

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  • 14 octobre 2011

Le journaliste italien, Antonio Menna, s’est amusé après l’annonce du co-fondateur d’Apple, Steve Jobs, d’imaginer ce que cela aurait donné s’il avait été italien. On peut lire ce texte en italien dans le texte ici.
Et si Steve Jobs avait été français, qu’est-ce que cela aurait donné. En voici une vision subjective.
Jean Fermier naît en 1953 dansle Finistère près de Milizac d’un père fruiticulteur qui cherche, tant bien que mal à  produite des pommes en quantité, mais désespère de pouvoir réussir à  développer son exploitation suffisamment pour en retirer un salaire décent.
La mère de Jean, s’occupait de ses huit frères et soeurs jusqu’à  sa mort après un avortement illégalà  l’aiguille à  tricoter qui a provoqué une hémorragie interne entraînant sa mort. Parce qu’il considère que l’avenir n’est pas à  l’agriculture, le père de Jean, le prénom le plus donné de l’année 1956, donne la primeur, normal pour un producteur de pommes, à  l’école, inscrit ses enfants à  l’école catholique du coin. Celle des garçons pour ses gamins, et celle des filles pour ses rejetonnes, mais il s’avère que le très actif Jean n’y est pas à  sa place. Surdoué, il s’ennuie à  l’école et perd son temps à  gribouiller sur son cahier des concepts de son invention. En fin de quatrième, son professeur principal lui demande ce qu’il entend faire de son avenir.

– Je voudrais être inventeur.
– Inventeur de quoi, demande le professeur.
– Inventeur de choses qui n’existent pas, répond le jeune Jean.
– Ma foi, c’est mieux que d’inventer des choses qui existent déjà , lui rétorque son professeur qui l’envoie voir le conseiller d’éducation.

Dans son bureau surchargé, le conseiller d’éducation lève à  peine la tête quand Jean se présente.

– Assieds-toi, dit le conseiller. Alors est-ce que tu as de bonnes notes en math ?
– Pas vraiment, répond Jean.
– Bon, tu vas être charbonnier alors. On aura toujours besoin de charbon, non ?
– Je ne sais pas.
– Tu n’as pas à  savoir. Contente toi de faire. Je connais un charbonnier qui cherche un apprenti. Je lui dirai que tu passeras le voir. Il t’embauchera. Les études ce n’est pas pour toi.
– Très bien, fait Jean, qui retourne en classe sous les regards envieux de ses camarades qui n’aimaient pas l’école.

Quelques années, après, Jean n’a pas encore 20 ans, son patron décide de se retirer des affaires. Il propose à  Jean de reprendre sa boutique.

– Pourquoi faire, demande Jean.
– Ben, on aura toujours besoin de charbon, non ?
– Peut-être, fait Jean.

Et il rerend l’affaire et la développe. Deux années plus tard, Jean pressent que contrairement à  l’idée répandue, le charbon n’est peut-être pas l’avenir. Il demande un rendez-vous avec le banquier.

– Je viens vous voir pour avoir un prêt, dit Jean au banquier.
– Pourquoi faire ?, demande le banquier.
– Pour développer mon entreprise. Je voudrais faire évoluer mon offre, agrandir mes locaux, proposer de nouveaux services sur la maintenance électrique voire de l’énergie renouvelable…
– Mais vous êtes dans le charbon pourtant ?
– Oui, mais je veux évoluer.
– Le charbon a de l’avenir. On aura toujours besoin de charbon non, dit le banquier qui venait de vendre ses actions des Charbonnages de France.
– Peut-être mais je veux évoluer.
– Très bien. De combien avez-vous besoin ? 10.000 francs ?
– Pas vraiment, dit Jean en hochant la tête.
– 20.000 alors ?
– Non, je pensais à  dix millions ?
– Nous sommes passés au nouveau franc, Monsieur Fermier.
– Je sais, c’est bien de nouveaux francs dont je parle.
– Bon, il me faudra une caution des trois quart de la somme et vous pourrez hypothéquer votre maison bien entendu, et apporter le solde ?
– C’est-à -dire que je n’ai pas beaucoup d’argent. C’est pourquoi je vous en demande.
– Ah, bien sûr, c’est facile de demander de l’argent à  ceux qui en ont pour aller le dépenser en grosses voitures, s’acheter la dernière DS et du mobilier de luxe en formica. On les connaît les jeunes au Crédit Traditionnel. Avec tous ces goûts de nouveautés. Non, le mieux je pense est de continuer comme vous faites. Quand vous aurez la moitié de ce que vous demandez et que vous vous porterez caution sur le restant, nous vous aiderons. Mais pas avant, je le crains, dit le banquier en reposant ses mains sur son ventre rebondi.
– Bon, Kenavo alors.
– Allons, Monsieur Fermier, n’aggravez pas votre cas, on ne parle pas breton ici. Nous sommes une banque moderne.

Dans les mois qui suivirent, le marché du charbon se tassa. Les nouvelles maisons utilisaient un chauffage électrique, les anciennes s’y convertissaient. Il ne resterait bientôt plus rien du marché du charbon pour les particuliers. Certaines houillères du nord fermaient déjà  leurs mines, au plus grand désarroi des ouvriers.
Bientôt, la boîte de Jean mit la clés sous la porte. A la banque, on lui demanda de rembourser l’ensemble de ses prêts le jour où il perdait son travail. Quand il se rendit à  l’ANPE pour demander à  exercer ses droits de demandeur d’emploi, on lui répondit qu’il fallait qu’il justifie de sa nationalité (Steve Wozniak, lui, n’avait pas pu passer les frontières du pays pour des raisons de œquotas de polaks . Il voulait continuer ses études en France et y rester fonder une famille « au pays des libertés » avait-il indiqué à  la douane), donne quarante cinq tonnes de papiers administratifs en trois exemplaires, et on lui dit enfin, qu’il ne fallait pas qu’il s’attende à  recevoir grand chose : les chefs d’entreprises étaient supposés être riches et pas se servir dans les caisses des pauvres.
Pour survivre et nourrir sa famille, il était le papa de deux jeunes enfants, Jean prit le premier boulot où on l’accepta : à  la Poste. Il distribuait le courrier quand il y avait pénurie de personnel. Le jour de la signature de son quarantième CDD de rang, Jean reçut une relance de paiement pour sa facture d’électricité restée impayée. Son salaire était insuffisant pour payer l’essentiel. Il se rendit au bureau du personnel pour demander une avance sur salaire. Dans les journaux, les gens comme lui étaient traités d' »assistés » et de « gangrène de la société ».

– Encore, Monsieur Fermier, c’est la deuxième fois en cinq ans que vous travaillez ici. Depuis l’accord avec les syndicats nous soutenons d’abord les fonctionnaires en place, fit l’administratif.
– Mais j’en ai besoin, c’est bientôt l’hiver et il faut bien que je chauffe la chambre des enfants.
– Et oui je sais l’électricité c’est cher, vous auriez dû rester au charbon…
– Peut-être, mais au charbon, j’y ai été tous les jours de ma vie. Moi je voulais juste inventer des choses nouvelles.

PS. On peut dire ce que l’on veut de Steve Jobs. Il n’était sûrement pas la générosité incarnée, les conditions de travail dans les usines de production de produits Apple en témoignent, mais il était assurément un visionnaire doué d’une forte intuition. Les propos suivants prononcés à  l’occasion d’une remise de diplômes le montrent.

https://www.youtube.com/watch?v=<a href="http://www.youtube.com/watch?v=x1Z9Ggqr84s">http://www.youtube.com/watch?v=x1Z9Ggqr84s</a>

« When I was 17, I read a quote that went something like: « If you live each day as if it was your last, someday you’ll most certainly be right. » It made an impression on me, and since then, for the past 33 years, I have looked in the mirror every morning and asked myself: « If today were the last day of my life, would I want to do what I am about to do today? » And whenever the answer has been « No » for too many days in a row, I know I need to change something.

Remembering that I’ll be dead soon is the most important tool I’ve ever encountered to help me make the big choices in life. Because almost everything ” all external expectations, all pride, all fear of embarrassment or failure – these things just fall away in the face of death, leaving only what is truly important. Remembering that you are going to die is the best way I know to avoid the trap of thinking you have something to lose. You are already naked. There is no reason not to follow your heart. (…)

No one wants to die. Even people who want to go to heaven don’t want to die to get there. And yet death is the destination we all share. No one has ever escaped it. And that is as it should be, because Death is very likely the single best invention of Life. It is Life’s change agent. It clears out the old to make way for the new. Right now the new is you, but someday not too long from now, you will gradually become the old and be cleared away. Sorry to be so dramatic, but it is quite true.

Your time is limited, so don’t waste it living someone else’s life. Don’t be trapped by dogma ” which is living with the results of other people’s thinking. Don’t let the noise of others’ opinions drown out your own inner voice. And most important, have the courage to follow your heart and intuition. They somehow already know what you truly want to become. Everything else is secondary.

When I was young, there was an amazing publication calledThe Whole Earth Catalog, which was one of the bibles of my generation. It was created by a fellow named Stewart Brand not far from here in Menlo Park, and he brought it to life with his poetic touch. This was in the late 1960’s, before personal computers and desktop publishing, so it was all made with typewriters, scissors, and polaroid cameras. It was sort of like Google in paperback form, 35 years before Google came along: it was idealistic, and overflowing with neat tools and great notions.

Stewart and his team put out several issues ofThe Whole Earth Catalog, and then when it had run its course, they put out a final issue. It was the mid-1970s, and I was your age. On the back cover of their final issue was a photograph of an early morning country road, the kind you might find yourself hitchhiking on if you were so adventurous. Beneath it were the words: « Stay Hungry. Stay Foolish. » It was their farewell message as they signed off. Stay Hungry. Stay Foolish. And I have always wished that for myself. And now, as you graduate to begin anew, I wish that for you.

Stay Hungry. Stay Foolish ».

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Commentaires

  1. Melia dit :

    Englitheinng the world, one helpful article at a time.

  2. pierreolivier dit :

    Ce récit est à  la fois passionnant et triste… le plus grave, c’est que c’est bel et bien la réalité française 🙁 Pourquoi un tel écart entre nos amis outre-atlantique et nous autres les français ?