Titouan Lamazou. Un artiste à  la mer

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  • 18 août 2011

(Article paru initialement dans La Croix en juillet 2011).

La cité de la voile de Lorient accueille une exposition des œuvres de Titouan Lamazou.

Ce navigateur émérite est également un artiste reconnu.

Le nom de Titouan Lamazou, champion du monde de course au large à  la fin des années 80, est bien connu des amateurs de voile. Un peu moins des passionnés d’art. C’est pourtant, son esprit d’artiste qui le pousse à  quitter le lycée de Marseille dans lequel il est scolarisé pour partir à  la découverte du monde. A 17 ans, il veut écrire un carnet de voyage et embarque sur des navires jusqu’aux Antilles où il rencontre le navigateur Yvon Fauconnier puis Eric Tabarly qui l’intègre à  son équipe au sein de la Marine nationale. «  Tabarly, et Yvon Le Corre, mon professeur de dessin au lycée, sont les deux personnes que je reconnais comme mes maîtres et qui m’ont formé en tant qu’homme », indique l’artiste. Tabarly, Le Corre, et Lamazou partagent le même regard clair délavé et une passion pour la mer chevillée au corps. Après avoir trusté tous les titres dans sa catégorie, Titouan Lamazou débarque du monde de la voile en 1993, juste après avoir fondé le trophée Jules Verne, une course autour du monde en solitaire, avec Florence Arthaud.

Depuis, il se consacre au monde artistique en allant à  la rencontre des femmes du monde, en tant qu’artiste de l’Unesco pour la paix. «De nature terrienne et autodidacte, je suis devenu marin parce que j’étais attiré par ce que je ne connaissais pas. Là  où d’autres vont dans des bibliothèques pour comprendre, je me rends sur le terrain, pour rencontrer ces femmes », déclare cet homme de 55 ans, père de Zoé, prénom qui sert aussi de titre à  l’un de ses recueils.

De ses portraits émane une douceur qui rend chacun de ses modèles empreint de singularité. Bibi, styliste bengalie qui utilise la mode pour créer de l’activité économique dans des village reculés, Azza, la médecin de la bande de Gaza qui refuse de porter le voile malgré les pressions quotidiennes, Blessing, une jeune nigériane qui cherche désespérément à  passer les frontières pour atteindre le supposé eldorado européen, autant de femmes qui sous les pinceaux de Titouan Lamazou offrent toute leur part d’humanité.

«  Les fondements de nos sociétés expliquent cette domination de l’homme sur la femme dont je m’étonne qu’elle ne suscite pas plus la désapprobation », assène celui qui se considère comme un indigné et dont le statut de peintre et écrivain de Marine n’a pas dépourvu de sa simplicité.

Son exploration du monde se poursuit actuellement au Burkina-Faso où il suit la récolte du beurre de karité dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. Bientôt ce nomade repartira dans la région des grands lacs, dans ces pays meurtris où les populations subissent des conflits récurrents. «  Chacun de mes sujets est un témoignage sur un thème plus global, mais vu sous l’angle d’un être humain, en l’occurrence des femmes, dont le point de vue est généralement ignoré », précise Titouan Lamazou.

A l’automne ce travail prendra la forme d’un beau-livre. Autour de tableaux photographiques, certains peuvent être composés de centaines de clichés, et des esquisses et dessins qui sont autant de préparations à  la photo finale, l’ouvrage accueillera le point de vue de spécialistes de la politique, de l’histoire et d’autres savants pour éclairer la situation dans cette partie du monde.

Un jour peut-être embarquera-t-il à  nouveau dans le bateau-atelier qu’il espère mettre à  l’eau, «  la vie m’a appris que certaines utopies pouvaient se réaliser », pour combiner les deux éléments de son identité: l’art et la navigation.

MIKAà‹L CABON (à  Lorient)http://www.youtube.com/watch?v=QWASHx5YzbM

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