Education. Fin des notes et pédagogie de la couleur

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  • 14 septembre 2011

– Papa, j’ai eu vert sur vert au contrôle.

– C’est bien. Mais tu veux dire 20/20.

– Non, non. Maintenant, on n’a plus de notes. On a des couleurs, ou bien des croix selon nos acquis.

Suivant les recommandations de l’éducation nationale, les enseignant(e)s de primaire ne donnent plus de notes aux devoirs réalisés par les élèves. A la réunion des parents, on nous a expliqué pourquoi.

Parmi les arguments avancés, on trouve deux arguments forts :

– l’idée de valoriser les élèves. œOn ne dit plus que Théo a eu 18/20 en dictée, mais qu’il a deux fautes .

– sortir du système de comparaison. œSouvent, la première chose que font les élèves (et sous-entendu les parents, et c’est vrai) comparaient leurs notes au lieu de se demander s’ils avaient compris ce qu’ils avaient à  comprendre .

Everybody is fantastic (comme ma Toyota sauf quand elle a une panne de système de freinage)

Pourquoi pas. Sur le haut des feuilles, on voit tout de suite si son enfant maîtrise ce qui lui était demandé grâce à  des croix dans les cases œAcquis. En cours d’acquisition. A consolider. Non acquis . En quelque sorte, en agrégeant ces données, ce qui n’est pas pour l’heure réalisé automatiquement, on voit le niveau de son enfant, non plus par rapport aux autres ou via la sacro-sainte notation sur 20, mais par rapport aux socles de compétences à  acquérir selon la classe.

L'élève Ducobu a eu jaune devant, marron derrière au dernier devoir

Ok. Le système a des avantages. Mais il pose aussi des questions.

Comme la mesure de l’impact de cette mesure. Pour l’heure, il n’y a pas d’études qui montrent son efficacité. Sont-elles envisagées ces études ? Personne ne sait.

Par ailleurs, dans la vie de tous les jours, on est noté. Parfois on aimerait pas, mais c’est le cas. Dans la fonction publique, pour réussir un concours, pour obtenir un travail, pour un classement dans un sport. Or, l’école doit préparer à  la vie telle qu’elle est. Et je vois mal un recruteur dire aux prétendants à  un poste, que tout le monde à  vert. Accepter un échec, c’est aussi grandir. On apprend souvent plus de ses erreurs que de ses réussites, à  condition de les dépasser.

De là  à  payer, les élèves pour les inciter à  avoir de bonnes notes, comme en Suisse, il y a un pas. En tout cas, certainement pas en dollars, surtout au cours de l’euro en ce moment.

Préparer à  la vie à  défaut de la changer

Et à  défaut de préparer à  la vie, parce que l’école, cela peut aussi vouloir la changer la vie, le primaire prépare au collège. Et au collège quoi ? Et bien, les élèves ont des notes, et au lycée, aussi et au bac aussi, et dans l’enseignement post-bac aussi. C’est un peu ballot de donner l’illusion que les notes ne comptent pas alors que le système de sélection de notre système éducatif est basé sur ce principe. On imagine les étudiants en comptabilité et gestion des organisations s'inquiéter devant leurs bulletins de résultats trimestriels: "est-ce qu'avec un "à consolider" je peux obtenir mon BTS CGO?"! En plus, comme 20% des élèves qui sont en primaire ne savent pas bien lire, pas sûr qu’ils comprennent leur niveau avec les acquis, à  consolider, et pas acquis. Vous me direz, il y a les couleurs. Le vert, comme le feu, signale que c’est pas mal, l’orange qu’il y a encore du travail, et le rouge qu’il faut s’arrêter sous peine de perdre quelques points. Des points, tiens, c’est intéressant. Parce que nombre d’écoles mettent en place des permis à  points pour les élèves. Au début de l’année, chacun d’entre eux est crédité d’un nombre de points qu’ils perdent selon qu’ils sont turbulents, violents, paresseux… je ne mets pas ces mots au féminin parce que ce sont toujours des garçons qui en font les frais. En 1ère littéraire, ils comprendront que c’est à  cause de leur genre. (Plusieurs sociologies considèrebnt que les classes mixtes vouent les garçons à  une forme d’échec scolaire). On a donc les notes qui disparaissent d’un côté, et apparaissent de l’autre.

Ce n’est pas fini. Lors de la dernière réunion des parents d’élèves, je remarquais que la démarche était curieuse de la part de l’Education nationale qui continue à  noter ses enseignants. Bon, tout le monde à  18/20, mais quand même, l’éducation nationale note ses salariés. Et j’ai toujours des difficultés à  comprendre comment un système serait bon pour tout le monde quand on ne commence pas à  se l’appliquer à  soi-même. Tout comme j’avais eu des difficultés à  comprendre comment on pouvait interdire aux élèves de lire sur la cour de récréation de peur qu’ils se fassent piquer leurs livres ! C’est un peu comme interdire de feuilleter un livre dans une bibliothèque de peur d’écorner les pages.

En soi, le système mis en place me convient. L’important dans les multiplications n’est pas de les réussir à  chaque fois, quoique, mais d’en comprendre le principe et d’être capable de l’appliquer. Pour la trigonométrie, j’ai plus de doutes sur l’utilité pour tout à  chacun mais ce n’est pas le sujet. L’important en histoire-géo est de comprendre le monde dans lequel on vit, qu’il a un passé, que de la notion de territoire découle un tas de choses importantes. Qu’en anglais, l’essentiel est de parler cette langue sans peur et que le reste vient par la suite. Et que cela passe par l’intérêt, la passion, celui de l’élève, celui de l’enseignant, réuni dans un couple vertueux.

Mais toute décision doit s’appuyer sur une logique ou une intuition. Ici il n’y pas de logique, au moins du simple fait que l’éducation nationale n’applique pas ce principe à  son propre fonctionnement. Et s’il y a une intuition, mettre en valeur l’élève, et je s’en suis d’accord, elle suppose deux ou trois changements.

Le premier serait de considérer qu’il doit exister aussi un case œExcellent . Et que tout le monde ne l’a pas et pas dans toutes les matières parce que les enfants sont ainsi faits, qu’ils sont rarement bons partout. œExcellent , c’est l’équivalent de la petite étoile jaune, pas celle-là , l’autre que l’on colle sur le cahier de l’enfant, à  l’instar de l’image d’antan, pour dire œce n’est pas que bien ce que tu as réalisé, c’est excellent . Un comportement peut être excellent, une performance sportive peut être excellente, et n’est pas forcément la même excellence selon les qualités intrinsèque de chaque enfant, et ainsi de suite. C’est du œrefus de la médiocrité que naît l’acceptation de l’excellence . Parce que j’ai l’impression que ce que veut mettre en place le système des couleurs et des cases, c’est une forme d’individualisation de l’évaluation.

La seconde serait de changer notre fonctionnement sociétal. Aujourd’hui, celui qui n’est pas au-dessus de la moyenne est voué aux gémonies. Dans certains centres d’appels, on licencie chaque mois le dernier des vendeurs pour faire peur aux autres et augmenter la productivité. Cela suppose de comprendre à  nouveau que dans une nation comme dans une équipe, les principes de jeux sont collectifs. Cet état d’esprit se justifie parfois par la solidarité, sorte d’idéal communautaire difficile à  mettre en oeuvre, voire, par un intérêt bien compris que quiconque a sa place dans une société moderne. Que les plus chétif, les plus bêtes, et les plus immigrés ne sont pas tout le temps les moins utiles et bien souvent de n’avoir jamais entendu dire, et parfois su s’autoaméliorer, qu’ils étaient utiles. A défaut de considérer les habitants de notre pays comme un peuple en communauté de destin, à  condition de définir le destin, et si on veut jouer au jeu des couleurs, j’en connais quelques uns qui ne vont pas entendre 9 mois avant de se prendre un carton rouge.

http://www.youtube.com/watch?v=AEt0lGD5CFc

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Commentaires

  1. pierreolivier dit :

    Des notes, des couleurs, je crois surtout qu’aujourd’hui le mode de fonctionnement de l’éducation nationale se cherche depuis quelques années… Quid de qui trouveras la bonne formule !?

  2. Enora dit :

    je n’ai pas encore entendu parlé de ces couleurs par ici… il faut dire que La Réunion est un peu loin et que parfois, les nouveautés prennent plus de temps à  s’y faire une place… à  suivre