Cinéma en plein air. Le nez dans la toile

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  • 10 juillet 2011

Chaque été sur Brest, l’association Passeurs d’images propose des séances de cinéma en plein air dans des quartiers de la ville. Vendredi dernier, le parc d’Eole accueillait donc une projection du Petit Nicolas. Dans l’été humide propre à  la Bretagne, nous étions près d’une centaine assis dans l’herbe à  diriger notre regard vers un grand écran gonflable.

C’est peu de dire que ces moments confinent à  la félicité. A l’instar des drive-in d’antan, comme le raconte Frédéric Martel dans son livre Mainstream, le cinéma en plein air rappelle des souvenirs que l’on n’a pas vécu. La première surprise vient de voir un lieu connu affecté à  un autre rôle que le sien. Le parc qui sert à  de rares promeneurs se transforme alors en lieu de culture. La seconde vient de l’hétérogénéité du public présent. Alors que le cinéma, du moins les films, segmentent, à  de très rares exceptions près, les publics, le cinéma en plein air tient lieu d’animation estivale à  destination des familles, et finalement de tous ceux qui veulent bien délaisser la télé l’espace d’une soirée pour se laisser noyer dans la tiédeur de la nuit. On y rencontre des parents d’élèves, les copines de classe, de danse ou d’ailleurs, et peu se soucient de connaître la couleur de leurs voisins, blanc, noir, rose, vert ou bleu, l’humanité a les couleurs de l’arc-en-ciel car c’est comme cela qu’une nation est jolie, et, c’est bien connu, la nuit tous les cinéphiles sont gris.

Le cul dans l’herbe et la tête dans la toile, les tablettes de chocolat à  portée de mains, un café chaud fourni par l’organisation, la soirée défile entrecoupée par deux ou trois météorites, quelques nuages menaçants et protégée par la Grande Ourse. A terre, on applaudit, timidement, on reste en Bretagne, ne l’oublions pas, on rit aussi devant les entourloupes de ce petit Nicolas, «  celui qui fait rire, pas l’autre », rappelle l’un des organisateurs, qui dans les livres de Goscinny et avec les dessins de Sempé, aura rythmé une partie de mon enfance, et peut-être, inspiré quelques forfanteries scolaires.

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Ce qui compte ici n’est pas le film, l’an dernier, c’était l’âge de glace 27, mais cette douce sensation qui suit les bons moments. Le temps d’un instant, on oublie à  peu près tout ce que la vie peut apporter comme problèmes pour, concentrés sur un film, laisser notre esprit juvénile retrouver son entière place. Alors quand les lumières de cette salle naturelle ne s’allument pas, mais que le film est terminé, la marche qui mène à  la maisonnée, les couvertures sous un bras, les fins matelas en plastique de l’autre, se fait légère, comme le cœur qui respire de cet agréable moment dont la rareté fait la richesse.

Les prochaines séances de cinéma en plein air se dérouleront les 22 juillet, sur la plage du Moulin-Blanc, pour Liberté Oléron de Bruno Podalydès, et 2 septembre, à  Kérédern, pour les Enfant du marais.


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