Prévenir les collisions avec les mammifères marins

  • 0
  • 18 juillet 2011

(Article initialement paru dans le magazine Nautilus en 2007) Cargo contre baleine, la lutte est inégale. Chaque année, plusieurs dizaines de mammifères marins sont tués lors de collisions avec des navires. Le projet Repcet vise à  améliorer la détection des cétacés pour prévenir plutôt que guérir.

http://www.fiedos-julien.fr

http://www.fiedos-julien.fr

Les cétacés aiment à  se retrouver en Méditerranée nord-occidentale. Ils y trouvent des ressources alimentaires en abondance. Notamment du phytoplancton, au large de cette zone alors qu’on le retrouve en général plus près des côtes lié aux rejets de sédiments des fleuves, ou encore des poissons et des calamars qui nourrissent leurs appétits gargantuesques. La raison en tient en une courantologie particulière à  cette zone. Située dans un triangle Ile d’Hyères-Bonifacio-Nord de Rome, le territoire est également un lieu de passage très fréquenté. On y recense 140.000 trajets de navires en moyenne par an. D’où un fort risque de collision entre les cargos, les navires à  grande vitesse (NGV) et les car-ferries en particulier. Or si la densité des cétacés est importante, leurs effectifs restent réduits. On dénombre 3.500 rorquals communs, la baleine de Méditerranée, quelques centaines de cachalots et autant de grands dauphins. «  Ces effectifs sont faibles et se renouvellent peu. La reproduction de ces mammifères est lente avec un petit tous les deux ou trois ans voire plus, leur maturité sexuelle tardive et leur souche génétique singulière sans rapport avec leurs comparses de l’atlantique par exemple », indique Pascal Mayol, directeur de l’association Souffleurs d’écume, une association fondée en 2000 dont l’objectif est «  le maintien des populations de cétacés de Méditerranée dans un état de conservation favorable ».

25.000 euros le pétardage

A la suite de plusieurs accidents de NGV avec des cétacés, la Société de Navigation maritime Corse Corse Méditerranée (SNCM) a confié au début des années 2000 à  l’association une mission sur la prévention des collisions. Si les risques pour l’homme sont faibles, on compte tout de même un accident mortel aux Canaries en 1992 suite à  une collision (1), les conséquences économiques existent et se révèlent parfois considérables. Réparations, ennuis techniques, retards horaires, coût de l’équarrissage. «  Les frais de pétardage au large d’un animal mort peuvent se monter à  25.000 euros » . Sans compter la mortalité des espèces. Pascal Mayol estime «  entre 26 et 40 le nombre de cétacés tués par collision chaque année ». Une étude italienne, controversée car réalisée par extrapolation des données existantes sur d’autre périmètres, parle d’une mortalité supplémentaire de 20% pour cause de collisions. Au-delà  des accidents mortels, un certain nombre d’animaux restent invalides et se retrouvent en difficulté pour assurer leur alimentation et leur reproduction.

mad-baleine-comparatif-g

Cartographie en temps réel

C’est ce constat qui mobilise l’association Souffleurs d’écume à  porter le projet Repcet, pour Réseau de report des positions des grands cétacés. «  Cela consiste à  réaliser une cartographie en temps réel de la présence des cétacés sur les routes de navigation », indique Pascal Mayol. Une cartographie, grâce aux observations du personnel navigant en parfaite compatibilité avec les impératifs de navigation. En temps réel, via le réseau internet par satellite ou par Inmarsat. Concrètement, lorsqu’un cétacé est repéré, l’observateur appuie sur un bouton de signalisation situé sur la passerelle, l’information est transmise à  un système d’information géographique qui informe de la présence du mammifère l’ensemble des navires sur zone via leur logiciel de navigation. L’expérience a été menée avec succès sur quatre navires en 2004.

Estimé à  300.000 euros, le projet est aujourd’hui en panne de financement, même si ses instigateurs imaginent une issue positive dans les prochains mois. Pensé dans un premier temps pour la partie française du sanctuaire Pelagos (Lire l’encadré) avec la collaboration des compagnies maritimes, le projet pourrait être poursuivi avec les monégasques et les italiens puis sur l’ensemble de la Méditerranée et la Mer Noire (2).

Observations et acoustique passive

L’amélioration de la détectabilité des cétacés espérée par le projet Repcet vaut dans un premier temps pour les trajets diurnes. «  Néanmoins, le dispositif est pensé comme un squelette sur lequel on pourrait ajouter des modules supplémentaires ». A l’instar de l’acoustique passive. Pour l’heure au stade de projet, cette technique permettrait, grâce à  des hydrophones capables de détecter les baleines, ou à  des gliders sous-marins, sorte de planeurs sous-marins capteurs acoustiques, d’améliorer sensiblement l’efficacité du dispositif. Deux limites existent: technique d’abord car la propagation du son sous l’eau est complexe à  identifier et biologique d’autre part puisque seuls les rorquals mâles font du bruit et en certaines saisons seulement. En Amérique du nord, dans la baie du Fundy, les autorités ont changé le dispositif de séparation du trafic maritime afin de préserver l’habitat préférentiel des baleines franches. Les informations de présence des cétacés sont issues des observations des opérateurs de whale-watching, des navires de commerce ainsi que de survols aériens réalisés pour l’occasion.

La solution reste cependant délicate à  mettre en place et qui n’annule pas les risques de collision. «  A court terme, seul le dispositif de détection visuelle peut donner des résultats probants et rapides », renchérit Pascal Mayol. En parallèle, l’association forme les élèves de l’école nationale de Marine marchande de Marseille et des officiers des compagnies maritimes CMN et SNCM à  la veille. En deux ans, près d’une centaine de personnes ont suivi cette formation.

  1. On compte également plusieurs cas d’accidents mortels pour l’homme au Japon suite à  des collisions de navires avec des cétacés.

  2. Qui représente peu ou prou le territoire de l’Accobams, Accord sur la conservation des cétacés de la Mer noire, de la Méditerranée et de la zone atlantique adjacente.

Le sanctuaire Pelagos

Situé dans le bassin corso-liguro-provençal, le sanctuaire Pelagos couvre 87.500 km2 de surface. Signé en 1999, et entré en vigueur en 2002, cet accord tri-partite réunit la principauté de Monaco, l’Italie et la France, et vise à  la préservation des espèces de mammifères marins tout en permettant leur cohabitation avec les activités humaines en forte augmentation sur cette zone, voie de navigation touristique et économique en plein essor. Il s’intéresse également à  la montée en puissance d’une nouvelle activité: le whale-watching, en sensibilisant les acteurs sur un code de bonne conduite de l’observation des cétacés en mer.

En savoir plus sur Internet:

www.souffleursdecume.com

www.sanctuaire-pelagos.org

Partager

Commentaires

  1. […] De ce point de vue, la France, membre fondatrice de la commission en 1948, ne se distingue pas. Différentes actions sont même menées en Méditerranée pour éviter les les collisions entre cétacés et navires de […]