L’histoire, une passion française

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  • 12 mai 2011

Cela doit bien vouloir dire quelque chose. Le groupe Prisma Presse vient de sortir des déclinaisons de ses magazine Ca m’intéresse (Mémo) et Géo (Géo Histoire) sur la thématique de l’histoire. Science et vie également lance un magazine dédié. Capital sort plusieurs fois par an des hors-série d’histoire économique. Les tables historiques des libraires regorgent d’ouvrages. La télévision ouvre ses fictions à  l’histoire (De Gaulle, Pompidou, Mitterrand, et la merveilleuse série sur Napoléon). Jusqu’à  la fin de cette merveilleuse émission, remplacée par celle tout aussi pertinente «  La marche de l’histoire », 2000 ans d’histoire sur France Inter caracolait en tête des émissions radiophoniques podcastées. Toutes les stations de radios généralistes disposent de leur émission d’histoire, à  l’exception de RMC, mais parle-t-on d’histoire au café du commerce?

MartineHistoire

Quand le Ministère de l’éducation nationale a décidé de supprimer l’enseignement de l’histoire pour les terminales scientifiques (alors même que dans ces filières l’histoire des sciences, de la biologie, de la génétique, des inventeurs, des découvertes est indispensable pour en comprendre les enjeux), la levée de boucliers a été réelle, et il n’existe aucun débat politique dans lequel il ne soit pas question d’histoire, de grande, de petite, d’affreuse, de sympathique, de maigre, de grosse, de nez crochu (quoique la référence soit maladroite), de nez plat, de nez aquilin, de nez en trompette, de musclée, de maigrelette. L’histoire est partout.

C’est un signe de vitalité et de faiblesse à  la fois, mais les deux ne sont pas incompatibles. Vitalité car l’histoire interroge notre présent. Cette discipline oblige à  la rigueur, parfois à  supposer, établir des hypothèses, d’ouvrir ses connaissances, de les remettre en cause le moment venu. Faiblesse aussi car les débats historiques, notamment pour les périodes les plus récentes, sont les résultantes d’interprétations et de la pensée d’une époque et d’un contexte de société. Avec l’histoire que l’on s’approprie, on choisit sa généalogie, ses références, ses idoles. Ce n’est pas là  le moindre des risques quand on écrit l’histoire et que l’on réécrit ses contours.

Bobetbobette

Faiblesse encore, car se concentrer trop sur l’histoire peut laisser accroire un penchant nostalgique pour le passé, la splendeur révolue, la décadence présente, le déclin dans l’ombre. Cette tentation de se tourner vers l’histoire quand l’avenir est obscurci peut être dangereuse. Car l’histoire est toujours politique. Or, cette matière est un enseignement qui prend tout son sens dans les temps présents. Si l’on connaissait mieux l’histoire, on comprendrait à  quel point la France a souvent été une patrie accueillant, pas nécessairement accueillante, des peuples de tous les horizons et que des contrôles aux frontières ou dans les trains en provenance de Vintimille n’ont jamais arrêté le désir d’ailleurs de ceux qui ne peuvent vivre décemment dans leurs pays d’origine, que les joueurs de football ont toujours été des enfants d’étrangers, que les soldats africains auraient mérité le même traitement que leurs frères d’armes. Si l’on s’appropriait l’histoire, on se rendrait alors à  l’évidence des valeurs qui ont sous-tendu la création de notre roman national sur son triptyque fondateur: Liberté, Egalité et Fraternité.

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S’intéresser à  l’histoire d’un point de vue personnel, c’est se laisser dépasser par quelque chose de plus grand que soi, par définition, et trouver aussi un sens à  notre propre chronologie. De l’histoire familiale à  l’histoire régionale, nationale et mondiale, par les chemins de traverse ou les ors des régimes.

http://www.youtube.com/watch?v=mz9A8L97DMg

Avec la géographie, la philosophie et les sciences, l’histoire constitue le socle du citoyen (citoyenne) éclairé. Ou plutôt qui cherche à  s’éclairer. Car la grande leçon de ces disciplines est celle de l’humilité devant nos propres suffisances et insuffisances. C’est aussi à  chaque fois un témoignage d’espoir face à  nos peurs parfois véritables parfois créées de toutes pièces par des pouvoirs manipulateurs. Le Savoir conduit à  dépasser nos insuffisances, à  mettre en question notre époque contemporaine, à  refuser de reproduire les mêmes erreurs du protectionnisme et du nationalisme exacerbé, qui sont bien souvent les mêmes.

Que le dynamisme médiatique et éditorial autour de l’histoire soit aussi présent aujourd’hui est une bénédiction, il est la preuve d’un peuple qui pense. Qu’il soit aussi présent ne doit pas conduire à  insulter l’avenir.

Mikaà«l Cabon

http://www.youtube.com/watch?v=xCp5BC8ti0A&feature=related

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