De l’accélération du temps.

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  • 4 septembre 2011

Vite, vite, prends ton cartable, tu vas louper ton:

train, bus, vélo (plus dur), pédibus, ornithorynque (dans certaines régions comme le pays des dictées, il existe comme moyen de transport), porteur (si vous habitez dans un autre siècle), télétransporteur (la grande classe), navette spatiale (c’est bon, on a compris, nom d’une antenne).

Rayez la mention inutile.

Société chronophage

Les rentrées scolaires, pour les enfants et pour les parents, et on est tous au moins l’un ou/et l’autre, si, si, sont l’occasion de se rendre compte de ces temps comptés. Depuis que l’école existe, il y a toujours eu des rentrées scolaires. Mais notre société évolue, et au temps de l’école, s’ajoutent les temps de transport, les temps des loisirs, les temps partagés en famille, les temps à  ne rien faire, les temps des amis, les temps des sentiments, les temps de sports, les temps culturels… et tous ces temps prennent du temps. Les parents deviennent artisans-taxis durant leurs jours de repos, et je pense que l’on va bientôt inventer un logiciel pour gérer les emplois du temps familiaux.

La dictature de l’immédiateté

Noyés dans des vagues de sollicitations, l’humain y perdrait une partie de ses repères. Gabriel Marc, dans un point de vue publié dans la Croix, nous dit que «[dans l’un de ses livres]Jean-Claude Guillebaud parle de«  dictature de l’instant ». L’immédiat domine. L’histoire et l’avenir s’ouvrent désormais et se ferment avec l’instant présent. Le lien social est affecté quand tout le temps est occupé et cela renforce l’individualisme et la solitude. Plus personne n’écrit une lettre mais on envoie des SMS frustes. On déplore de plus en plus de maladies provoquées par l’accélération ».

Et effectivement, si les journées durent toujours 24 heures, nous y versons de plus en plus d’activités diverses. Premier sacrifié de cette course au temps, le sommeil avec les conséquences sur la santé et les relations sociales, en raison de l’irritabilité. Pour parvenir à  suivre tous ces temps, nous achetons des machines chargées de nous redonner du temps. Pour financer ces appareils ou ces produits, les plats préparés par exemple, nous devons travailler un peu plus qu’avant, ou un peu plus intensément. Ce qui renforce cette impression de manquer du temps. Le cercle se referme, et l’homme est à  l’intérieur, à  tourner comme un poisson rouge. Hélas, lui a de la mémoire, et il se rappelle les temps où il avait le temps. Le temps de ne rien faire, juste imaginer, et c’est déjà  beaucoup, le temps de s’ennuyer, et c’est déjà  assez. Les plus belles inventions nous proviennent de gens qui s’ennuyaient juste assez pour que l’esprit divague.

http://www.dailymotion.com/video/x1hhs2_rolling-stones-time-is-on-my-side_music

Le buzz plutôt que l’important

Cette accélération du temps entraîne des conséquences sur notre pensée, ou bien est-ce l’inverse, ou les deux à  la fois.

Sur les réseaux sociaux, twitter, facebook, nonobstant leurs qualités de mise en relation, sur les chaîne d’informations à  la télévision, sur les radios, une information chasse l’autre avec une telle rapidité que le jeu de les suivre peut rendre fou. Le buzz est préféré à  l’important. Et même si parfois ils se confondent, c’est souvent trop rapide pour s’en rendre compte. Alors que préférer à  l’éphémère (1)? Qu’est-ce qui nous dépasse? Comment se prémunir de cette vitesse? En ne bougeant pas? Cela semble difficile. En bougeant avec? Cela paraît dangereux. En bougeant parfois et d’autres pas? Voilà  qui est mieux. Comment alors déterminer ce qui est important, de ce qui ne l’est pas? Devant cet aplatissement du monde, la terre est plate, et la chronologie se résume à  hier, aujourd’hui et demain, chacun doit déterminer ce qu’il juge essentiel. Le programme télé du soir ou la discussion avec un ami longtemps délaissé? La course effrénée vers le métro qui s’en va, dont il restera transpiration, stress de la course, et aigreur de voir les têtes des autres passagers qui pensent la même chose du rescapé.

Il n’est pas facile de choisir ce qui est important de ce qui ne l’est pas. On apprend cela des expériences de la vie, à  son détriment ou à  son profit. Mais, j’entends la sonnerie de l’école retentir. Pour s’éduquer et s’instruire, cela vaut peut-être la peine de hâter le pas et de confier ses enfants, sourire aux lèvres et sacs sous les bras.

1. Dans sa chanson, Maxime Piolot préfère «  elle » à  l’éphémère.

2. Dans un documentaire l’autre jour, il était question de la conquête de nouvelles planètes. Pour que cela soit possible, il faudrait atteindre la vitesse de la lumière. Or, nous dit le documentaire, à  cette vitesse, le temps passe moins vite. Je n’ai pas retrouvé ce doc, donc voici Jami, c’est mieux que rien.

Cadeau bonus. Cela n’a rien à  voir, sauf peut-être que quand on aime bien, cette musique fait passer le temps plus vite.

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Commentaires

  1. […] aux sollicitations multiples des technologies, il apparaît que la course contre le temps revient à  une course contre soi-même. Rien n’est urgent, tout devient très très urgent. Le […]