Nom de code : « Jean-Jacques »

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  • 13 mars 2011

Voici l’introduction du projet d’écriture en cours pour lequel il me reste deux ou trois chapitres à  écrire avant une mise en relecture publique.


– Vous voulez un magazine ?

– Euh, non, enfin, oui. On ne sait jamais.

A ces mots, il rougit.

– Votre femme peut aussi venir avec vous si vous le voulez, dit l’infirmière.

– Ma femme est là  ?

– Ce n’est pas la jeune dame là -bas qui feuillette la presse à  l’envers sur le fauteuil.

– Oh non, ce n’est pas ma femme. Vous m’avez fait peur.

– Il y en a aussi à  l’intérieur si vous en avez besoin.

– Des femmes ?

– Non des magazines. Prenez ceux-là . On vient de les recevoir aujourd’hui.

Le voilà  dans le box avec trois magazines porno comme jamais il n’aurait osé en acheter au kiosque. Babeth, Ingrid ou Svoltana ? Il choisit Ingrid. Elle doit souvent attraper froid, la Babeth à  s’habiller comme ça.

Ca y est il vient d’éjaculer. Sa semence tombe dans l’éprouvette. Avec elle, on pourrait féconder l’ensemble des femmes européennes. Qu’est-ce- que cela pourrait donner 200 millions de petits Jean-Jacques disséminés sur notre continent. 80.000 Jean-Jacques au Stade de France à  supporter l’équipe de France, autant dans les embouteillages de Milan à  vouloir partir au même moment, à  pester contre les mêmes automobilistes. Tous avec le même père. Une catastrophe sans nom.

– Voilà  Madame. J’ai terminé.

Il a l’air d’un lycéen qui vient de rendre sa copie, après avoir sué sang et eau pour se souvenir des formules des calculs différentiels ou de la philosophie de Deleuze alors que la seule chose qui l’intéresse c’est de sortir avec la jeune et pulpeuse Ingrid. Sauf que là  pour lui c’est le contraire. Son caleçon le colle. Faisons semblant de rien. Restons désinvolte.

– Madame ?

– Oui, j’arrive. Tout s’est bien passé ?

Cela s’est passé.

– Je vais mettre les coordonnées sur le flacon.

– D’accord. Je peux partir?

– Non pas encore. Vous allez rencontrer un médecin dans quelques instants. Vous pouvez attendre là -bas.

– Dans la salle d’attente ?

– Oui c’est fait pour ça.

– Quoi ?

– La salle d’attente.

– Bien sûr. Merci. A bientôt.

C’est sorti machinalement. «  A bientôt », dans un centre de dons de sperme. N’importe quoi. Enfin. Il semble y avoir des fans. Il a vu un couple entrer dans une cabine tout à  l’heure. La Cecosphilie, cela sonne pas mal. Qu’est-ce que tu fais dans la vie, toi? Je suis Cecosphile. Mais voilà , dans la vie, Jean-Jacques, il est banquier et s’il est devenu cecosphile intérimaire, c’est par amitié, pas par goût.

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