La dilution des responsabilités

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  • 30 mai 2011

On appelle souvent «  au sens des responsabilités ». Le pluriel du nom est intéressant. Normalement on devrait dire «  au sens de la responsabilité ». La mienne, la tienne, la nôtre. La responsabilité n’est pas multiple, elle est une et indivisible, comme la République. Pourtant, ce mot qui est le corollaire de la liberté, qui nous affranchit, semble aujourd’hui dilué dans un magma de confusion et de complexité qui pourrait amuser s’il n’était pas le réservoir de multiples maux.

Ainsi, dans les débats publics, sociétaux et politiques, la responsabilité est d’autant plus diluée qu’elle est partagée. Pour peu, on se croirait devant un enfant qui après avoir cassé le pot de confiture ou sa monture de lunettes, se dédouanerait de sa bêtise en accusant le chat, ou le chien, c’est selon.

Cette caractéristique de nos sociétés modernes s’aperçoit dans de nombreux domaines.

Le financement des travaux publics en est un exemple. Si vous habitez Brest, il est impensable que vous ayez échappé aux conséquences des travaux du futur tram. En regardant les panonceaux qui indiquent le nom des financeurs on peut apercevoir quatre grandes sources de financement : La Communauté urbaine de Brest, le Conseil général, l’Etat, via plusieurs ministères, l’Europe par le Féder. Le montant de chacun indique sa part de responsabilité.

Dans le domaine politique aussi. Pour saluer la démission de Georges Tron, secrétaire d’Etat à  un truc, plusieurs responsables ont indiqué «  qu’il faisait preuve du sens des responsabilités ». Un sens des responsabilités tel qu’il l’amène à  rester maire de la collectivité où les faits qui lui sont reprochés auraient eu lieu. On ne nous dit en rien cet homme, supposons-le estimable par essence, des preuves de son sens des responsabilités. L’important n’est pas de l’être mais de le dire. En sport, l’entraîneur sur la sellette dira bien fort qu’il prendra ses responsabilités, ses joueurs aussi, et le président du club également, mais ce ne sont parfois pas les mêmes.

Il y a un peu plus d’un an, la société France Telecom était secouée par un crise profonde liée à  des plans de restructuration profonds et rapidement menés provoquant «  une mode du suicide », pour reprendre l’expression de son PDG de l’époque. Parmi les cadres intermédiaires, qui étaient dans la réalité en charge de faire appliquer ce plan, peu ont changé de postes depuis. Car l’avantage des responsabilités et de sa dilution, c’est qu’aucun responsable, et c’est là  le paradoxe, ne peut être mentionné. Tout le monde l’est un peu, et personne ne l’est totalement.

La question de la disparition des panneaux annonçant les radars évoque également cette thématique. Le lobbying effréné, et manifestement couronné de succès, des compagnies commercialisant les avertisseurs de radars le montre. Ce n’est plus l’être ici qui est responsable, mais sa conduite, et plutôt quand elle est rapide, les yeux rivés sur son téléphone-GPS avertisseurs des coyotes ci-devant plutôt que sur la route.

Le responsable est garant de quelque chose. De bien faire ce pourquoi il a des responsabilités, de respecter un certain nombre de valeurs connues de tous, de protéger aussi ceux dont il a les responsabilités. C’est un enjeu important puisque un pays, une entreprise, une famille est dirigée, rassurée, soutenue par un ou des responsables. Ils représentent des totems, éminemment symboliques. Ainsi, les électeurs seraient bien inspirés de sélectionner avec un meilleur soin leurs élus qu’ils vilipendent après leur avoir donné leur voix. C’est là  une sacrée responsabilité.

Mikaël Cabon

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