L’invention du mensonge

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  • 24 mars 2011

Un être humain ment à  de nombreuses reprises par jour. Six si c’est un homme, trois si c’est une femme. Le mensonge est une caractéristique humaine largement partagée et se développe avec l’âge et la multiplication des relations sociales. Ainsi, il est admis qu’un enfant peut commencer à  mentir, par stratégie, vers l’âge de six-sept ans.

Depuis combien de temps ment-on, par omission, plaisir, esprit de pouvoir, gêne, besoin de plaisir, volonté de ne pas déplaisant, par convenance finalement? Nul ne peut l’attester effectivement.

Les scénaristes du film The invention of lying, ont eu une opinion plus tranchée sur la date du premier mensonge. Mark Bellison (Ricky Gervais) est amoureux d’Anna McDoogles (la délicieuse Jennifer Garner). On le comprend. Problème: dans la société dans laquelle il vit, tout le monde se dit en permanence ses quatre vérités. «  Je te trouve moche, gras et finalement un gros looser. En me raccompagnant, ne pense même à  m’embrasser » ou bien «  J’ai trouvé très agréable d’aller au cinéma au toi mais je ne vais pas te rappeler car tu sens mauvais de la bouche ».

Bref, impossible de mentir. D’ailleurs, les habitants de ce monde prennent toutes les paroles pour argent comptant. Le mensonge n’appartient tout simplement pas à  leur vie. Quand Mark se rend à  l’évidence qu’il tient par l’invention du mensonge, une découverte qui pourrait changer la face du monde, il sait qu’il dispose là  d’un avantage social considérable. Il peut dire et penser des choses différentes.

D’ordinaire, dans la vraie vie, le mensonge est considéré comme inhérent à  l’homme et il convient donc de rechercher la vérité. La série US, Lie to me, excellente au demeurant de la première à  la troisième saison, évoque cet aspect des choses. Un scientifique, Carl Lightman (dans la réalité, le scientifique qui découvre les micro-expressions se nomme Paul Ekman) est mandaté pour découvrir la vérité dans des affaires criminelles, et ce avec un grand talent. Ici, c’est la parole qui ment et le corps qui dit la vérité. Avec un peu d’exercices et d’entraînement, il est possible de marcher sur les pas d’Ekman. Vous pouvez faire le test du détecteur de mensonges sur le site de M6, la chaîne française qui diffuse la série.

Lie To Me et la détection du mensonge

Dans cette série télé, le personnage principal est un scientifique qui résout des enquêtes policières en analysant le langage corporel des suspects pour savoir s’ils mentent ou non. Hervé Chneiweiss, chercheur en neurosciences au CNRS, répond à  la question « Peut-on détecter le mensonge ? ».

Précédents épisodes de la série Sorties savantes dans MENU / Vidéos de la série.

Réalisation : Romain Nigita

Coproduction : Universcience, 8 Art Media 2011

Une société sans mensonges serait-elle vivable, agréable ou bien déboucherait-elle sur un repli inexorable sur soi de peur de la vérité des autres. A.J. Jacobs a tenté l’expérience. Il la relate dans « Journal d’un cobaye ». (Un livre que j’ai prêté à  quelqu’un sans lui dire qu’il s’appelait « Reviens »). Il appelle cela l’honnêteté radicale. L’idée est géniale, la réalisation un peu moins. Généralement, croyez-moi d’expérience, la plupart des individus n’aime pas qu’on leur dise la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Le mensonge agit ici à  la manière d’une sauce en gastronomie, il permet d’oublier le goût qui se cache dessous.

Compréhension immédiate versus réflexion

Notre communication para-verbale, en dehors des mots donc, est d’ailleurs un élément considérable. Il faut peu de temps pour un individu afin de savoir si l’autre qui est en face de lui constitue une menace ou non. Le psychologue américain Timothy Walson, cité par Malcom Gladwell dans son livre «  la force de l’intuition », considère que la compréhension immédiate dont l’être humain est capable revient à  passer du conscient à  l’inconscient en fonction de la situation. Cette faculté vaut également en dehors d’une situation de danger. On sait ainsi si une personne nous plaît, amicalement ou amoureusement, en l’espace de quelques secondes. Nul besoin de plus de temps. Il est évidemment possible de se tromper si les signaux envoyés ont été faussés au départ ou mal-interprétés mais la plupart du temps cela fonctionne assez bien. Reste à  savoir si l’autre, il/elle aussi, entre dans un principe de réciprocité. C’est parfois là  que le bât blesse.

Mentir est-ce tromper ?

Dans une société désireuse de vérité, ou tout du moins de transparence, ou plus précisément de l’illusion de la transparence, le mensonge pourrait alors constituer un obstacle, pire une trahison de ce grand idéal de la vérité. C’est oublier que parfois l’être humain dit des choses qu’il ne souhaite pas. Sur la question de la vérité, l’homme est capable de mentir. Généralement, toutes les vérités ne sont pas bonnes à  dire car impossibles à  entendre. Parfois, le contexte, la tension du moment, l’impression que dégage l’orateur peut amener à  l’acceptation de la foule de la désagréable vérité qui se dégage de ses lèvres. Quand Churchill promet, durant la Deuxième guerre mondiale, «  de la sueur, du sang et des larmes », il ne ment pas. Son peuple le suit. Mais Churchill ne dit pas toute la vérité et sait que cette guerre est aussi une guerre de communication. Il laisse dire suffisamment à  la BBC pour que celle-ci soit considérée partout dans le monde comme une source crédible, on y relate donc les défaites des troupes alliées le cas échéant, mais pas assez pour que l’on puisse parler de vérité absolue. Et son peuple, qui a accepté la vérité, le lui fera payer à  la fin de la guerre, en le réélisant pas à  la tête du pays.

A mon sens, la pire des choses reste tout de même de se mentir à  soi-même. Dans le confort douillet de son Moi, le mensonge est possible. Il laisse accepter les petites lâchetés du quotidien. Parfois l’oubli répare. Milan Kundera, dans la Plaisanterie, écrivait: « Tout sera oublié et rien ne sera réparé ». Car le mensonge est une cassure. Celle qui sépare le monde de l’enfance et de l’âge adulte. Comme si en vieillissant, la vérité ne devait qu’un accessoire de plus dans le théâtre de la vie.

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Commentaires

  1. Jean dit :

    Merci pour l’info, je vais jeter un coup d’oeil 🙂